EPIGRAMME ÉQUIVOCANTE

_Sur le nom et misère des poètes._

Les muses qui m'ont amusé,

Ou plustost qui m'ont abusé,

A la fin trompent les poètes;

Poètes amys de renom,

On ne vous a donné ce nom,

Que pour ce que pleins de pouds estes.

* * * * *

_De quelques gentilhommeaux qui pour aller braves faisoient maigre

chère, et mouroient presque de faim._

Tous ces petits gentilhommeaux

Me font souvenir des tombeaux

Qui ne sont beaux qu'en apparence:

Car, pour avoir des beaux habits,

Ils ne boivent à suffisance

Et ne mangent que du pain bis[371].

[Note 371: Comme ces pauvres gentilhommes de Beauce qui,

dit Rabelais, «desjeunent de baisler et s'en trouvent fort

bien, et n'en crachent que mieux». (Liv. 1, ch. 17.) Oudin

dit aussi: «Gentilhomme de Beauce, qui vend ses chiens pour

avoir du pain.» (_Curiosités françoises_, p. 249.)]

* * * * *

_L'autheur prend congé des Muses, avec resolution de ne plus les

courtiser, puisqu'elles ne recompensent les poètes que de pauvreté._

Non, non, je ne suis esbahy,

Si je me vois ores trahy

De vous, pucelles de Parnasse;

Vous promettez beaucoup de bien,

Mais vous ne donnez jamais rien

Que sur la fin une besace.

Je croyois que vos doux fredons

M'enrichiroient de mille dons,

Et des pouds seulement j'amasse;

Par vous je pensois prosperer,

Mais, las! je ne puis esperer

Que sur la fin une besace.

Vos chansons et vos instruments

Ne sont que peines et tourments,

Vostre malheur du tout m'embrasse.

Vous donnez quelque passe-temps;

Mais pour sallaire je n'attends

Que sur la fin une besace.

Je devrois me voir assouvy

De biens, pour vous avoir servy,

Et malheur sur malheur j'entasse.

O! que maigre est vostre pouvoir!

De vous on ne sçauroit avoir

Que sur la fin une besace.

Ovide pour vous fust banny,

Et se vist rudement puny

Pour avoir suivy vostre audace;

Vous luy causates son mal-heur,

Il n'eust de vous autre faveur

Que sur la fin une besace.

Homère, mignon d'Apollon,

Avec son grave violon,

Ne receut de vous autre grace

Que de mandier en tous lieux.

Que puis-je donc pretendre mieux,

Que sur la fin une besace?

Ainsi, belles et doctes soeurs,

Pour avoir gousté vos douceurs,

Je suis une horrible carcasse,

Je suis la mesme pauvreté:

Vous n'avez autre charité

Que sur la fin une besace.

Adieu doncques, Muses, adieu,

Je n'iray plus en ce beau lieu

Où je contemplois vostre face,

Où vos lauriers je cherissois,

Puisque de vous je ne reçois

Que sur la fin une besace.

_L'estrange et veritable accident arrivé en la ville de Tours, où la

royne courroit grand danger de sa vie sans le marquis de Roüillac et

Monsieur de Vignolles. Le vendredy vingt-neufviesme janvier 1616._

_A Paris, chez Guillaume Marette, rue de la Parcheminerie, à l'image

Sainct-Martin._

1616. In-8.

Le vendredy 29 janvier, Sa Majesté ayant faict assembler le conseil,

où estoient messieurs le comte de Soissons et duc de Guise, monsieur

d'Espernon, messeigneurs le Chancellier, de Villeroy et autres

seigneurs conseillers d'Estat, pour adviser à ce qui se devoit

chanter pendant la conference et chercher les moyens les plus propres

pour la resolution de la paix[372], le plancher de la chambre où le

conseil se tenoit commença à fondre vers la cheminée, et petit à

petit la ruine croissoit au lieu où estoient messieurs le comte de

Soissons, d'Espernon, de Villeroi, Bassompierre, Biron, le marquis

de Villaine et plus d'une vingtaine de seigneurs de qualité. Elle

les emporta avec elle dans une salle basse, où à l'instant il

s'esmeut un grand bruit par ceux qui estoient dans l'antichambre

et dedans la basse court, pour ne sçavoir comme ce malheur estoit

arrivé. L'un crioit: Où est la roine? Un autre: Où est monsieur le

comte de Soissons? L'autre: Où est monsieur d'Espernon? Et, tous

l'espée haute, chacun parloit selon son sens et son affection;

