LES OBLIGATIONS DES CHEMINS DE FER FRANÇAIS ET ÉTRANGERS

Conditions auxquelles ces obligations peuvent attirer des placements

sérieux.--Une garantie d'un grand État solvable est presque toujours

nécessaire.--Exemple des obligations des grandes Compagnies

françaises.--Avantages respectifs de ces diverses catégories

d'obligations.--Des obligations de bonne apparence qui auront

fait subir de lourdes pertes aux fortunes: les obligations

lombardes.--Autre expérience pénible: les obligations des chemins de fer

américains.--Éclaircissements sur la valeur de ces titres.--Quels sont

ceux dont les porteurs ont eu à se féliciter?--Gages et remboursements

des obligations américaines.--Il convient de se détourner des

obligations de chemins de fer exotiques.--De quelques pièges dont le

public n'est pas assez averti.

Autant les placements en actions de chemins de fer doivent être écartés

pour les raisons que nous avons dites, autant au contraire les

obligations peuvent être recherchées, du moins à certaines conditions

que nous allons définir et moyennant lesquelles le sort des obligations

peut devenir nettement distinct de celui des actions.

Tel est très certainement le cas pour les obligations des chemins de fer

français.

Nous avons vu, en effet, que, sur les six grands réseaux, il en est

trois (Ouest, Orléans, Midi) qui jouissent d'une garantie pleine et

entière de l'État jusqu'à la fin des concessions. L'intérêt et

l'amortissement des obligations de ces compagnies sont donc assurés sans

condition et sans discussion. Ce sont tout simplement des créances sur

l'État français et qui suivront le sort des finances de l'État.

Les trois autres compagnies, celles de l'Est, du Nord et du Paris-Lyon

ne sont pas dans le même cas. La garantie que les conventions de 1883

assurent à la compagnie de l'Est expire en 1935: à partir de cette

époque le service des obligations n'aura plus d'autre couverture que le

produit net. Cette situation est déjà celle des obligations Nord et

Lyon. Ces deux compagnies, pour qui la garantie de l'État a disparu en

1915, offrent en garantie à leurs obligations la marge constituée par

leurs bénéfices, mais elles n'en offrent plus d'autre. S'il est à

redouter que la marge constituée par ces bénéfices ne doive pas

reparaître, faut-il appréhender aussi que le service des obligations du

Nord et du Lyon reste en souffrance au cas où les compagnies entreraient

dans une période de déficit? Ce danger ne paraît pas à craindre, au

moins en temps normal, et à moins d'admettre que l'État, accablé sous le

poids de ses propres charges, ne puisse remplir les engagements,

_purement moraux et verbaux_ il est vrai, qu'il a pris à cet égard.

Il y a des valeurs qui doivent, non sans raison, une partie de la

confiance qu'elles inspirent à la manière même dont elles sont réparties

dans le public et à la nature des portefeuilles où elles se trouvent

classées. C'est justement le cas des obligations de nos chemins de fer.

Elles sont extrêmement répandues, en France, dans la petite épargne, et

non seulement dans la petite épargne individuelle, mais peut-être

surtout dans ce qu'on pourrait appeler la petite épargne collective,

celle que les sociétés de secours mutuels et les caisses de retraites

représentent tout particulièrement. Ainsi, chose extrêmement importante

en régime de démocratie, le nombre se trouve intéressé à un service

ponctuel des obligations de chemins de fer. Toute défaillance dans le

service des obligations d'une des compagnies non rachetées ou non

garanties prendrait les proportions d'une catastrophe publique et

atteindrait une foule d'électeurs, tandis que, les actions n'étant

détenues que par la bourgeoisie moyenne, la suppression du dividende

passerait inaperçue. On comprend donc sans peine que M. Joseph Caillaux,

porte-parole autorisé de la démocratie radicale-socialiste, ait été

amené à déclarer à la tribune de la Chambre, le 29 mars 1911, étant

ministre des finances, qu'il ne pouvait concevoir aucune sorte de

gouvernement qui pût jamais laisser le coupon des obligations de chemins

de fer en souffrance. Il est très important de rapprocher de cette

déclaration le fait que, malgré l'expiration de la garantie, les

obligations du Nord et du Lyon ont continué, en vertu d'une circulaire

ministérielle, à entrer dans la catégorie des placements légaux.

Aussi peut-on regarder à juste titre les obligations de nos grandes

compagnies de chemins de fer comme faisant partie des engagements

explicites de l'État et comme devant suivre les destinées des finances

de notre pays. Indépendamment du gage constitué par les recettes, c'est

une considération des plus importantes.

