--Vous? fit-il.
--C'est bien M. Bardel qui a fermé les cellules? reprit le gardien
Jonathan.
--Oui.
--Eh bien! il en est une qu'il a laissée ouverte.
--Laquelle?
--Le numéro 16. Venez voir.
Le coeur de M. Whip bondit dans sa poitrine.
--C'est celle du petit Irlandais, dit-il.
--Justement. Je vous disais bien qu'il y avait du fenianisme là-dessous.
Jonathan conduisit M. Whip à la cellule numéro 16, et lui démontra, sans
le moindre bruit, que la serrure était ouverte et le verrou non poussé.
--Jonathan, dit M. Whip, en lui pressant vivement la main, écoutez-moi
bien.
--Parlez.
--Vous allez rester ici.
--Bien.
--M. Bardel viendra à neuf heures.
--C'est probable.
--Il vous demandera pourquoi vous m'avez remplacé; vous lui direz que
j'étais malade.
--Très-bien.
--Il se défie certainement plus de moi que de vous, et il se trouvera
enchanté de la substitution.
--Vous croyez?
--Puis il vous éloignera sous un prétexte quelconque.
--Et alors que ferai-je?
--Vous tâcherez de gagner, le préau et de vous y cacher.
--Après?
--Je n'ai pas le temps de vous expliquer tout cela en détail mais je
suis sûr que M. Bardel conduira le petit Irlandais dans le préau.
--Ah!
--Et qu'il lui ouvrira la porte de la nouvelle prison. Alors vous
le suivrez et vous mettrez à crier au secours; j'aurai prévenu les
sentinelles, nous accourrons et nous le prendrons en flagrant délit.
--Vous êtes un homme de génie, mon cher Whip, dit Jonathan.
M. Whip longea le corridor, ouvrit la porte du préau, la referma sur lui
et disparut.
Il était temps, car cinq minutes après, M. Bardel parut à son tour,
couvert de son manteau de nuit, un trousseau de clés à la ceinture et sa
lanterne sourde à la main.
Jonathan s'était assis dans sa guérite.
M. Bardel dirigea vers lui la clarté de sa lanterne et tressaillit en
reconnaissant qu'il n'avait plus à faire à M. Whip.
--Qu'est-ce que cela? dit-il en s'approchant.
--Excusez Whip, dit Jonathan, il était malade.
--Pourquoi ne me l'a-t-il pas dit? fit sévèrement M. Bardel.
--Il craignait d'être grondé. Pendant que nous dînions, il m'a demandé
de le remplacer.
--Il a eu tort, dit sèchement M. Bardel, car vous êtes un mauvais
gardien de nuit.
--Pourquoi cela?
--Mais parce que vous vous endormez facilement. Tenez, vous avez les
yeux déjà à demi fermés...
--Oh! par exemple!
M. Bardel posa sa lanterne à terre, prit sa tabatière et prit
brusquement une prise.
--Tenez, dit-il à Jonathan, faites comme moi, cela vous réveillera.
Et il lui tendit sa tabatière, qu'il avait prestement retournée et dans
laquelle Jonathan introduisit ses doigts sans défiance.