et, pendant ceste grande rumeur, la royne se fust veue seule,

abandonnée, et en grand peril de sa vie[373], si le marquis de

Rouillac[374], le premier, ne fust couru à elle, et après luy

monsieur de Vignolles[375], lesquels, au lieu de faire comme les

autres, qui ne pensoient qu'à se sauver, preferant le salut de Sa

Majesté au leur particulier, aymans mieux mille fois mourir que si

il luy fust mesarrivé. Ceux qui demeurèrent blessez furent messieurs

d'Espernon[376], fort legerement toutesfois, lequel en cet etat

assista le premier et tant qu'il peut, monsieur le comte de Soissons,

messieurs de Villeroy, marquis de Villaines, et plusieurs autres,

sont demeurez davantage blessez[377]. Sa Majesté, pour ne se montrer

ingratte envers Dieu, qui l'avoit retirée de ce danger en faveur de

toute la France, s'en alla incontinent à l'eglise cathedralle luy

rendre actions de grace. Le peuple entendit comme miraculeusement

elle avoit esté sauvée, fit la mesme chose et d'extrêmes

contentemens: c'est ce que tous les vrais François doivent faire, sa

vie estant la conservation des nostres et de toute la France[378].

[Note 372: Une négociation étoit commencée avec les princes

mécontents, et la reine mère ne s'arrêtoit à Tours que pour

gagner du temps et se rallier peu à peu ceux qui l'avoient

abandonnée pour le prince de Condé.]

[Note 373: Son fauteuil s'étoit trouvé heureusement placé

sur une poutre qui tint ferme. (_Mém._ de Bassompierre,

_Collect. Petitot_, 9e série, t. 20, p. 97.)]

[Note 374: Neveu du duc d'Épernon. V. son _Historiette_

dans Tallemant, édit. in-12, t. 9, et notre t. 4, p. 339.]

[Note 375: V. sur lui plus haut, p. 118, note.]

[Note 376: Il est dit dans l'_Abrégé chronologique de

l'Histoire de France, pour faire suite à Mézeray_, 1727,

in-12, t. 1, p. 180, que la reine mère s'empressa d'envoyer

visiter tous les blessés, excepté M. d'Épernon. «Cette

indifférence de Marie de Médicis à son égard, jointe à

quelques autres sujets de mécontentement, l'obligea de

quitter la cour, pour prévenir une disgrâce plus déclarée.»]

[Note 377: Bassompierre fut du nombre, quoi qu'en ait dit

M. Chalmel dans son _Histoire de Touraine_, t. 2, p. 448.

«Je tombai, dit-il lui-même dans ses _Mémoires_, avec

vingt-sept autres personnes ... Je fus blessé à l'épaule et

à la cuisse, et eus deux des petites côtes enfoncées, dont

je me suis senti depuis long-temps.» (Collect. Petitot, 7e

série, t. 20, p. 97.)]

[Note 378: Cet événement se passa dans l'hôtel bâti un

siècle auparavant par Babou de la Bourdaisière, et qui

étoit devenu l'hôtel des gouverneurs. (Chalmel, _Hist. de

Touraine_, t. 2, p. 448.) Cette maison, qui servit depuis

de prison, a été démolie. Elle étoit située dans la rue qui

porte aujourd'hui le nom de Colbert.]

_Arrest notable donné au profit des Femmes contre l'impuissance des

Maris, avec le plaidoyé et conclusions de Messieurs les gens du Roy._

M.DC.XXVI[379]. In-8.

[Note 379: Cette cause est du genre de celle que perdit si

piteusement le marquis de Langey en 1659. Il ne manque,

pour qu'elle soit de tout point semblable, que l'épreuve

du congrès. Picot n'alla pas jusque là, mais le marquis

la subit, sans toutefois parvenir à s'exécuter un peu

virilement. Le scandale qui en résulta fut cause «qu'on

abolit pour jamais l'épreuve du congrès, comme chose

odieuse et incertaine». (_Faits des causes célèbres_, 1769,

in-12, p. 43.)]

Catherine Moreau, âgée de trente et quarante ans ou environ,

espouze en seconde nopce François Picot, aussi âgé de trente huit

ans, avec lequel l'inthimée est mariée y a deux ans huict mois ou

environ, pendant lequel temps ladicte Moreau n'a eu aucune lignée du

deffendeur, de telle sorte que, se voyant du tout frustrée et hors

d'esperance d'avoir aucun enfant provenant du mariage passé entre

les parties, et aussi que, cela advenant, qu'elle pourroit avoir de

grandes contestations et desbats avec les parens de son mary (en

cas que Dieu voulût disposer de son dit mary le premier); sur telles

considerations, après une grande infinité de plaintes, ladite Moreau

auroit esté contrainte de faire citer pardevant l'officier[380]

d'Angers ledit Picot son mary, à celle fin de voir dire et ordonner

que, veu son impuissance, que le mariage cy-devant contracté par

l'advis et consentement des parens et amis de part et d'autre, et

passé en face de nostre mère saincte Eglise, seroit déclaré nul et

de nul effect, et permis aux parties de leur pourvoir ainsi qu'elles

verront bon estre.

