Ce livre s'adresse à toutes les personnes qui, possédant une fortune
petite ou grande, d'origine ancienne ou nouvelle, ont besoin de
principes directeurs et de renseignements pratiques pour la placer et
l'administrer.
En cette matière, ce ne sont pas les conseils qui manquent. Mais les
conseils désintéressés sont rares. Chacun se méfie du détaillant qui
vante un produit. On se demande: «Quel intérêt peut-il avoir à insister
pour me vendre cette marque plutôt qu'une autre?» Les mêmes personnes
qui doutent de leur épicier suivront aveuglément le banquier ou même le
commis de banque qui les invitera à acheter une valeur. Pourtant, dans
les deux cas, la méfiance doit être la même, et elle doit être d'autant
plus vive qu'il s'agit de plus grosses sommes pour l'acquéreur et de
plus grosses commissions pour le courtier.
Les pertes énormes subies par les capitalistes français dans ces
dernières années ont en grande partie pour cause les erreurs,
volontaires ou involontaires, des financiers ou des établissements de
crédit qui s'étaient constitués les tuteurs du capital et de l'épargne.
L'auteur de ce livre n'a aucune espèce d'attache financière. Il ne
soutient aucun système. Il livre au public le résultat de ses études et
de ses observations.
Sa seule ambition est de rendre service. Quant à son intérêt, il a
consisté à écrire un ouvrage qui, étant utile à beaucoup de monde,
pourra être lu avec profit par un public nombreux.
Les personnes auxquelles nous avons songé en écrivant ce livre sont
légion en France, ou la fortune, aux degrés les plus divers, est si
répandue. Il nous est apparu aussi que les meilleurs traités du même
genre écrits avant la guerre ne s'appliquaient plus aux circonstances
actuelles. Un guide nouveau était nécessaire pour tenir compte des
bouleversements survenus depuis 1914 et de ceux qui pourraient se
produire encore.
A qui nous adressons-nous? Non seulement aux personnes qui vivent de
leurs revenus, mais aussi à celles qui s'enrichissent par leur travail
et leur économie et à qui leurs occupations ne permettent pas d'étudier
à fond par elles-mêmes la meilleure manière de mettre leur épargne à
l'abri, dans un temps où la sécurité des capitaux est si précaire.
Proudhon a écrit, il y a déjà de longues années, dans son _Manuel du
spéculateur à la Bourse_:
«Le rentier, qui vit sur la foi de son inscription; l'actionnaire qui
compte sur son dividende; le propriétaire foncier dont l'avoir est tout
en terres et en maisons; le commerçant dont la sécurité repose sur
l'éventualité des bénéfices; le père de famille, qui cherche pour
l'établissement de ses fils, pour la dot de ses filles le placement le
plus solide et le plus productif; tous ceux dont la fortune est engagée
soit dans les fonds publics, soit dans les entreprises industrielles,
soit dans des propriétés rurales et urbaines, et qui trop souvent
oublient que cette fortune change incessamment, tant en capital qu'en
intérêts, par les mouvements quotidiens de la Bourse; tout ce monde,
étranger pour la plupart à la spéculation, a besoin cependant d'en
connaître à peu près les objets, d'en observer les oscillations et d'en
prévoir les résultats.»
* * * * *
Ce besoin est plus grand aujourd'hui que jamais. La prudence, la science
et la réflexion, nécessaires en tout temps à la conservation de la
richesse, sont indispensables dans les périodes agitées. Le rentier,
l'actionnaire, le propriétaire foncier, le commerçant, le père de
famille: voilà les personnes dont nous souhaitons être lu. C'est à
elles, c'est à nos classes moyennes, indignement rançonnées par des
financiers sans patriotisme et sans scrupules, que cet ouvrage est
dédié.