II

Il n'y a pas de fortifications à Londres comme à Paris, pas de portes,

pas de grilles affectées à l'octroi.

L'octroi n'existe pas.

Londres ne finit pas, comme disent les gens du peuple. A part la cité

proprement dite, tout le reste est ce qu'on appelle l'_agglomération_.

Cela explique comment le petit Irlandais avait quitté Hampsteadt et

était revenu dans Londres sans s'en douter.

Après avoir erré dans Kings street, il avait fini par tomber dans Niegh

street, et c'était sous le porche d'une maison de Gloucester place que

l'Irlandaise Suzannah l'avait trouvé.

Il fit bien un peu de résistance, tout d'abord; mais la jeune femme

le regardait avec des yeux si doux, elle lui parlait d'un ton si

affectueux, qu'il finit par céder.

--Vrai, dit-il? vous êtes Irlandaise?

--Je suis née à Cork, mon mignon.

--Et vous m'aiderez à retrouver ma mère?

--Si elle est Irlandaise, ce sera facile...

--Ah! fit-il en la regardant encore.

Elle eut un sourire triste.

--Tous les Irlandais sont malheureux, dit-elle, et, même à Londres, tous

les malheureux se connaissent.

--Bien sûr, madame, vous ne me trompez pas?

--Non, mon enfant.

Et elle l'embrassa; puis elle lui dit encore:

--Mais où demeure-t-elle, ta mère? dans quelle rue?

Les misères de Londres, 2. L'enfant perdu · 第 7 / 115 题