LE SOLDAT.

Je luy veux dire en ceste façon: «O cruel Mars! duquel j'ay

longuement suivy les enseignes, desployées à la perte et ruine de

ce pays de France, à jamais te puissay-je dire à Dieu! A Dieu ta

cruaulté, à Dieu ta barbarie, que tu dois plustost aller exercer

contre les infidèles payens que contre nous! Contente-toy de

la mort de cent et cent mille hommes, des prises, saccagemens

et bruslemens de tant de villes, de chasteaux et bourgades, des

desmolitions des temples, violemens de femmes et vierges, des rapines

et brigandages faicts en ce pays, et te retires à jamais loing de

nous! Ta detestable cruauté est si grande que chascun est saoul de te

supporter. Va-t'en avec Discorde, ta soeur et compagne, soliciter les

Turcs infidèles à faire la guerre les uns aux autres, et nous laisse

jouyr en repos et tranquillité de la paix tant desirée. Puisses-tu,

ô Dieu de cruauté! estre à jamais bany de la France, et, s'il faut

que quelque jour tu t'en approches, ce soit pour la deffence et

manutention d'icelle contre l'estranger qui la voudroit assaillir,

grever et molester, non pas à la ruine et destruction d'icelle,

comme tu as faict. Par ce moyen, l'ecclesiastique vivra en paix, le

senateur fera justice, le marchand traficquera, le laboureur sèmera

son champ, et l'artizan fera son mestier hors de tout soupçon et

inconvenient.»

Variétés Historiques et Littéraires (06/10) Recueil de piéces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 101 / 118 题