Les obligations de nos chemins de fer offrent les types les plus variés:

au cours d'une existence déjà longue, où elles n'ont cessé d'emprunter,

les compagnies ont suivi toutes les exigences du crédit. Actuellement le

public a le choix entre les obligations 5 p. 100, 4 p. 100, 3 p. 100, 2

1/2 p. 100. Les deux premières sont du rendement immédiat le plus

avantageux. Mais elles se tiennent peu éloignées du pair et n'offrent

par conséquent qu'une légère prime au remboursement. Les obligations du

type 3 p. 100 offrent l'avantage d'avoir un marché extrêmement large et

de nombreuses transactions quotidiennes, même par les temps de marasme

financier: c'est peut-être, en France, la valeur préférée, à tous les

degrés de l'épargne. Enfin la prime au remboursement est considérable.

Elle atteint 170 francs pour des titres achetés à 325 francs pendant la

guerre.

Les obligations du type 2 1/2 p. 100 qui donnent un revenu inférieur ont

au contraire une prime au remboursement encore un peu plus élevée.

En somme, indépendamment de la sécurité qu'elles présentent, les

obligations de chemins de fer 3 p. 100 et 2 1/2 p. 100 sont surtout

intéressantes par la prime au remboursement qui doit être recueillie par

tirages annuels d'ici la fin des concessions. Les obligations 2 1/2

paraissent surtout convenir à ce point de vue aux sociétés de

capitalisation, qui comptent sur le temps comme sur un collaborateur

fidèle, ou aux pères de famille très prévoyants. Pour fixer les idées du

lecteur, nous lui citerons le cas de la Compagnie de l'Ouest en

liquidation qui, dans le portefeuille de cette importante réserve dont

nous avons parlé plus haut, ne possède pas moins de 29 à 30.000

obligations 2 1/2 des divers réseaux. D'ici l'époque où cette

réserve,--on aurait dit autrefois cette tontine,--sera partagée entre

les actionnaires, ces 30.000 obligations, évaluées avant la guerre par

le conseil de liquidation, selon les cours de la Bourse, à 10 800 000

francs en chiffres ronds, auront été remboursées à 500 francs (ou plus

exactement 495 francs taxe déduite) et auront produit près de 14

millions. Ainsi le bénéfice est mathématique et peut, d'ores et déjà,

être calculé aux centimes près.

On doit toutefois envisager le cas où ce bénéfice pourrait être réduit.

C'est celui où les compagnies, terriblement obérées par la guerre, ne se

relèveraient pas de leur déficit chronique et continueraient à faire

appel à l'État pour de lourdes sommes. Si alors le cours des obligations

3 p. 100 continuait à se tenir entre 300 et 350 francs, et à donner, par

chaque titre amorti, une prime énorme, l'État pourrait être tenté de

diminuer cette prime due aux circonstances, en aggravant la taxe sur les

primes de remboursement. Cette taxe est actuellement de 4 p. 100 et

porte sur la différence formée par le prix d'émission du titre et le

taux auquel il est remboursé. A cet impôt pourrait d'ailleurs s'en

ajouter légitimement un autre qui s'appliquerait au bénéfice réalisé sur

chaque obligation amortie par rapport au cours moyen du titre pendant

l'année. Tant que le capitaliste français n'aura à payer que des impôts

de cette nature, il ne sera pas à plaindre.

Il y a, pour la marche de l'amortissement, des différences notables

entre les diverses compagnies. Voici l'ordre dans lequel elles se

présentent: d'abord toutes les obligations du _Nord_, en vertu du terme

de la concession qui expire dès 1950. Les obligations dites «anciennes»

de l'_Orléans_, les 7 ou 800 000 premiers numéros des obligations

«anciennes» de l'_Est_ (qui auraient droit à une cotation spéciale en

Bourse), doivent être aussi complètement remboursées en 1950: les

actuaires qui travaillent pour le compte des sociétés d'assurance et de

capitalisation savent exactement quelles sont, pour chaque catégorie

d'emprunts, les chances de tirage au sort et la progression annuelle de

ces chances. D'ailleurs le public lui-même commence à s'en rendre

compte, car les trois espèces d'obligations que nous venons de citer

sont ordinairement plus recherchées que les autres. Les obligations Lyon

et Midi viennent les dernières: et leurs cours, surtout pour les Lyon,

s'en ressentent, la garantie absolue de l'État exerçant une bonne

influence sur les Midi.

Ces remboursements (1 titre sur moins de 50 pour les trois séries les

plus favorisées que nous venons d'énumérer) s'accéléreront à mesure que

l'expiration des concessions s'approchera. Ils sont destinés à agir sur

les cours des obligations à la manière d'un aimant. Nous avons vu les

obligations de chemins de fer, en ces derniers temps, résister à la

baisse beaucoup mieux que le 3 p. 100 perpétuel. La raison de cette

résistance est là. On peut considérer, après cette épreuve, les

obligations de chemins de fer comme se trouvant, au point de vue de la

stabilité des cours, dans des conditions relativement favorables. La

régularité de l'amortissement fait le salut des valeurs dans les

tempêtes financières. Et, jusqu'ici, cette régularité, pour nos grandes

compagnies, ne saurait être mise en doute.

