DÉPART DE NEWSTEAD-ABBEY (1803).

_Why dost thou build the hall? son of the winged days! Thou

lookest from thy tower to-day; yet a few years, and the

blast of the desert comes; it howls in thy empty court_.

(OSSIAN.)

Pourquoi bâtis-tu ce palais? fils du tems à l'aile rapide!

Aujourd'hui tu regardes du haut de ta tour: quelques années

encore, et le vent du désert arrive; il murmure dans ta cour

solitaire.

1. A travers tes créneaux, Newstead, frémit le sourd murmure des vents:

ô demeure de mes pères, ton heure est venue; dans ton jardin jadis

riant, la ciguë et le chardon ont étouffé la rose qui en ornait les

allées.

2. De ces barons couverts de maille, qui, fiers et belliqueux,

conduisaient leurs vassaux des confins de l'Europe aux plaines de la

Palestine, que reste-t-il aujourd'hui? un bouclier, un écusson, qui

retentissent à chaque souffle des airs: voilà l'unique et triste vestige

de leur grandeur!

3. Le vieux Robert n'accompagne plus des sons de sa harpe ces vers qui

allument dans les cœurs l'amour de la guerre et des lauriers: près des

tours d'Ascalon, John de Horistan[1] sommeille, la mort a paralysé la

main de son ménestrel.

[Note 1: Le château d'Horistan, dans le Derbyshire, est une ancienne

habitation de la famille Byron.]

4. Paul et Hubert dorment dans la vallée de Crécy: ils succombèrent pour

la cause d'Édouard et de l'Angleterre. O mes pères! les larmes de votre

patrie vous récompensent. Quel fut votre courage! quelle mort fut la

vôtre! nos annales peuvent encore le dire.

5. A Marston Moor[2], quatre frères, réunis à Rupert[3] pour combattre

les traîtres, enrichirent de leur sang le sombre champ de bataille: ils

défendaient les droits du monarque; c'était encore défendre la patrie:

la mort vint mettre le sceau à leur royalisme fidèle.

[Note 2: Bataille de Marston Moor, où les partisans de Charles Ier

furent défaits.]

[Note 3: Fils de l'électeur Palatin et parent de Charles Ier. Il

commanda ensuite l'armée navale sous le règne de Charles II.]

6. Ombres des héros, salut! Votre descendant vous dit adieu, en quittant

le séjour de ses ancêtres. Sous un ciel étranger ou dans sa patrie,

votre souvenir lui inspirera une nouvelle ardeur; il ne songera qu'à la

gloire et à vous.

7. Une larme obscurcit ses yeux à l'heure de cette triste séparation;

mais c'est la nature, non la crainte, qui excite ses regrets: il va bien

loin, animé de la même émulation; jamais il n'oubliera la renommée de

ses pères.

8. Cette renommée, ce souvenir, voilà ce qu'il chérira toujours; il fait

vœu de ne jamais ternir l'éclat de votre nom; il vivra comme vous, ou

comme vous il périra; après sa mort, puisse-t-il mêler sa cendre à la

vôtre!

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 5 / 250 题