PROLOGUE DE CIRCONSTANCE

PRONONCÉ AVANT LA REPRÉSENTATION DE: «THE WHEEL OF FORTUNE (LA ROUE DE

LA FORTUNE[4]),» SUR UN THÉÂTRE DE SOCIÉTÉ.

[Note 4: Pièce de Richard Cumberland.

(_N. du Tr._)]

Aujourd'hui que la politesse raffinée du siècle a chassé du théâtre la

raillerie immorale, et que le goût a stigmatisé cet esprit de licence

qui imprimait la honte sur les écrits de tout auteur, aujourd'hui que

nous cherchons à plaire par des scènes plus pures, et que nous n'osons

appeler la rougeur sur la joue de la beauté, ah! permettez à une muse

modeste de réclamer quelque pitié, et de rencontrer l'indulgence où elle

ne peut trouver la gloire; mais ce n'est pas pour elle seule que nous

désirons des égards: d'autres personnages paraîtront, plus convaincus

encore de leur peu de talent: vous n'aurez point ce soir des Roscius

vieillis dans les secrets de l'action scénique: nul Cooke, nul Kemble ne

peut ici vous saluer[5]; nulle Siddons[6] arracher une larme à votre

sympathie: vous êtes rassemblés pour voir, dans le drame nouveau, le

début d'acteurs encore en germe. Ici nous faisons l'essai de nos ailes à

peine garnies de plumes; ne rognez pas les ailerons avant que les

oiseaux puissent voler. Si nous succombons dans ce premier essor, hélas!

faibles que nous sommes, nous tombons pour ne plus nous relever. Il n'y

a pas qu'un seul malheureux qui, trahi par la peur, espère et presque

aussi redoute vos éloges: mais tous nos personnages attendent dans une

poignante incertitude la crise de leur destinée. Aucune pensée vénale ne

peut retarder nos progrès: vos généreux applaudissemens sont notre

unique récompense; pour les mériter, le héros déploie toutes ses forces,

l'héroïne baisse son œil timide devant votre regard: celle-ci au moins

doit avoir des protecteurs; on ne peut refuser sa bienveillance au sexe

le plus aimable; quand la jeunesse et la beauté forment l'égide d'une

femme, le plus grave censeur doit céder à tant d'attraits. Mais si nos

faibles tentatives n'ont aucun succès, si nos plus grands efforts, après

tout, sont stériles; que, du moins, la pitié inspire vos ames, et qu'à

défaut de bravos, elle nous accorde grâce et merci.

[Note 5: Un acteur anglais en paraissant sur la scène, fait toujours un

salut au public.

(_Note du Tr._)]

[Note 6: Célèbre actrice, sœur des deux Kemble.

(_N. du Tr._)]

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 13 / 250 题