Les obligations 3 p. 100 des chemins de fer algériens (_Ouest-Algérien_,

_Est-Algérien_, _Bône-Guelma_, plus la série des anciens «Chemins

algériens», _Mostaganem_, _Aïn-Thizy_, etc...) sont, au point de vue de

la sécurité, dans la même situation que les obligations de l'Ouest, de

l'Orléans ou du Midi, étant émises par des compagnies soit rachetées

soit formellement garanties par l'État. Le cas est le même pour diverses

obligations de chemins de fer coloniaux (_Port de la Réunion_,

_Indo-Chine_ et _Yunnan_).

Mais la durée des concessions et, par conséquent la période des

remboursements, étant beaucoup plus longue (jusqu'à 1975 ou 1980 en

moyenne) que pour les six grandes compagnies de la métropole, l'effet de

l'amortissement se fait sentir moins nettement sur les cours. Les

obligations des six grandes compagnies sont donc préférables, à moins

que les obligations algériennes et coloniales diverses que nous venons

de désigner ne se présentent à des cours inférieurs de 20 ou 25 francs

au moins.

*

* *

Il serait imprudent de conclure de ce qui précède que toutes les

obligations de chemins de fer sont de bonnes valeurs et, en particulier,

que les obligations des chemins de fer étrangers offrent les mêmes

garanties que les nôtres. Cette analogie aura fait d'innombrables

victimes. Et c'est en matière financière plus que par tout ailleurs

qu'il faut se garder de raisonner par analogie.

On peut dire que le martyrologe des obligations de chemins de fer est

encore plus vaste que celui des actions, car, le plus souvent, on peut

même dire malheureusement dans presque tous les cas, l'obligataire a

fourni des sommes cinq ou dix fois plus considérables que le capital

versé par les actionnaires.

Les obligations des réseaux rachetés (_Victor-Emmanuel_ et _Méridionaux_

en Italie, ou _Autrichiens_ par exemple), et les obligations garanties

par l'État russe n'étant plus, les unes et les autres, que des fonds

d'État, suivent, depuis les événements de 1918, les destinées de ces

divers pays. Après elles, on n'aperçoit guère en Europe d'obligations de

chemins de fer qui soient dignes d'inspirer une confiance parfaite. Les

moins mauvaises sont peut-être celles du _Nord de l'Espagne_ et du

_Saragosse_ qui, pendant la guerre, ont donné à leurs propriétaires des

satisfactions qui ne seront pas éternelles. Encore la marge des

bénéfices de ces compagnies est-elle bien étroite, en sorte que le

service des obligations se trouve à la merci du moindre incident

politique ou économique. La prime au remboursement est séduisante. Mais

l'amortissement des emprunts du Nord de l'Espagne a été suspendu

longtemps, il importe de s'en souvenir. Et l'on sait aussi que le

«convenio», faillite déguisée, est un véritable produit de la terre

espagnole. Quant aux obligataires des autres compagnies de la péninsule

(_Andalous_, _Ouest de l'Espagne_, _Sud de l'Espagne_, etc...), ils ont

passé par des épreuves douloureuses. C'est pourquoi, même pour les

réseaux espagnols plus importants et plus prospères, mais dont la

prospérité est bien récente et bien fragile, la plus grande

circonspection est de rigueur.

Car on peut parfaitement se ruiner avec des obligations de chemins de

fer de l'aspect le plus rassurant. Cette circonstance se présente même

d'autant plus souvent que le public s'en laisse aisément imposer par des

valeurs qui ont la réputation de valeurs de «père de famille» et ne

regarde pas de très près à la qualité du gage. On aura même vu des

compagnies sérieuses, exploitant un beau réseau, faire subir à leurs

obligataires des pertes graves. Transposée des actions aux obligations,

l'histoire des chemins de fer lombards, que nous avons résumée

antérieurement, permet de voir comment, de sacrifice en sacrifice, des

porteurs d'obligations peuvent être conduits à n'avoir plus en main

qu'un titre réduit, par des concordats successifs, quant aux intérêts ou

quant au capital et, quelquefois, quant aux deux.

La compagnie des chemins de fer lombards ou du Sud de l'Autriche a émis

jadis en France la majeure partie de ses obligations à un taux supérieur

a celui même des obligations similaires de nos grandes compagnies. Cela

se passait en 1858, juste un an avant la guerre d'Italie. Le public

français, à cette époque, n'a pas paru se douter un instant qu'il était

invité à fournir des capitaux à une compagnie condamnée à perdre le

meilleur de son réseau avant même de l'avoir exploité. La guerre de 1859

devait avoir en effet pour résultat la cession de la Lombardie au

Piémont par l'Autriche vaincue, cession rapidement suivie de

l'expropriation de la compagnie autrichienne. En sorte qu'on peut très

bien imaginer un père de famille français, ayant placé ses économies

dans les chemins lombards, et dont le fils, officier ou soldat, eût été

tué à Magenta ou à Solférino pour aider à fonder l'État italien qui

devait s'empresser de rançonner la compagnie.