[Note 380: L'official. Le mariage étant à cette époque

regardé comme un sacrement bien plus que comme un contrat

civil, les procès pour cause d'impuissance étoient portés

devant l'official, qui étoit un magistrat ecclésiastique.]

Sur lesquelles poursuites ledict Picot prolonge et esquive le plus

qu'il peut de comparoistre pardevant ledict official d'Angers,

sy bien que, se voyant condamné par coustumace à la demande de

l'inthimée avec les conclusions du promotheur à son advantage, il

auroit esté contraint de presenter requeste audict official, et par

icelle auroit remonstré que, pendant les poursuites et surprises

faictes par ladicte Moreau, sa femme, il auroit tousjours esté absent

de ladicte ville, ce qui auroit esté la seule cause qu'il n'auroit

faict aucunes responces aux pretendues demandes de ladicte Moreau,

et les conclusions de sa dicte requeste portant qu'il supplie ledict

official d'ordonner que le jugement par luy donné, comme il dit, par

surprise et souz de très faux donné entendre, soit déclaré nul, et

que les parties viendront au premier jour.

Sur la requeste ainsi presentée par ledict Picot au dict official,

souz les falacieuses allegations: car, pour montrer la Cour qu'elles

estoient comme dit est fallatieuses et mensongères (c'est que sauf

la correction et reverence d'icelle), ledict Picot n'estoit point

absent, comme il alleguoit par sa dicte requeste, veu que l'une des

citations a esté donnée parlant à sa personne.

Cependant, souz telle dissimulée parolle, ledict official auroit

ordonné, sur ladicte requeste, que les parties viendront plaider au

premier jour pardevant luy, pour sur icelle ordonné ce que de raison,

en refondant preuvent par ledict Picot tous et un chacun les fraiz

qu'auroit faict ladicte Moreau, desquels elle seroit au prealable

remboursée.

Picot rembourse donc lesdicts fraiz à sa femme, et viennent plaider

au fond de sa demande; soustient vives raisons qu'il est homme

parfaict (sçavoir par les choses dont est question entre les parties)

et qu'il est capable d'engendrer, et que, si la demanderesse n'avoit

sçeu avoir enfant, que cela ne provenoit nullement de sa faute et de

son impuissance, comme il estoit prest de verifier[381].

[Note 381: C'étoit bien ce que soutenoit aussi le marquis

de Langey. Une fois on le prit au mot, et il en fut pour sa

courte honte, «La femme, par grâce, dit Tallemant, accorda

au mari toute une nuit. Les experts étoient auprès du feu.

Ce pauvre homme se crevoit de noix confites. A tout bout de

champ, il disoit: «Venez, venez»; mais on trouvoit toujours

blanque. La femelle rioit et disoit: «Ne vous hâtez point

tant, je le connois bien.» Ces experts disent qu'ils n'ont

jamais tant ri ni moins dormi que cette nuit-là ...»

(_Historiettes_, 2e édit., t. 10, p. 200.)]

Sur ses allegations, ladicte Moreau remontre que tout ce qu'il

pouvoit dire et alleguer estoit, souz correction de la Cour, très

faux; que veritablement il estoit impuissant et incapable de mariage,

et que c'estoit un abuseur de femme, homme en apparence, et rien

plus, capable de donner subject à une femme jeune comme elle estoit

de faire de faux bons et bresches à son honneur, si elle n'estoit

pourveue d'esprit et mures considerations; voire que jusque là, pour

montrer et verifier que l'impuissance de lignée ne provenoit point de

la demanderesse, c'est que de son premier mary elle avoit eu trois

enfans, l'un desquels estoit encore vivant.

L'official d'Angers, sur les remonstrances faictes de part et

d'autre, ordonne que ledict Picot sera veu et visité tant par les

medecins que matrosnes, pour cognoistre la verité du faict, et,

attendu la preuve de ladicte Moreau, ordonne qu'elle passera outre à

sa demande, et à elle de faire continuer lesdictes poursuites.

Picot estant visité, tant par les medecins, chirurgiens, que

matrosnes, et recogneu impuissant d'avoir lignée, bien que la

demonstration estoit fauce, sur ce rapport l'official declare le

mariage nul et permet aux parties de se pourvoir ainsi que leur

semblera bon estre, et condamne ledict Picot aux despens.

De cette sentence le deffendeur se porte pour appelant et relevé

son appel de telle sorte que maintenant il plaira à la Cour de

considerer, par son judicieux jugement accoustumé, les justes

demandes de ladicte Moreau, et sur l'exemple de l'Emperiera

Pulceries, femme de l'empereur Marchian, laquelle, pour estre mariée,

ne perdit point sa virginité, ne fut pas femme en verité, mais de nom

seulement.

