SCARRON.

C'etoit peut-être un fantôme et un diable galant et amoureux qui

avoit pris, pour se faire honneur, la forme de l'archevêque.

_L'abbé_ FURETIÈRE.

Le marquis ne crut pas s'être trompé. Il partit au plus grand matin

de Versailles, et conta à tous les Courtisans de son âge tout ce qui

s'etoit passé et tout ce qu'il avoit vu. En même temps cette nouvelle

se repandit par toute la Cour. Le marquis de Louvois ne voulut jamais

croire qu'elle vînt de son Neveu; mais, n'en pouvant plus douter

après le temoignage de tant de personnes differentes, il lui lava la

tête autant que son imprudence le meritoit.[305]

[Note 305: Cette affaire scandaleuse est aussi racontée

dans _la France galante_, ou _Histoire amoureuse de la

Cour_ (Cologne, P. Marteau, 1695, in-12, p. 416-417).

Saint-Simon ne dit rien contre les moeurs de Mme d'Aumont,

et c'est étrange de la part d'un médisant comme lui, qui

là n'avoit pas à inventer, comme il fit souvent, mais qu'à

écouter seulement ce qui se disoit et se chantoit partout.

Voici, par exemple, un couplet du _Recueil Maurepas_ (t. 7,

p. 37):

Seras-tu toujours eprise

De toutes sortes de gens?

A ton âge, est-on de mise?

D'Aumont, quitte les galants.

--Je ne sçaurois.

--Quitte au moins les gens d'eglise.

--J'en mourrois.

Les Clérambault ont mis en note: «La duchesse d'Aumont

étoit dévote de profession, et, comme elle avoit toujours

eu quelque directeur en affection, qu'étant fort vive,

elle étoit souvent avec lui et en parloit sans cesse, on

avoit toujours médit d'elle et de ses directeurs. Les deux

plus fameux qu'elle eut jusqu'à cette présente année 1691

étoient le P. Gaillard, jésuite, qu'elle quitta pour un

père de l'Oratoire appelé le P. de La Roche. Mais, ce qui

avoit encore plus que tout cela donné lieu à la médisance,

c'est que Charles-Maurice Le Tellier, archevêque duc de

Reims, pair de France et prélat très décrié du côté de la

continence, avoit été très long-temps amoureux d'elle.

Cette passion avoit d'autant plus fait de bruit que, la

duchesse d'Aumont ayant aigri contre elle, quelques années

auparavant, le marquis de Villequier, son beau-fils,

celui-ci parloit publiquement contre le commerce de sa

belle-mère avec l'archevêque de Reims. Le public renchérit

encore là-dessus et n'épargna pas les directeurs, et

peut-être avoit-il raison, car il faut toujours se défier

des femmes, et surtout des dévotes.»]

Variétés Historiques et Littéraires (06/10) Recueil de piéces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 57 / 118 题