Atteints déjà dans leur coupon par les impôts autrichiens et français

(le revenu n'était que de 13 francs au lieu de 15 pour les obligations 3

p. 100), les obligataires avaient dû, avant la guerre, renoncer en outre

au remboursement de leurs titres à 500 francs. Après un essai de

remaniement des tables d'amortissement, l'amortissement lui-même avait

été complètement suspendu en 1908 et, sous la menace de la faillite, les

créanciers avaient dû accepter en 1914 des conventions, d'ailleurs

compliquées, qui réduisaient le nominal de leur titre soit à 325 francs,

soit à 310 francs seulement, selon que la garantie du gouvernement

autrichien devait être accordée ou non par le Parlement avant le 1er

janvier 1915. Les annuités payées par le gouvernement italien pour le

rachat des réseaux lombard et vénitien auraient formé le revenu

nécessaire au service des intérêts et de l'amortissement d'une

obligation sur deux: c'était encore l'élément le plus stable sur lequel

les porteurs de titres pouvaient compter. Mais la guerre est survenue et

la dislocation de l'Autriche-Hongrie s'en est suivie. L'Italie, la

Yougo-Slavie, l'Autriche allemande vont dépecer ce malheureux réseau.

Les actions n'ont plus d'espoir. Les obligations elles-mêmes sont en

grand danger de subir de nouvelles et fortes réductions. Il est

difficile de calculer ce qu'il leur restera. Et dire qu'en France elles

figurent encore dans la liste des valeurs admises pour les remplois

dotaux!

En ce qui concerne les actions comme en ce qui concerne les obligations,

on voit que l'exemple des chemins de fer du Sud de l'Autriche est

saisissant. Il montre par quelles lentes dégradations, de concordat en

concordat, des entreprises sérieuses peuvent faire subir des pertes

graves à ceux qui leur ont accordé confiance, sinon même les mener

jusqu'à la ruine.

*

* *

Nous voici maintenant, avec les obligations des chemins de fer

américains, en présence d'un cas qui n'est pas moins instructif, car il

prouve à quel point la prudence et l'information sont nécessaires dans

les placements et combien il importe de ne pas suivre aveuglément les

vogues.

Il y a environ dix ans, un économiste éminent, renommé non seulement

pour sa science mais encore pour sa circonspection, rédacteur en chef

d'un journal hebdomadaire très répandu, commençait à engager l'épargne

française à se porter sur les obligations de chemins de fer des

États-Unis. Dans son _Art de placer et gérer sa fortune_, M. Paul

Leroy-Beaulieu résumait ses campagnes et sa pensée en ces termes

particulièrement pressants et définitifs:

Les obligations des principaux chemins de fer américains doivent être

classées parmi les meilleures valeurs qui soient au monde... Ces

obligations ont l'avantage de fournir facilement 1/2 à 3/4 p. 100,

sinon 1 p. 100 de plus de rémunération que celles de nos compagnies de

chemins de fer, avec une durée parfois double.

Elles ont cet autre mérite que ces titres, en cas de grandes guerres

au sein de l'Europe, seraient à l'abri des conséquences ou des

répercussions de ces guerres, ce qui donne une sécurité précieuse...

Les obligations des principaux chemins de fer américains sont appelées

à remplir, au XXe siècle, la fonction que tenaient au XIXe siècle, les

_Consolidés_ britanniques, celle de valeurs de refuge par excellence,

avec l'avantage très appréciable d'un intérêt rémunérateur... Les

capitalistes avisés et les intermédiaires dégourdis peuvent, dès

maintenant, s'occuper de ces placements très recommandables.

Des pronostics de M. Paul Leroy-Beaulieu, celui qui s'est réalisé le

premier s'est réalisé à la lettre: les «intermédiaires dégourdis» se

sont rencontrés tout de suite et en grand nombre pour saturer le public

français d'obligations de chemins de fer américains. Plusieurs séries de

ces obligations, de qualités très inégales, ont même été introduites sur

le marché de Paris. Et certaines ont fait faire tout de suite des

expériences ruineuses à l'épargne de notre pays.

D'abord, il s'était révélé, dès la crise orientale de 1912-1913, que le

marché de New-York, qui, par lui-même est déjà d'une extrême sensibilité

et sujet aux crises les plus graves, n'était nullement soustrait aux

conséquences et aux répercussions d'une guerre européenne. De plus, il

eût été sage de prévoir que les États-Unis étaient exposés à des

difficultés particulières du fait de leur politique extérieure:

effectivement, sur ces entrefaites, les événements du Mexique étaient

venus aggraver la dépression. On devait considérer enfin la guerre aux

trusts, c'est-à-dire l'inauguration d'une politique sévère et même

malveillante à l'égard des grandes entreprises, comme un avertissement

sérieux.