Disoit davantage que, si c'est une servitude très miserable qu'un

vieil mary, on devoit estimer que c'estoit le comble de tous les

malheurs d'en avoir un froid et languissant, glacé jusque à la moëlle

des os, qui ne peut rien faire de ce qu'il a promis à sa femme, comme

n'estant chose qui soit en sa puissance; qui contrefaict l'homme, et

ne l'est qu'en apparence et de gestes seulement, sous la couverture

de mariage.

Que c'est grande pitié d'espouser un homme, ou un estropiat, et à

plus forte raison celuy qui est plus froid que la neige par tous ses

membres,

... Cui minimus gelido jam corpore sanguis[382],

Coitus cui longa oblivio: velsi;

Coneris, jacet exiguus cum ramice nervus,

Et, quamvis tota palpetur nocte, quiescit.

... Merito suspecta libido est

Quæ venerem affectat sine viribus.

[Note 382: Ces vers sont des débris mutilés et intervertis

de la satire X de Juvenal, v. 204-217.]

Voilà quels estoient les plaidoyez de la demanderesse contre le dict

Picot, son mary.

Lesquelles raisons aportées par la dicte Moreau, comme l'appelant

estant aux foibles reparties du dict mary, qui seroient ennuyant

d'inserrer en ce petit discours, portèrent monsieur de Villiers, pour

lors advocat du roy, personnage admirable pour la grandeur de ses

vertus, et fit qui tourna les armes de sa grave eloquence contre le

mary.

Pour montrer qu'il devoit estre deboutté de son appel et de toutes

autres preuves pour fins de non recevoir, dict qu'il se fondoit sur

diverses raisons dont la première estoit que le mary avoit laissé

passer une grande longueur de temps de defini par l'Eglise pour

faire preuve de sa virilité, et par ce moyen sembloit avoir renoncé

à son droit et aux nopces de la demanderesse et recognoistre la

froideur naturelle, et conclut que le dit mariage soit declaré nul

et la sentence de l'official executée, et condamne le deffendeur

aux despens de la cause d'appel et à l'amende, pour avoir esté si

temerayre que d'avoir persisté en son impuissance.

La Cour, sur les plaidoyez des parties et conclusions de monsieur

l'advocat du roy, ordonna que, veu l'impuissance du dict Picot de

pouvoir engendrer lignée, que la sentence de l'official d'Angers

seroit executée de poinct en poinct selon la forme et teneur, et

permet à la dicte Moreau de se marier pour la troisiesme fois à qui

bon lui sembleroit; condamne le dict Picot, son second mary, en

tous les despens, et à deux cens livres parisis d'amende; le tout

nonobstant oppositions ny appellation quelconque, pour laquelle

amende le dict Picot seroit condamné au payement d'icelle tant par

saisie de ses biens que par emprisonnement de sa personne[383].

[Note 383: Picot en appela-t-il? Je ne sais. Le marquis

y alla plus bravement. «Au bout d'un an et demi, dit

Tallemant, Langey prit des lettres en forme de requête

civile pour faire ôter de l'arrêt la défense de se marier;

mais le chancelier le rebuta en disant: _A-t-il recouvré de

nouvelles pièces_? Sa seconde femme eut sept enfants. Il

trouva qu'il y avoit là plus de preuves qu'il n'en falloit

pour faire casser le premier arrêt. Il actionna donc M. de

Boesse, devenu le second mari de sa première femme. Il

perdit encore.]

_Satyre sur la barbe de monsieur le President Molé[384]._

[Note 384: Cette mazarinade se trouve avec le titre qu'elle

porte ici dans le _Tableau de la vie et du gouvernement

de messieurs les cardinaux Richelieu et Mazarin_, etc.;

Cologne, P. Marteau, 1694, in-12, p. 286-289. On la trouve

imprimée à part sous le titre de l'_Illustre barbe_ D.

C. en vers burlesques (S. l. n. d.), 4 pages, et sous

celui-ci: _Poème sur la barbe du prem. presid._; Bruxelles,

1649, 6 pages.--La barbe de Mathieu Molé étoit, en effet,

très fameuse; le surnom par lequel on le désignoit souvent

lui en étoit venu. «_Le visage de la cour_, dit Larroque,

se moque de la _braverie_ (Châteauneuf) et du chien au

grand collier (Seguier), disant que la _Grand'Barbe_ (Molé)

ne fait le philosophe ni l'homme d'Etat, et que le vent lui

souffle du derrière.» (Cité par M. Moreau, _Bibliographie

des Mazarinades_, t. 1, p. 9.)]

Je chante d'un chant satirique

Une laide barbe cynique,

La barbe et le menton barbu

De Molé, juge corrompu;

Barbe sale, barbe vilaine!

