Ἀστὴρ πρὶν µὲν ἔλκµπες ἐνὶ ζώοισιν ἑῷος.
(LAERTIUS.)
Oh! mon ami, toi que toujours j'aimerai, que je regretterai toujours,
combien d'inutiles larmes ont baigné ton cercueil honoré! Combien de
sanglots ont répondu à ton dernier soupir, quand tu te débattais dans
les angoisses de l'agonie! Si les larmes pouvaient arrêter la mort dans
sa course, les soupirs s'opposer à l'invincible force de son dard
tyrannique, la jeunesse et la vertu réclamer quelques instans de délai,
la beauté charmer le spectre et le distraire de sa proie, ah! tu vivrais
encore pour réjouir mes yeux désolés, pour faire la gloire de ton
camarade et les délices de ton ami. Si pourtant l'esprit aimable qui
t'animait plane autour du lieu où ton corps maintenant se résout en
poussière, ici tu liras le deuil imprimé dans mon cœur, deuil trop
profond pour être confié à l'art du sculpteur. Nul marbre n'indique la
couche de ton humble sommeil, mais on y voit des statues vivantes fondre
en pleurs; le simulacre de l'affliction ne s'incline pas sur ta tombe,
mais l'affliction elle-même déplore l'arrêt qui condamna ton jeune âge.
Hélas! quoique ton père pleure le coup qui frappe ainsi sa race, la
douleur paternelle ne peut égaler la mienne! Nul, aussi bien que toi,
n'adoucira sa dernière heure; toutefois, d'autres enfans calmeront alors
son angoisse. Mais auprès de moi, qui te remplacera? ton image que ne
saurait effacer une amitié nouvelle? non jamais! Les larmes d'un père
cesseront de couler, le tems apaisera les regrets d'un frère enfant: à
tous, hormis un seul, la consolation est connue, tandis que l'amitié
gémit dans la solitude.