Non seulement la nationalité américaine ne pouvait pas suffire à

conférer à ces obligations, d'une manière absolue, le caractère de

«valeurs de refuge» mais encore il eût fallu supposer que le public

français était en mesure de discerner avec certitude, dans l'énorme

variété des compagnies de chemins de fer créées aux États-Unis par le

système de la concurrence illimitée, les compagnies prospères et

réalisant des bénéfices réguliers. Les obligations des chemins de fer

américains forment un fouillis aussi complexe que les réseaux eux-mêmes

qui s'enchevêtrent à l'infini. D'abord il faut tenir grand compte de ce

fait que les compagnies américaines n'amortissent pas leurs emprunts,

comme le font les nôtres, au moyen de tirages annuels calculés d'après

la durée de la concession: ce procédé, inspiré de l'esprit français de

prudence et d'économie, ne convient pas à l'audace américaine. De plus

les chemins de fer des États-Unis, étant, non pas concessionnaires mais

propriétaires à perpétuité de leurs réseaux, sont libres de fixer, pour

le remboursement en bloc de leurs emprunts, des dates extrêmement

variables, et qui s'étendent des années immédiatement prochaines à

l'année 2361 (_West Shore_ 4 p. 100). Il est facile de se rendre compte

que les administrateurs du West Shore se soucient fort peu de savoir à

l'aide de quelles ressources cette dette, qui est de 250 millions de

francs, pourra être remboursée dans quatre siècles et demi.

Autre différence avec les obligations de chemins de fer français et qui

peut devenir une cause de mécomptes graves. Les obligations américaines

ne sont pas, comme les nôtres, uniformément gagées sur l'ensemble des

ressources de la compagnie. Elles ne sont même pas, comme les

obligations de certaines compagnies espagnoles (le _Nord de l'Espagne_,

par exemple) nettement classées suivant le rang hypothécaire. Il y a

pour désigner les diverses sortes de gages qui leur sont affectés une

nomenclature extrêmement compliquée et dont la complexité même suggère

la pensée que les émetteurs ne seraient pas fâchés que le public pût s'y

égarer. Ainsi il est bien certain qu'une première hypothèque est prise

en faveur des obligations qui portent la mention _first mortgage_. Mais

cette première hypothèque n'est pas toujours générale: elle ne

s'applique souvent qu'à une partie du réseau, à un certain nombre de

milles de voies ferrées (_division_) dont la valeur ne peut être connue

que par l'étude approfondie du titre hypothécaire (_mortgage deed_) qui

est en la possession de la banque émettrice. Il faut donc ne pas s'en

laisser imposer par la mention _first mortgage_ pas plus que par la

mention _prior lien_, qui désigne bien, elle, une hypothèque de priorité

primant toutes les autres, mais qui ne s'applique pas forcément à

l'ensemble des propriétés de la compagnie, comme des personnes

inattentives pourraient le croire, puisque certaines lignes peuvent déjà

avoir été l'objet d'une hypothèque spéciale. De même le _general

mortgage_ est sans doute une hypothèque générale qui embrasse tous les

biens de la compagnie, mais qui peut être primée par des hypothèques

particulières, des «divisions» antérieurement constituées. Quant à la

mention de deuxième hypothèque, toujours peu séduisante pour les

prêteurs, il ne faut guère s'attendre à la rencontrer, et moins encore

la mention de troisième hypothèque (_second, third mortgage_). Celles-là

sont désignées par des termes infiniment plus vagues et par des

euphémismes plus engageants, comme ceux de _consolidated_ ou _blanket

mortgage_. Et ce n'est pas tout. La nomenclature ne finit pas là. Il y a

le _refunding mortgage_, qui désigne les emprunts destinés au

remboursement de dettes devenues exigibles et à qui sont affectées les

garanties de l'emprunt antérieur (car presque toujours les compagnies

américaines contractent une nouvelle dette pour en éteindre une

ancienne.) Il y a le _collateral trust_, qui est un gage constitué par

un dépôt d'actions ou d'obligations (généralement d'une autre compagnie

«contrôlée» par la compagnie émettrice), dépôt qui est remis aux mains

de _trustees_ ou fidéicommis et dont la valeur est difficilement

appréciable quand elle ne se trouve pas fictive. Enfin certaines

obligations sont gagées sur le matériel roulant des compagnies,

(_equipment mortgage bonds_), d'autres peuvent être échangées contre des

actions à un cours déterminé (_convertible bonds_), d'autres n'ont aucun

gage spécial (_debentures_). Si l'on veut bien songer qu'il n'y a pas

moins de quarante compagnies américaines qui jouissent d'une certaine

réputation et si l'on tient compte de ce fait que toutes ces compagnies

ont contracté des emprunts des types les plus différents et les plus

diversement gagés, on conviendra qu'à moins d'une initiation préalable

et fort ardue, le capitaliste européen ne saurait puiser qu'au hasard

dans l'énorme lot de ces obligations.

L'embarras du choix ne doit pas, cependant, constituer une raison

suffisante pour écarter ces valeurs _a priori_.

