Ensuite, de son vivant, il était généralement détesté, non-seulement par
les prisonniers, mais encore par ses collègues.
Le gardien, qui tenait la plume, ne sourcilla pas.
Quand au gouverneur, il se borna à froncer légèrement le sourcil.
John Colden poursuivit.
--Entre un homme qui se vend et un homme qui l'achète, le marché est
bientôt conclu. Quand j'ai vu M. Whip si bien disposé, je lui ai
dit: allez-vous-en ce soir dans le Brook street, demandez à parler à
Suzannah, et elle vous en dira plus long que moi.
Et M. Whip est parti.
Cette révélation de John Colden coïncidait étrangement avec la
déposition de master Pin qui s'était souvenu d'avoir ouvert la grille,
vers huit heures du soir, à M. Whip.
--Après? fit le gouverneur.
John Colden reprit:
--Quand nous avons eu soupé, les autres ouvriers et moi, on nous a
enfermés séparément, chacun dans une cellule, et je me suis endormi.
J'ai été réveillé en sursaut par le bruit des verrous qu'on tirait, de
la serrure qu'on ouvrait et j'ai vu entrer M. Whip.
--Tout est prêt, m'a-t-il dit.
--Vous avez vu Suzannah.
--Oui.
--Vous êtes d'accord?
--Oui.
Je me suis habillé et je l'ai suivi. Un autre gardien l'attendait sur le
seuil.
Tous les deux m'ont mené au bout du corridor et ont ouvert une porte.
Alors j'ai vu, dormant sur son lit, le gardien-chef, celui qui m'avait
enfermé.
Et M. Whip a dit, en regardant l'autre gardien:
--Il a pris une bonne prise. J'ai du fameux tabac, va!
Puis ils ont détaché la clef que M. Bardel portait à sa ceinture, et
nous sommes revenus dans le corridor.