SCÈNE IV

Toujours à Londres.--Dans les jardins du duc de Glocester.

_Entrent_ MARGERY, JOURDAIN, HUME, SOUTHWELL ET BOLINGBROOK.

HUME.--Venez, mes maîtres: la duchesse, je vous l'ai dit, attend

l'accomplissement de vos promesses.

BOLINGBROOK.--Nous sommes tout prêts, maître Hume. Mais la duchesse

veut-elle entendre et voir nos mystères?

HUME.--Oui, pourquoi pas? comptez sur son courage.

BOLINGBROOK.--J'ai entendu dire que c'était une femme d'une fermeté

inébranlable. Cependant, il sera bon, maître Hume, que vous soyez

là-haut près d'elle, tandis que nous travaillerons ici en bas. Ainsi, je

vous prie, sortez, au nom de Dieu, et laissez-nous. _(Hume sort.)_ Mère

Jourdain, prosternez-vous la face contre terre. Southwell, lisez, et

commençons notre oeuvre.

(La duchesse paraît à une fenêtre.)

LA DUCHESSE.--Bien dit, mes maîtres; soyez tous les bienvenus. A la

besogne; le plus tôt sera le mieux.

BOLINGBROOK.--Patience, ma bonne dame; les magiciens connaissent leur

temps; la profonde nuit, la sombre nuit, le silence de la nuit, l'heure

de la nuit où l'on mit le feu à Troie; le temps où errent les oiseaux

funèbres, où hurlent les chiens de garde, où les esprits se promènent,

où les fantômes brisent leurs tombeaux: tel est le temps propre à

l'oeuvre qui nous tient occupés. Asseyez-vous, madame, et ne craignez

rien; ce que nous allons faire paraître ne pourra sortir de l'enceinte

sacrée.

(Ils exécutent les cérémonies d'usage, et tracent le cercle. Bolingbrook

ou Southwell lit la formule, _Conjuro te,_ etc. Éclairs et tonnerres

effroyables, l'Esprit sort de terre.)

L'ESPRIT.--_Adsum_.

MARGERY.--_Asmath_, par le Dieu éternel, dont le nom et le pouvoir te

font trembler, réponds à mes demandes; car jusqu'à ce que tu m'aies

satisfait, tu ne passeras point cette enceinte.

L'ESPRIT.--Demande ce que tu voudras: que n'ai-je déjà dit et fini!

BOLINGBROOK, _lisant les questions contenues dans un papier_.--_D'abord

le roi, qu'en doit-il advenir_?

L'ESPRIT.--Le duc qui déposera Henri est vivant; mais il lui survivra et

mourra d'une mort violente.

(A mesure que l'Esprit parle, Southwell écrit la réponse.)

BOLINGBROOK.--_Quel est le sort qui attend le duc de Suffolk_?

L'ESPRIT.--Par l'eau il mourra et trouvera sa fin.

BOLINGBROOK.--Qu'arrivera-t-il au duc de Somerset?

L'ESPRIT.--Qu'il évite les châteaux; il sera plus en sûreté dans les

plaines sablonneuses qu'aux lieux où les châteaux se tiennent en haut.

Finis; à peine pourrais-je endurer plus longtemps.

BOLINGBROOK.--Descends dans les ténèbres et dans le lac brûlant, esprit

pervers: en fuite!

(Tonnerre et éclairs. L'Esprit descend sous terre.)

(Entrent précipitamment York et Buckingham, suivis de gardes, et autres

personnages.)

YORK.--Saisissez-vous de ces traîtres et de tout leur bagage. Sorcière,

nous vous suivions, je crois, de bien près. Quoi! madame, vous ici? le

roi et l'État vous devront beaucoup pour les peines que vous avez

prises, et milord protecteur désirera sans doute vous voir bien

récompensée de cette bonne oeuvre.

LA DUCHESSE.--Elle n'est pas la moitié aussi coupable que les tiennes

envers le roi d'Angleterre, duc outrageant qui menaces sans cause.

BUCKINGHAM.--En effet, sans la moindre cause, madame. Comment

appelez-vous ceci? _(Lui montrant le papier qu'il a saisi_.)

Emmenez-les, qu'on les tienne bien renfermés et séparés.--Vous, madame,

vous allez nous suivre. Stafford, prends-la sous ta garde. _(La duchesse

quitte la fenêtre_.) Nous allons mettre au jour toutes ces bagatelles.

Sortez tous.

(Les gardes sortent, emmenant Margery, Southwell, etc.)

YORK.--Je vois, lord Buckingham, que vous l'aviez bien surveillée. C'est

une petite intrigue bien imaginée, et sur laquelle on peut bâtir bien

des choses. Maintenant je vous prie, milord, voyons ce qu'a écrit le

diable. _(Il lit.) Le duc qui doit déposer Henri est vivant, mais il lui

survivra et mourra d'une mort violente._ C'est tout justement..... _Aio

te, Æneïda, Romanos vincere posse.--Dites-moi quel sort attend le duc de

Suffolk?--Il mourra par l'eau et y trouvera sa fin.--Qu'arrivera-t-il au

duc de Somerset?--Qu'il évite les châteaux, il sera plus en sûreté dans

les plaines sablonneuses que là où les châteaux se tiennent en haut._

Allons, allons, milord, ce sont là des oracles dangereux à obtenir, et

difficiles à comprendre. Le roi est sur la route de Saint-Albans, et

l'époux de cette aimable dame l'accompagne. Que cette nouvelle leur

arrive aussi promptement qu'un cheval pourra la leur porter. Triste

déjeuner pour milord protecteur!

BUCKINGHAM.--Que Votre Grâce me permette, milord d'York, de porter

moi-même ce message, dans l'espoir d'en obtenir la récompense.

YORK.--Comme il vous plaira, mon cher lord.--Y a-t-il quelqu'un ici?

_(Entre un domestique_). Invitez de ma part les lords Salisbury et

Warwick à souper chez moi ce Soir. Allons-nous-en. (Ils sortent.)

Henri VI (2/3) · 第 9 / 39 题