Les rentiers américains ont un critérium qui leur permet de distinguer

le bon grain de l'ivraie. Sont considérées comme offrant une sécurité

incontestable les obligations qui figurent sur la liste des valeurs que

les banques d'épargne des États (en particulier les banques d'épargne de

l'État de New-York) sont autorisées à acquérir. Ces obligations offrent

généralement des signes particuliers. Elles se capitalisent à un taux

qui, en temps normal, est rarement supérieur à 3 1/2 ou 4 p. 100. Les

fluctuations auxquelles elles sont sujettes se tiennent dans la limite

de 10 p. 100 et elles jouissent d'un marché très large, en sorte qu'on

peut toujours avoir la certitude de les réaliser à tout moment. Il va

sans dire que, seul, le capitaliste européen qui est capable de lire des

documents rédigés en anglais conformément au vocabulaire particulier de

la finance américaine, pourra consulter lesdites listes avec profit et

sans crainte de confusion, avant de passer un ordre d'achat. En d'autres

termes cette lecture ne peut être faite que par des personnes munies

d'une instruction financière supérieure.

Le fait que les banques d'épargne placées sous la surveillance des États

sont autorisées à acheter des obligations de chemins de fer prouve donc

qu'il y a de bonnes obligations aux États-Unis, des obligations qui

possèdent même une sorte de garantie morale du gouvernement, comparable

à celle que nous avons pour les obligations des chemins de fer français.

En ce sens, M. Paul Leroy-Beaulieu pouvait avoir raison de signaler les

titres des principaux chemins de fer américains aux capitalistes

européens désireux de diversifier leurs placements et de sortir des

chemins battus.

Seulement, avec la hantise qui a été celle de tous les économistes et de

tous les hommes d'affaires de sa génération, M. Paul-Leroy-Beaulieu,

redoutant une baisse toujours plus accentuée du taux de l'intérêt,

trouvait aux obligations américaines à long terme l'avantage d'assurer

aux porteurs, pendant de nombreuses années et même pendant plusieurs

siècles, un revenu moyen constant. Leur «durée», comme on peut le voir

dans le texte que nous avons cité plus haut, durée «parfois double de

celle des obligations françaises», lui apparaissait comme une de leurs

meilleures recommandations. Convaincu que le loyer de l'argent devait

fatalement descendre à 2 1/2, 2, 1 1/2, peut-être même 1 p. 100, M.

Leroy-Beaulieu était porté à croire que les obligations américaines les

plus dignes d'être recherchées étaient celles qui n'étaient

remboursables qu'en 1997, en 2047 ou même en l'an 2361 comme les West

Shore. L'homme prévoyant, selon lui, eût été celui qui eût assuré à ses

héritiers, et aux héritiers de ses héritiers un revenu de 4 p. 100

pendant plusieurs siècles.

Ce raisonnement étant faux, comme nous l'avons montré, l'expérience nous

a, au contraire, apporté la preuve que les obligations américaines les

plus dignes d'attirer l'attention étaient celles dont le remboursement

était le plus rapproché.

Nous pouvons voir, en effet, à chaque fois (et ces occasions ne sont pas

rares) qu'une crise secoue le marché américain, les obligations dont le

terme est proche rester presque insensibles à la baisse, ou leur

sensibilité diminuer en raison de la proximité du terme. Reprenons des

exemples que nous avons eu déjà l'occasion de citer plus haut. Les

obligations 3 1/2 de la puissante compagnie _Pennsylvania Railroad_, de

la série remboursable en 1912, ont été intégralement remboursées au pair

l'année même où une première bourrasque devait assaillir les valeurs

mobilières de tous les pays du monde. Supposons qu'un porteur de ces

obligations eût employé son capital en obligations 3 1/2 de la même

compagnie remboursables en 1915. Ces titres pouvaient s'obtenir alors à

97, c'est-à-dire trois points au-dessous du pair, ce qui représentait

une prime au remboursement de trois francs pour cent francs à toucher au

bout de trois ans, soit, avec l'intérêt à 3 1/2, un revenu total de 4

1/2 p. 100. Or, dès les premiers mois de 1914, ce capitaliste eût vu ses

obligations approcher du pair (99 1/2 à 99 3/4) et il lui eût été d'ores

et déjà possible de les arbitrer fructueusement contre des obligations

de la même compagnie, à terme plus éloigné et dont les cours étaient

bien moins élevés. Ou bien, en 1915, en pleine guerre, il fût rentré

dans son capital, ce qui eût été une aubaine excellente.

