Après dix jours d'inutiles efforts, le sous-marin _Farfadet_ a pu enfin,
le 15 juillet, être dégagé et remorqué dans un des bassins de l'arsenal
de Sidi-Abdallah. On vida partiellement ce bassin de façon que le
sous-marin reposât sur le fond, incliné à bâbord, mais que, cependant,
les radeaux et les barques nécessaires à l'enlèvement des cadavres
pussent flotter autour de lui. Dans la nuit du 15 au 16, les capots
furent ouverts et, bravant une effroyable odeur de putréfaction, les
marins et ouvriers de l'arsenal commencèrent les recherches. Un premier
cadavre fut presque aussitôt découvert, celui du quartier-maître
Lessausse, et transporté dans un des cercueils qui avaient été préparés.
Il fallut ensuite, à l'aide de manches, pomper l'eau qui remplissait le
_Farfadet_ avant de pouvoir pénétrer plus avant.
C'est à ce moment que fut exécuté le croquis de notre gravure de
première page.
Pendant la journée du 16 et la nuit qui suivit, l'équipe des
travailleurs n'interrompit pas un moment son horrible et pieuse besogne.
Successivement, furent ramenés au dehors les corps de l'enseigne Robin
et des autres victimes--pauvres matelots qui, deux mois auparavant,
posaient joyeusement devant un photographe, pour ce groupe que nous
reproduisons d'après une carte postale envoyée par l'un d'eux à ses
parents.