--Qu’est-ce que tu veux qu’on en fasse? fit-il enfin.
--On peut le donner! Je veux bien qu’on le donne, Berty, je veux bien.
Mais il ne faut pas le tuer, grand-père!
--Et à qui veux-tu qu’on le donne? C’est reculer pour mieux sauter. Au
bout de quinze jours on lui mettra une pierre au cou.
--Il y a ces demoiselles Werquin, déclara Marie-Louise, illuminée. Elles
l’aiment tant. Elles l’ont dit encore ce matin!
--C’est bon, répondit M. Jeunnebien. Laisse-moi faire ma sieste. On
verra plus tard.
Mais il ne fut pas plus tôt endormi que Marie-Louise se fit conduire par
la servante chez les demoiselles Werquin. Et elle emmena Berty.
--Mademoiselle Gertrude, dit-elle, voulez-vous prendre notre chien?
Grand-père n’en veut plus.
Les trois vieilles filles joignirent les mains.
--Jésus mon Dieu! Un si joli chien. Vous nous le donnez? C’est bien
vrai?
Elles rapprochaient leurs trois figures fripées pour se faire lécher,
toutes ensemble. Un vague sentiment de maternité, ridicule, dévoyé,
touchant, bouleversait délicieusement leurs entrailles.
--Qu’est-ce qu’il faut lui donner? demanda mademoiselle Mélanie.
--Une soupe au lait, des carottes, un peu de viande tous les jours, dit
Marie-Louise. Oh! je sais qu’il sera bien chez vous...
Et elle s’en alla, le cœur gros.
* * * * *
Comme M. Jeunnebien et Marie-Louise passaient dans la salle à manger, le
soir, ils entendirent qu’on sonnait à la porte.
--C’est mademoiselle Gertrude, annonça la servante. Elle vient pour une
commission.
Mademoiselle Gertrude entra, fit la révérence, et resta debout.
--Mettez-vous, mademoiselle Gertrude, mettez-vous, dit M. Jeunnebien.
Mademoiselle Gertrude s’assit et accepta un petit verre d’anisette.
--Je viens pour Berty, commença-t-elle timidement.