Il est visible à l'oeil le moins expérimenté que, pendant la baisse qui

a sévi jusque sur les obligations américaines de premier ordre, les

titres les plus résistants ont été ceux qui obéissaient à l'aimantation

d'un remboursement prochain. On ne saurait que difficilement mettre en

doute la sécurité qu'offrent, par exemple, les obligations 3 1/2

première hypothèque du _New York Central_. Elles constituent

certainement, au point de vue de la solidité du gage, une des premières

valeurs du monde: le seul fait de posséder gares et voies ferrées en

pleine ville de New-York crée à cette compagnie un privilège de fait et

la rend propriétaire de terrains d'une valeur colossale. Eh bien, ces

obligations, après avoir jadis dépassé le pair, sont tombées aux cours

de 83 et même de 82, et, pendant la guerre, se sont difficilement

maintenues à 70 ou 71 parce qu'elles ne sont remboursables qu'en 1997,

tandis que nous venons de constater la stabilité des cours des

obligations Pennsylvania 3 1/2 1915, qui étaient aussi bonnes mais non

pas meilleures et qui, dans les temps de hausse, se tenaient au même

niveau que les New York Central. Cependant d'autres obligations du type

3 1/2, par exemple les _Baltimore and Ohio_ remboursables en 1925 se

tenaient à 86, quoique émanant d'une compagnie dont la prospérité est

beaucoup moins bien établie que celle du _New York Central_ et dont la

gestion est pour ainsi dire plus aventureuse. Et parmi des valeurs qui

passent, d'après la classification de M. Paul Leroy-Beaulieu lui-même

pour n'être que des «valeurs d'appoint», on remarque que les _Chicago

Burlington and Quincy joint bonds_ 4 p. 100 remboursables en 1921 valent

93, presque autant que les _Pennsylvania Railroad_ 4 p. 100

remboursables en 1923, titre de toute première classe, tandis que les

_New York Central_ 4 p. 100, remboursables en 1934 seulement, soit

treize ans plus tard, se tiennent à plusieurs points au-dessous de ces

cours.

Il serait fastidieux de multiplier ces exemples. Mais la conclusion qui

s'impose c'est que les obligations des chemins de fer américains peuvent

constituer pour le capitaliste diligent un véritable clavier dont le

maniement lui permet soit d'avoir de bonnes chances de stabiliser toute

une partie de son portefeuille, soit de s'assurer à date fixe des

rentrées d'argent, ce dont il aura lieu de se féliciter en temps de

crise. On s'en rend bien compte dans les milieux informés. Durant la

«crise de confiance» de 1914, un peu avant la guerre, on signalait de

Londres que beaucoup de personnes bien inspirées, lasses de laisser

leurs capitaux stériles et se refusant toutefois à opérer des placements

définitifs, recherchaient les «notes» à très court terme émises pour les

besoins courants des compagnies américaines. Ainsi conçues, on peut dire

que les obligations américaines constituent des «valeurs de refuge».

Mais il est à craindre que l'expérience malheureuse que le public

français vient de faire avec les obligations américaines qui lui ont été

apportées en France même, ne la détourne pour longtemps de ces valeurs.

En effet les intermédiaires que convoquait M. Paul Leroy-Beaulieu n'ont

pas été très regardants quant à la qualité des titres que l'Amérique les

chargeait d'introduire chez nous. On a donc fait absorber pêle-mêle à

notre épargne des titres de premier ordre comme les _Pennsylvania_ 3 3/4

p. 100; des titres que les Américains eux-mêmes classent dans une

catégorie secondaire telles que les _Cleveland Cincinnati_ 4 p. 100,

quoique appartenant encore à une compagnie qui distribue des dividendes;

et enfin des titres tout à fait aléatoires sinon même franchement

mauvais et dont l'émission a constitué une escroquerie, telles que les

_Saint Louis and San Francisco_ dont les intérêts ont cessé d'être payés

trente mois après leur introduction sur le marché de Paris. Si l'on

pense qu'avec cela, ces valeurs, selon la méthode que nous avons déjà

décrite et qui constitue un abus insupportable, ont été émises en France

à un prix bien supérieur à celui que valaient, en Amérique même, des

titres des mêmes compagnies jouissant de gages supérieurs, on comprendra

que le public français, après un instant d'engouement, ait ensuite

condamné en bloc toutes les obligations américaines. Après la

suppression de paiements du Saint Louis and San Francisco, les

poursuites contre la compagnie _New York New Haven_ ont renforcé cette

défaveur. Toutefois, il ne faudrait pas confondre des obligations

garanties par le _Pennsylvania Railroad_, puissant organisme qui offre,

bon an mal an, une marge de bénéfices nets de 100 ou 150 millions de

francs, avec des titres sans consistance. On a même vu les obligations

_Pennsylvania_ cotées à Paris et remboursables en 1921 descendre à des

cours beaucoup plus avantageux que les obligations de la même compagnie

cotées à New-York. Voilà de ces occasions qu'il fallait savoir saisir.

En résumé, les obligations des chemins de fer américains sont des titres

qu'on ne peut acquérir qu'après une étude sérieuse, une sélection sévère

et en parfaite connaissance de cause. A ces conditions elles peuvent

donner des sujets de satisfaction aux porteurs et même, on l'a vu par

les exemples et les faits que nous avons cités, pour les obligations à

court terme ou à remboursement prochain, constituer une sorte

d'assurance contre les risques de dépréciation que les fortunes sont

exposées à courir.