Barbe infame, barbe inhumaine,

Barbe qu'a fait un partisan

Aux frais du pauvre paysan;

Barbe affreuse, barbe maudite,

Barbe d'un diable d'hypocrite,

Barbe d'un infame Martin,

Grand defendeur de Mazarin,

Qui s'offriroit pour un ecu

De serviette à torcher le cul;

Barbe qui tout prend et devore,

Barbe que tout le monde abhorre,

Barbe ravalée en pendant,

Barbe à qui je porte une dent,

Barbe cruelle, barbe fière!

Barbe que je souhaite en bière,

Par tel et semblable danger

Que le president Boulanger[385];

Barbe qui voudroit voir la France

En Grève, au bout d'une potence;

Barbe pendante au vieux menton

D'un avare et lâche poltron;

Barbe de boue, barbe de chèvre;

Barbe qui descend d'une lèvre

Qui cache un ratelier de dents

Plus puantes que souffre ardant;

Barbe qui entoure une bouche

Qui produit une voix farouche;

Barbe qui pend le long d'un col

A qui je souhaite un licol;

Barbe qui couvre une poitrine

D'où sort le mal qui nous ruine;

Barbe d'un maudit loup-garoux

Qui cause mon juste courroux.

Tu sentiras, barbe de laine,

Les traits plus piquans de ma haine;

De laine, non, je me desdis:

Il m'est permis, si j'ay mal dit,

De me reprendre et de mieux dire.

Disons donc mieux, et faisons rire

Tous ceux qui ces vers ecriront[386],

Ou ecrits après les liront.

N'appelons plus barbe de laine

Une barbe qu'avons en haine:

Ce mot est trop doux pour celuy

Qui s'engraisse du bien d'autruy;

Qui, abandonnant sa patrie,

Noircit sa memoire fletrie,

Et, comme un lache renegat,

Trahit son roy et le senat.

Apellons-la barbe piquante,

Du sang du peuple degoutante;

Barbe plus fière qu'un griffon,

Barbe du grand geant Tiphon;

Nommons-la barbe de Megère,

L'appentil de notre misère,

Le fondement de nos malheurs

Et la base de tous nos pleurs;

Nommons-la barbe à l'escopette,

Barbe qui fait notre disette,

Barbe d'un pilote infernal,

Barbe de crain d'un vieux cheval,

Barbe de soie à porc farouche,

Les brins faits en pointe de souche,

En piquans d'herisson faché,

De porc-epic effarouché,

De chardons, de ronces, d'epines

Qui piquent jusques aux racines;

Barbe d'un laid et vieux magot,

Barbe d'un traître et d'un bigot.

Je voudrois, ô barbe vilaine!

Que de merde tu fusses pleine;

Que les mules et les mulets,

Les poules et tous les poulets,

Tous les chevaux et les cavales

Des ecuries cardinales,

Les chiens, les chiennes et les chats,

Toutes les souris et les rats,

Puissent sur toy, barbe bouquine,

Barbe qui pue comme ravine,

Jetter comme sur un fumier

Tout ce qui sort de leur fessier;

Que les poux, les puces et lentes,

Morpions et punaises puantes,

Fussent dedans ton poil epars

Comme etrons dessus des remparts;

Que les chancres et les ulcères,

Plus venimeuses que vipères,

Les pustules et les poulains

Que l'on gagne avec les putains,

Et tous les autres grains semblables

Que les François prirent à Naples,

Puissent tous affliger le corps,

Tant par dedans que par dehors,

De celuy, ô barbe bigote!

Qui te cultive et te frotte;

Qu'en tombant tu sois tôt ou tard

Comme celle de Duremard:

Ainsi, menton et barbe infame,

Tu deviendras menton de femme:

Je te souhaite encore plus,

Et cecy n'est pas superflus,

Que, si les choses souhaitées

Etoient un jour executées,

Tous les poils chus ou arrachés

A un masque soient attachez

Pour servir de bouffonne trogne

Aux foux de l'hôtel de Bourgogne.

C'est là, plutost qu'au Parlement,

Que tu paroîtras dignement.

[Note 385: Il faut, sans doute, reconnoître ici l'auditeur

des comptes Le Boulanger, qui, frappé de plusieurs coups de

baïonnette comme il sortoit de l'Hôtel-de-Ville, lors de la

grande émeute de 1652, mourut peu de jours après. (_Mém. de

Conrart_, Collect. Petitot, 2e série, t. 48, p. 151.) Ceci

nous donneroit à peu près la date de cette pièce.]

[Note 386: M. Moreau conclut avec raison de ce vers que

cette mazarinade, comme bien d'autres, se répandoit par

copies manuscrites.]

_Recit veritable de l'execution faite du capitaine Carrefour, general

des voleurs de France, rompu vif à Dijon, par arrest du parlement de

Bourgongne, le 12e jour de decembre 1622, avec un sommaire de son

extraction, vols, assassinats, et des plus signalées actions qu'il a

faits durant sa vie[387]._ In-8.

