_A certain goulu du tout ennemy des Muses et de Mars._
Grand guerrier de cuisine,
Très expert à la mine
Et au faict du canon,
Non contre quelque place,
Mais contre une beccasse,
Je chante ton renom.
Grand guerrier, ton espée
Est la broche trempée
Au sang d'un lappereau,
Ton bouclier est la poelle
Où l'on a frit la moelle
De quelque goudiveau.
De tes armes le casque
Est un bon double flasque[369]
Plein de douce liqueur.
Il faut qu'on t'y attache
Du pampre pour panache
En signe de vainqueur.
La lardoire est la lance
Qui faict voir ta vaillance
Aux peaux des animaux;
Ton eschelle guerrière
Est une cremallière,
Et les bancs tes chevaux.
Tes petards sont marmites,
Tes targues[370] lesche-frites,
Tes balles oeufs moulets,
Ton enseigne est la nappe;
Tu sçais donner la sappe
Aux perdrix et polets.
Le mortier plein d'espice
Est le tambour propice
A trouver le vin bon;
L'antonnoir de bouteille
Le fiffre qui l'esveille
A l'assaut du jambon.
Ainsi, brave courage,
Qui, vaillant au potage,
Merites le laurier
Que l'on met aux viandes
Pour les rendre friandes,
Tu es ce grand guerrier;
Ce guerrier admirable
Qui fait voir, redoutable,
Estant dedans Paris,
Vuides les boucheries,
Caves, rostisseries;
Et les flascons tariz.
Guerrier au nom de beste,
Ta plus grande conqueste,
Mais tes plus grands esbats,
Ce sont cave et cuisine,
Et non pas Mnemosyne,
Ou le dieu des combats.
Apollon et Bellonne
Estiment ta personne
Autant qu'un vieux cheval.
Ha! que ma pauvre muse
Esprouvast une buse,
Te donnant son travail!
[Note 369: C'est le mot allemand _flasche_, bouteille;
flacon en est le dérivé. Au XIIe siècle, le peuple disoit
déjà _flaische_, d'après un manuscrit cité par Noël et
Carpentier dans leur _Dictionn. étymolog._, t. 1, p. 598:
«Dous vesselez pleins de vin ki del pople sont appeleit
_flaisches_.»]
[Note 370: _Targe_, bouclier.]
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