ACTIONS DES BANQUES ET DES SOCIÉTÉS DE CRÉDIT

Caractère dangereux de ces valeurs.--Absence de contrôle des

actionnaires sur la marche des affaires sociales.--Différentes sortes de

banques.--Les banques d'émission à privilège.--Les grands établissements

de crédit: le système dont ils ont vécu paraît usé.--Les banques

d'affaires.--Les Crédits fonciers et les sociétés immobilières: leurs

actions et leurs obligations.

L'industrie de la banque est fort complexe et elle a toujours été très

aléatoire. Des krachs célèbres, comme celui de l'_Union générale_, en

sont la preuve. Trop d'éléments entrent en jeu dans la prospérité et la

déconfiture de ces affaires, depuis la situation économique générale

jusqu'à l'habileté et la probité des directeurs. Ces valeurs conviennent

mal, surtout dans les circonstances actuelles, aux personnes qui se

contentent de toucher paisiblement leurs dividendes.

Nous avons connu le chef d'une des plus importantes sociétés anonymes de

crédit, à qui sa direction valait des émoluments considérables.

Cependant, pour sa part, il ne possédait, de sa maison, que juste le

nombre d'actions nécessaire, d'après les statuts, pour appartenir au

conseil d'administration. Ce cuisinier, pourtant particulièrement expert

et adroit, se méfiait de sa propre cuisine. Combien le public ne doit-il

pas se méfier davantage, lui qui ne tient pas la queue de la poêle!

Le contrôle des actionnaires sur l'activité et les résultats des banques

est inexistant. Nuls bilans, nuls comptes rendus ne sont plus sommaires

que ceux de ces entreprises. Sous prétexte que des renseignements

fournis en Assemblée générale profiteraient aux concurrents et nuiraient

à la société, les administrateurs s'enferment dans le mystère. Pour les

suivre, il faut donc avoir la foi et les affaires d'argent veulent autre

chose qu'une foi aveugle.

On sait que les Banques se spécialisent dans les diverses manières de

pratiquer le commerce de l'argent. Il n'existe que d'assez lointains

rapports, par exemple, entre la _Banque de France_ qui émet du

papier-monnaie avec privilège de l'État et les établissements de crédit

qui, eux-mêmes, ont divers genres d'activité.

Les actions de la _Banque de France_ constituent un des placements

autorisés pour les remplois dotaux, ce qui ne veut pas dire qu'elles

soient à l'abri des fluctuations. Leurs cours ne se sont pas fait faute

de varier avec les bénéfices, eux-mêmes très variables, de la société.

La guerre a été favorable à la Banque qui, de son côté, a rendu

d'immenses services à l'État, peut-être trop, car elle en est devenue, à

tous les égards, surtout à celui du crédit, une dépendance. Elle y a

gagné le renouvellement de son privilège, ce qui la met à l'abri des

attaques dirigées contre elle dans le Parlement et dans la presse. Aussi

les cours sont-ils élevés. Le propre de la Banque de France est de

gagner plus d'argent en temps de crise, où le taux de l'intérêt est

élevé, que dans les temps calmes et prospères. On peut se régler

là-dessus pour acheter et vendre ses actions qui ont d'ailleurs

l'inconvénient d'être nominatives.

La _Banque d'Algérie_, qui joue dans notre grande possession africaine

le même rôle que la Banque de France dans la métropole, a enrichi assez

rapidement ses actionnaires au cours des dernières années. Avec le

développement de notre Afrique du Nord, elle peut avoir encore des

perspectives. Pourtant les personnes qui entreraient aujourd'hui dans

cette valeur ne doivent pas, semble-t-il, compter que les cours seront

en perpétuelle ascension. On peut en dire autant de la _Banque de

l'Afrique Occidentale_ qui a pourtant des chances de se développer avec

cette colonie d'avenir. Quant à la _Banque d'Indo-Chine_ elle a à

compter avec les crises monétaires si fréquentes en Extrême-Orient et

avec l'instabilité des choses asiatiques.

Les grands établissements de crédit, qui sont comme le Louvre et le Bon

Marché de la finance, se livrent à des opérations bien différentes. Ils

se règlent sur le modèle du _Crédit Lyonnais_ dont la principale

industrie consiste d'abord à attirer les déposants par des commodités

comparables à celles des grands magasins, ensuite à ne leur servir qu'un

intérêt très faible, et à employer ces dépôts d'une manière sûre et plus

fructueuse, la différence formant le bénéfice de l'établissement.