[Note 387: Il est longuement parlé de ce voleur, l'un

des plus fameux qu'il y eût au commencement du règne de

Louis XIII, dans l'_Inventaire général de l'histoire des

larrons_, liv. 2, ch. 7. «Ses compagnons, y est-il dit,

ne l'appeloient que le Bohêmien, car il savoit toutes les

règles du _picaro_, et il n'y avoit jour où il n'inventât

de nouvelles souplesses pour les attraper.» Gouriet a aussi

parlé de lui dans son livre: _Personnages célèbres dans

les rues de Paris_, t. 2, p. 43-44, et nous connoissons

une autre pièce ayant pour titre: _La prise du capitaine

Carfour, un des insignes et signalés voleurs qui soient en

France, arresté prisonnier ès environs de Fontainebleau,

avec un abrégé de sa vie et quelques tours qu'il a faits

ès environs et dedans la ville de Paris_, Paris, Jean

Martin, 1622, in-8. Nous aurons à la citer dans les notes

de celle-ci.]

Rien de plus furieux, de plus superbe ny de plus insolent qu'un homme

eslevé de la poussière: il gourmande le ciel, il depite les destins

et croit que les astres luy sont redevables de leurs influences. Ses

paroles sont foudres, ses regards des esclairs et ses deliberations

des arrests irrevocables; mais ce bravache maintien ne peut longtemps

durer: la violence est trop grande et les efforts trop furieux.

Sçachez, ô volleur, qu'il y a encore des Hercules et des Thesées

dans nostre France qui vous sçauront bien punir selon vos demerites.

Nous avons des acravanteurs[388] de monstres aussi bien que

l'antiquité. Puisque le capitaine est bas, la compagnie sera bientost

mise en deroute. Voicy où vous devez vous mirer et apprendre que tost

ou tard la justice se rend partie contre vos desportemens.

[Note 388: Massacreurs. Sur le verbe _accravanter_, V. t.

3, p. 230.]

Le capitaine Carrefour estoit un soldat de fortune natif d'un village

nommé Montigny-sur-Armanson, près Saint-Roque en Bourgogne, le père

duquel estoit boucher et le voulut employer au labourage dès sa

jeunesse; mais il le quitta et fit profession de porter les armes

et de frequanter la noblesse du pays, et, entre autres choses, il

se rendit fort expert à manier un cheval, ce qui luy donna libre

accez en plusieurs maisons de seigneurs et gentilshommes, qui luy

pratiquèrent un mariage avec une damoiselle fille d'un pauvre

gentilhomme nommé le sieur de Lantyl, demeurant à Bagarre, près

Auxerre, où ledit Carrefour a demeuré quelque temps en assez bonne

reputation, et acquist une petite maison proche le pont de Mailly,

qui avoit esté bastie par un gentilhomme nommé Vaudoisy. Enfin

ledit Carrefour fut gendarme de la compagnie de monseigneur le

duc de Lorraine, de laquelle le feu sieur de la Rochebaron estoit

lieutenant, qui recogneut les deportemens dudit Carrefour, lequel

menoit une vie de boëmien, comme il en avoit la vraye semblance, et

trompoit ordinairement ses camarades, qui ne se pouvoient garder

d'estre attrapez[389] de luy; dont ayant receu plusieurs plainctes,

ledit sieur de Rochebaron le manda en une sienne maison nommée

Rochetaillé, prez Langres, et, luy ayant remonstré ses mauvais

deportemens et que ses camarades en estoient offensez, après

l'avoir exorté de mieux vivre à l'advenir en une autre compagnie,

le congedia; ce qui fut cause que ledit Carrefour se rallia avec

de mauvais garnimens comme luy, et courut en Lorraine et jusques

proches de Francfort, où il fit plusieurs vols, et après se retira

en sa maison audit Mailly, où l'on tient qu'il apporta force argent;

et dès lors commença de mener un trin de gentilhomme. Mais la

noblesse de l'Auxerrois, qui recogneut bien que l'advancement dudit

Carrefour ne pouvoit provenir que de volleries, ne le voullurent

admettre en leur compagnie, qui fut cause qu'il s'acosta encores

plus que devant de bandolliers[390] et gens de sa sorte. Les

derniers mouvemens estans arrivez[391], il fut trouver feu madame la

duchesse de Nyvernois, de laquelle il tira subtilement quatre cens

pistoles[392] pour louer une compagnie de carabins[393] qu'il mit

sur pied, fort bien montez et esquipez; et, ayant eu son departement

au Chastel-Sensoy pour y tenir garnison, il en fut chassé par le feu

sieur de Collanges, qui tenoit rang de lieutenant en la province de

Nyvernois, lequel commanda audict Carrefour de se rendre à Nevers,

proche madicte dame, au lieu de quoy faire il se mit à piller et

ravager tout le païs de l'Auxerrois; et, comme madicte dame estoit

assiegée par l'armée du roy, conduitte par feu monsieur le marechal

de Montigny, elle despecha le sieur marquis de Gallerande pour aller

en Champagne trouver monsieur son mary[394], assisté de peu de

gens; et, craignant quelque rencontre à cause qu'il falloit passer

dans ledit païs de l'Auxerrois, il se fit assister dudit Carrefour,

avec dix ou douze de ses soldats, pour luy faire escorte huit ou

dix lieues. Mais ledit Carrefour fut bientost las: car, quand il

fut à une lieue de sa maison, il dit audit sieur marquis: «Mordieu!

