Je vous le diray. Sçavez-vous pas que Mars, dieu de la guerre et
cruaulté, se sert aussi aucunes fois et volontiers de ministres
barbares et cruels? De sorte qu'à ce propos l'on dit communement que
l'homme de bien qui abhorre le sang et est pourveu d'une parfaicte
humanité ne vault rien à la guerre. Ainsi donc pouvez-vous juger de
là que les meschans garnemens volontiers s'y retirent, et que la
guerre, où neantmoins se font les braves hommes, est ordinairement
la retraicte des voleurs[402], meurtriers et assassinateurs, pour
ce qu'en temps de guerre le marchand ne va plus sur les champs, et
que chacun se tient clos et fermé en sa maison; ce qui fait que les
meschans, ne trouvans plus aucunes pratiques, sont contrains aller à
la guerre? Que pensez-vous qu'ils facent maintenant, estant cassez?
[Note 402: C'est ainsi, après les guerres, qu'on vit un peu
plus tard paroître Guillery et sa bande. Ils se jetoient
sur les marchands, qui, la paix étant signée, croyoient
pouvoir aller en toute sécurité par les chemins. Selon
L'Estoille (fin sept. 1608), «ils avoient pris pour devise,
qu'ils avoient affichée en plusieurs arbres des grands
chemins: _Paix aux gentilshommes! la mort aux prevosts
et archers, et la bourse aux marchands!_ ce qu'ils ont
réellement executé maintes fois, ayant tué tous les prevôts
et archers qui etoient tombés entre leurs mains et devalisé
les marchands.»]