D'autre part, ces maisons aux succursales multiples placent dans leur

large clientèle des titres sur lesquels elles touchent des commissions

souvent considérables, mais dont l'actionnaire ne connaît jamais le

montant, qui fait partie du secret de la direction.

C'est pourquoi nous conseillons fermement de ne pas accepter les yeux

fermés les titres recommandés par les agences des établissements de

crédit, peu regardants sur la qualité du papier qu'ils placent pourvu

qu'ils touchent la commission. Le public a fait cette expérience à ses

dépens sur une large échelle et il a appris que les magasins de valeurs

écoulaient, comme le plus vulgaire épicier, des marchandises avariées

sans égard pour leur clientèle. Bien que la foule des gogos soit

innombrable et se renouvelle sans cesse, on peut penser que les

établissements de crédit auront quelque difficulté à continuer ce genre

de commerce. D'autre part, il n'est pas certain qu'ils puissent

persister à faire fructifier leurs dépôts de la même façon que par le

passé et à appliquer la maxime: «Les affaires, c'est l'argent des

autres.» A tous les points de vue, les établissements de crédit ont

abusé du public. En se désintéressant de l'industrie française, ils

n'ont pas acquis la gratitude de la collectivité. La formule grâce à

laquelle ils réalisaient des bénéfices semble bien périmée. En

trouveront-ils une autre qui soit sûre et productive? Les signes n'en

paraissent pas encore. Enfin la situation de certaines de ces maisons

est pénible; c'est le moins qu'on en puisse dire. Leurs actions offrent

donc peu d'attraits.

Il y a un troisième genre de banques, dont la _Banque de Paris et des

Pays-Bas_ est le type, qui ont pour spécialité de lancer des affaires et

de gérer un vaste portefeuille de fonds d'États et de valeurs

industrielles et autres. L'actionnaire de ces banques s'en remet à la

compétence de la direction. On a dit que c'était un moyen, pour le

rentier paisible et privé de connaissances particulières, de participer

à un patrimoine administré par des hommes du métier et de s'intéresser

sans risque à l'industrie. C'est vrai. Seulement on ne voit guère que

ces banques enrichissent leurs actionnaires, ce qui est la preuve de ce

que nous avons dit plus haut des valeurs industrielles qui, l'une dans

l'autre, les bonnes compensant les mauvaises, finissent par laisser leur

possesseur Grosjean comme devant. La variété même des entreprises

auxquelles s'intéressent les banques de ce genre, si elle constitue

d'une part une assurance, leur interdit d'autre part d'espérer de

notables plus-values.

Quant aux banques étrangères, d'une façon générale, il convient de les

laisser de côté. Aux aléas propres au commerce de l'argent, elles

joignent trop d'inconnu. Ne peuvent toucher à ce domaine que des

personnes très bien renseignées.

Restent enfin les crédits fonciers et les sociétés immobilières. Ces

établissements ont eu une grande vogue et des jours heureux durant les

années qui ont précédé la guerre. Il n'en a pas toujours été ainsi. Le

_Crédit foncier de France_, (aujourd'hui si solide qu'en 1914 il a

refusé de se prévaloir du moratorium et qu'il a payé à guichets ouverts)

a connu autrefois de bien tristes moments. Heureusement l'expérience lui

a profité. Le sort cruel de la société des _Immeubles de France_ ne doit

pas être oublié non plus.

Les résultats de ces établissements dépendent pour une part du sérieux

de leur gestion et, pour l'autre, de la valeur de la propriété rurale et

urbaine. Quand cette valeur est stable ou en ascension, quand les prêts

ne sont consentis qu'avec des garanties sérieuses, quand la direction ne

se livre pas à des spéculations téméraires, les résultats sont

satisfaisants. Mais il faut que ces conditions soient réunies.

Dans les pays neufs, les crédits fonciers ont un vaste champ d'activité.

C'est le cas des crédits fonciers du Canada et de la République

Argentine où des capitaux français sont intéressés. Il ne faut pas

oublier pourtant que les pays neufs sont sujets à des crises profondes.

Il est plus sage d'ailleurs d'acquérir des obligations plutôt que des

actions des crédits fonciers. Les obligations du Crédit foncier de

France ont une réputation de solidité très méritée. En dehors des

sociétés que nous venons de citer, il existe en Égypte et dans les pays

Scandinaves des Banques hypothécaires dont les obligations, cotées à la

Bourse de Paris, sont convenablement garanties. C'est un bon élément de

diversité dans les portefeuilles.

Comment placer sa fortune · 第 28 / 51 题