je suis serviteur du roy, je vous fais mon prisonnier et vous veux

mener à la reyne-mère.» Dont ledict seigneur fut bien estonné et luy

fit plusieurs remonstrances que ledit Carrefour ne prit pour argent

comptant, ains le mena en sa maison audit Mailly, où il ne fut pas

vingt-quatre heures que ledit sieur de Collanges et la noblesse du

païs, qui tenoient le party des princes, s'assemblèrent au nombre de

trois cens chevaux, qui investirent ladite maison et se mirent en

devoir de la forcer; dont ledit Carrefour ne s'esmeut nullement, et

leur dict que, s'ils ne se retiraient, il poignarderoit ledit sieur

marquis et leur jetteroit du haut en bas de sa maison; et, craignant

qu'il n'executast ses paroles, ils furent contraints capituler avec

luy et luy promettre une grosse rançon pour ledit sieur marquis,

lequel il retint prisonnier jusqu'à ce qu'il l'eut receue; mais,

après que lesdits mouvemens furent lessez, ledit sieur marquis en

eust bien sa raison: car il luy fit faire son procez par contumace

et le fit condamner à estre pendu, et fit executer la sentence par

effigie à Villeneufve-le-Roy. Je ne vous dirai point tout ce que

ledit Carrefour a faict du depuis, parceque je n'en suis pas bien

informé; mais le bruit commun a esté partout que ledit Carrefour, qui

se faisoit nommer le baron de Mailly, a fait plusieurs vols et actes

meschans, tant sur les frontières que dedans le royaume mesme, en la

ville de Paris, où il se faisoit ordinairement suivre de cinquante

volleurs à qui il donnoit rendez-vous; et l'an 1621, au retour du

roy, on ne parloit que de volleurs en ceste ville, qui tous estoient

sous la conduite de Carrefour[395]. Il a esté cogneu à diverses

fois, mais il se desguisoit et n'estoit possible de l'attraper. Un

jour les archers du prevost des mareschaux le rencontrèrent dans la

forest de Fontainebleau desguisé en hermite[396] et luy demandèrent

s'il n'avoit eu aucun vent de Carrefour. Il leur dict qu'il sçavoit

où il estoit, et les mena fort avant dans le bois, où enfin ils se

virent investis de cinquante volleurs qui les poursuivirent jusqu'au

dehors de la forest. On n'entendoit parler que de Carrefour, et dejà

le tenoit-on pour un autre Guillery[397]. Ce bruit luy fit prendre

la fuite, et, se voyant couru de tous les prevosts des mareschaux de

France, il s'advisa de se retirer avec un nommé Chenevasson, dit La

Roche, soldat dudit Mailly, en la ville de Chambery en Savoie, où il

feignoit avoir des procez au Parlement; et parcequ'il avoit offensé

grand nombre de personnes d'authorité, il fut recommandé par tous les

pays estrangers voisins de ce royaume, où l'on envoya son tableau,

qui fut cause qu'un senateur dudit Chambery qui avoit la charge de la

police, ayant veu ledit Carrefour, eut opinion que c'estoit le grand

et insigne volleur dont l'on parloit tant en France; et, lorsqu'il le

vit promener sous la halle dudit Chambery avec un gentilhomme du païs

de Charolois qui s'y estoit refugié à cause d'un mariage clandestin,

ledit senateur, assisté des officiers de la police dudit Chambery,

le prist et l'arresta prisonnier[398]; et, l'ayant retenu quelque

temps, le parlement de Dijon en fut adverty, qui l'envoya querir et

fit apporter toutes les informations qui estoient faites contre ledit

Carrefour, tant à Auxerre, Vezelay que ailleurs, sur lesquelles et

autres crimes desquels il estoit chargé il a esté condamné à estre

rompu vif avec son vallet par arrest dudit Parlement, qui fut executé

le douziesme decembre dernier 1622, en laquelle execution ledit

Carrefour s'est montré resolu autant qu'il a esté pendant sa vie:

car, quoy qu'il eust grand nombre de complices, quelques adjurations

qu'on luy ait peu faire et remonstrances de son père confesseur,

il n'a voulu accuser aucun de sesdits complices, et dit qu'il se

contentoit de souffrir la mort et qu'il ne vouloit estre cause que

d'autres mourussent. Voilà l'abbregé de la vie et de la mort dudit

Carrefour.