*

* *

Restent les obligations des chemins de fer exotiques. Nous pourrions

compter sur nos doigts celles qui n'ont pas--ou, pour parler plus

prudemment, celles qui n'ont pas encore--causé de déboires à leurs

propriétaires.

Nous ne prendrons qu'un seul exemple: celui des obligations 4 p. 100 des

chemins de fer nationaux du Mexique.

Émises à Paris, à un cours voisin du pair, au moment où le Mexique, sous

la dictature de Porfirio Diaz, semblait entré au nombre des États dont

la prospérité est stable, ces obligations jouissaient de fort beaux

gages. Une hypothèque sur un réseau déjà productif, renforcée par une

garantie formelle du gouvernement mexicain, avec engagement de payer les

intérêts et de rembourser le capital en or, toutes ces conditions

rendaient le titre séduisant. Mais qu'est-il resté de l'hypothèque

lorsque la guerre civile a interrompu le trafic, détruit les lignes et

les travaux d'art sur de nombreux points? Qu'est-il advenu de la

garantie du gouvernement mexicain lorsque ce gouvernement a cessé de

pouvoir faire face à ses engagements directs? Le paiement des intérêts a

été suspendu et les cours sont tombés à 150 francs au-dessous du pair...

Les obligations des chemins de fer mexicains pourront connaître des

jours meilleurs. Tout le profit sera, dans cette hypothèse, pour ceux

qui auront osé acheter au bon moment et dans les bas cours. Ce cas est

celui qui s'était déjà présenté pour les obligations concordataires des

chemins de fer de Santa-Fé, compagnie qui, après avoir touché le bord de

la ruine, s'est brillamment relevée mais semble menacée de nouveau,

comme tous les chemins de fer argentins et sud-américains.

Les obligations des chemins de fer exotiques peuvent donc être

exceptionnellement intéressantes comme valeurs spéculatives pour des

capitalistes très attentifs et libres de leurs mouvements. C'est une

duperie de les considérer comme valeurs de placement. Il est d'ailleurs

absurde de se laisser tenter par un revenu de 5 p. 100 et même de 6 p.

100, si l'on veut bien réfléchir à ceci que les compagnies ou les États

qui offrent ce taux d'intérêt au prêteur français ne trouvaient pas

d'argent chez eux à moins de 8, 10 ou 12 p. 100. Il faut espérer que le

jour viendra où l'éducation financière de l'épargne française sera assez

avancée pour que, à défaut de la surveillance de l'État français, le

scandale de ces émissions, qui aboutissent souvent, dans l'espace de

quelques mois, à des pertes graves, ne se reproduise plus.

Pour finir, nous mettrons en garde contre une mention qui est parfois un

principe d'erreur. Les prospectus d'émission insistent, chaque fois

qu'ils peuvent le faire, sur les subventions que des États, des

provinces ou des villes se sont engagés à fournir pour assurer le

service des obligations de chemins de fer étrangers. Une société civile

est même fréquemment, par surcroît de sécurité, formée par les

obligataires pour recueillir ces subventions. Ce qu'on ne dit pas, c'est

que ces garanties sont la plupart du temps subordonnées à

l'accomplissement de diverses conditions, telles que la construction de

la ligne dans un délai fixé, faute de quoi l'État garant se trouve délié

de ses engagements en tout ou en partie. C'est le cas qui vient de se

produire--sans aller dans l'Amérique du Sud--pour certains _chemins de

fer_ en Toscane, soi-disant garantis par le gouvernement italien.

Et l'État garant aurait bien souvent besoin d'être garanti lui-même. Que

pouvait valoir, par exemple, l'engagement pris par le gouvernement de

l'Equateur de suffire à toutes les défaillances de la compagnie fondée

pour exploiter les chemins de fer de ce pays? Moins que rien. Il est à

craindre, cependant que ce mot magique de «garantie» n'ait induit bien

des épargnants français à opérer ce placement ruineux.

*

* *

Durant quatre années de guerre où les emprunts des grands États ont

drainé tous les capitaux disponibles, les compagnies de chemins de fer

du monde entier n'ont pas pu faire appel au crédit. Elles vont regagner

le temps perdu. Devant la masse des obligations offertes, le capitaliste

ne sera jamais trop méfiant.

Les chemins de fer français seront les premiers à servir. Ils ont déjà

besoin de sommes colossales qu'il est malaisé d'évaluer même

approximativement. Le robinet des émissions sera longtemps ouvert, sauf

pour les heureuses compagnies rachetées comme celle de l'_Ouest_ et

celle de l'_Est-Algérien_.

Par le nouveau régime ou les nouvelles conventions qui devront forcément

intervenir pour les chemins de fer français, le gage des obligations

sera-t-il diminué ou accru? Le public fera bien d'y veiller. Quant aux

chemins de fer étrangers, il importera d'être infiniment plus attentif

et plus méfiant encore.

Comment placer sa fortune · 第 22 / 51 题