M. Eugène Schaeffer, commandant au 69e régiment d'infanterie, décédé
dernièrement à Toul, où il était en garnison, avait exprimé le désir
d'être enterré à Saverne, sa ville natale. Bien que la cité alsacienne
ait cessé d'être française depuis l'annexion, la famille du défunt ne
pouvait que déférer à un voeu inspiré par les sentiments les plus
respectables; mais les obsèques prirent un caractère particulièrement
curieux en raison de l'intervention de l'armée allemande, qui voulut
s'associer à ce deuil en rendant les honneurs militaires à la dépouille
mortelle de l'officier supérieur français. Des sous-officiers allemands
transportèrent hors de la maison le cercueil sur lequel étaient placés
l'uniforme, l'épée et les décorations du commandant Schaeffer; deux
compagnies du même régiment, le 99e d'infanterie, musique en tête,
l'escortèrent jusqu'au cimetière. Là, devant la tombe, la musique joua
une marche funèbre, les tambours battirent, la troupe présenta les armes
et tira des feux de salve.
Ce fut un spectacle très impressionnant que celui de ce suprême salut,
adressé par des soldats de Guillaume II à un soldat de la France auquel
la mort a permis de retrouver, dans la patrie perdue, un coin de terre
pour y reposer à côté des siens.