[Note 389: C'est ce qui est dit dans le passage de

l'_Inventaire de l'histoire générale des larrons_ cité dans

notre première note.]

[Note 390: C'est le premier nom qu'on donna aux voleurs

allant par _bandes_. Celui de _bandit_ vint après. Des

Périers parle, dans ses contes, d'un certain Cambaire,

fameux _bandoulier_ des environs de Toulouse, qui, comme

Carrefour, avoit d'abord été bon soldat et s'étoit même

acquis le «renom de vaillant et hardy capitaine», et qui,

les guerres finies, s'étoit rendu «par depit et necessité

_bandoulier_ des montaignes et environs». (_Nouvelles_ de

Des Périers, p. 279, _Bibliothèque elzevirienne_.)]

[Note 391: Les troubles de la régence de Marie de Médicis

durant les années 1616 et 1617.]

[Note 392: Pendant que le duc de Nevers, l'un des rebelles,

tenoit en échec l'armée du roi devant Rethel, sa femme

se préparoit à une vive résistance dans le Nivernois. De

Nevers, où elle s'étoit surtout fortifiée, elle organisoit

la défense, amassant des troupes, de l'argent, des

munitions de guerre, et mettant dans son parti tous les

gentilshommes de la province. On voit que tous les alliés

lui étoient bons, puisqu'elle recherche ici l'aide du

brigand Carrefour.]

[Note 393: C'étoit une milice très décriée, où ceux qui

servoient étoient moins soldats que bandits. D'Aubigné

fait du mot _carabinage_ un synonyme de félonie (_Baron

de Fæneste_, liv. 3, ch. 23), et l'on sait que Pechon

de Ruby l'a glissé dans le titre de son petit livre sur

les _matoiseries soldatesques_ et autres. Le Duchat veut

reconnoître dans ces _carabins_ les soldats _calabriens_

qui, en 1465, servoient dans l'armée des princes ligués

contre Louis XI, et dont, selon la chronique _scandaleuse_,

on faisoit déjà si peu de cas alors. Il en fut pris

vingt-quatre, qui, menés sur le marché de Paris, y furent

vendus sur le pied de 6 sous 6 deniers parisis la pièce.

Tavannes, dans ses _Mémoires_ (Coll. Michaud, p. 74),

veut, au contraire, que le mot _carabin_ soit un souvenir

des croisades et vienne de _carra_ (soldat) et _bei_ (du

Seigneur). Au XVIIe siècle, on appeloit par moquerie les

chirurgiens _carabins de Saint-Côme_: V. _Théophraste au

cabaret_, p. 19. Il ne reste plus que la première moitié

de cette locution railleuse. C'est, avec le nom de la

_carabine_, arme dont ils se servoient, tout ce qui survit

des anciens _carabins_.]

[Note 394: M. de Nevers étoit gouverneur de Champagne, et

il en avoit mis les principales villes de son parti.]

[Note 395: Ceci donneroit à penser qu'il étoit le chef de

la bande des _Manteaux rouges_, dont nous avons déjà parlé

souvent. V. t. 1, p. 198; t. 5, p. 194. «Il ne s'arrestoit

jamais en un lieu, lit-on dans le petit livret sur sa

_prise_; on l'a recogneu desguisé assez souvent dans Paris,

qui s'enquestoit si on ne parloit pas de luy.»]

[Note 396: Ce fait se trouve aussi raconté dans la _Prise

du capitaine Carrefour_, etc.]

[Note 397: Il y a en effet entre eux de grands points de

ressemblance. V., sur Guillery, notre t. 1, p. 289, et le

_Journal de L'Estoille_, fin septembre 1608.]

[Note 398: Dans la _Prise du capitaine Carfour_, etc.,

son arrestation est racontée tout autrement. C'est dans

un cabaret des environs de Fontainebleau qu'on l'auroit

saisi, après une rixe avec un gentilhomme languedocien qui

se faisoit gloire d'appartenir au roi, et à qui le bandit

auroit répliqué que lui, Carrefour, n'appartenoit qu'à

lui-même. On en seroit venu aux mains, et Carrefour, saisi

par les gens de la suite du Languedocien, puis reconnu par

un des paysans accouru au bruit, auroit été livré à la

justice. Le récit donné ici a plus de vraisemblance et doit

être le seul vrai.]

_Brief dialogue exemplaire et recreatif entre le vray soldat et le

marchand françois, faisant mention du tems qui court, avec l'adieu à

la guerre._

_A Lyon, par Benoist Rigaud._

_Avec permission._ In-8.

Variétés Historiques et Littéraires (06/10) Recueil de piéces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 72 / 118 题