LE COCHON MITRÉ,[260]

_Dialogue_.

[Note 260: Ce fameux libelle, dirigé surtout contre Maurice

Le Tellier, archevêque de Reims, et, en passant, contre

Mme de Maintenon et l'Académie françoise, est d'un auteur

encore inconnu. Barbier (_Dict. des Anonymes_, nº 2,405)

l'attribue, d'après l'auteur de _la Bastille dévoilée_ (9e

livraison, p. 76, note), à François de la Bretonnière,

bénédictin défroqué, réfugié en Hollande, où il faisoit la

_Gazette_ sous le nom de La Fond. C'est là qu'il auroit

écrit ce pamphlet. Un juif, qui étoit de ses amis et qu'on

acheta, l'auroit livré, toujours d'après l'auteur de _la

Bastille dévoilée_, aux agents de la police françoise, et

La Bretonnière seroit venu expier son libelle par trente

ans de captivité dans la cage de fer du Mont Saint-Michel.

Nodier, qui en avoit possédé un des rares exemplaires,

vendu 21 fr. à sa première vente, en 1827, et 118 à la

seconde, en 1830, et qui, en dernier lieu, n'en possédoit

plus qu'une copie manuscrite, s'en tenoit, comme Barbier,

à ce qu'avoit dit l'auteur de _la Bastille_. Il attribuoit

le _Cochon mitré_ à Fr. de La Bretonnière (_Description

raisonnée d'une jolie collection de livres_, p. 419, nº

1027). Le Ducatiana le met au contraire sur le compte d'un

nommé Chavigny, sans dire ce qui autorise son opinion.

Ainsi, à ce sujet rien de certain, sinon peut-être que

tout le monde s'est trompé. C'est l'avis de M. Leber: «Il

y a, dit-il dans son livre sur l'_Etat réel de la Presse

et des Pamphlets depuis François Ier jusqu'à Louis XIV_

(p. 111), beaucoup d'erreurs dans ce qu'on a écrit sur

l'auteur de cette infamie et sur sa punition.» Dans le

_Catalogue de sa Bibliothèque_ (t. 2, p. 324, nº 4478),

M. Leber avoit déjà parlé de ces erreurs, et, de plus,

il les avoit prouvées, en faisant voir que tout le roman

qui se lit dans la note de _la Bastille dévoilée_ est un

emprunt fait à la _Musique du Diable, ou le Mercure galant

dévalisé_ (Paris, 1711, in-12, p. 60). Tout s'y trouve en

effet raconté de la bouche même de l'auteur du _Cochon

mitré_. Il n'oublie rien que de dire son nom. C'est dans la

note de _la Bastille dévoilée_ que La Bretonnière est nommé

pour la première fois, et, sans doute, fort gratuitement.

M. Leber argue de la date de 1711, qui est celle de la

_Musique du Diable_, que l'auteur du _Cochon_ ne dut pas

rester trente ans en prison, puisqu'on le donne pour mort

dans ce livre, et puisque le _Cochon mitré_, cause de

son emprisonnement, avoit paru en 1688.--Ce pamphlet eut

dans l'origine deux éditions, qui se suivirent de près,

et qui sont aujourd'hui aussi rares l'une que l'autre.

Celle qui semble être la première a pour titre: _Le Cochon

mitré, dialogue_, Paris, _chez le Cochon_ (sans date).

C'est un petit in-8 de 32 pages, y compris le titre et

la gravure du cochon. L'exemplaire vendu deux fois chez

Nodier étoit de cette édition. Elle dut paroître vers le

mois de juillet 1688, c'est-à-dire peu de temps après la

mort de Furetière, qui avoit eu lieu le 14 mai, et qui,

d'après ce qu'on lit aux premières pages, devoit être

encore toute récente. L'autre édition, que M. Brunet, dans

le _Manuel_, croit au contraire être l'originale, n'indique

pas de lieu d'impression et porte la date de 1689. C'est un

in-12 de 28 pages. Il paroîtroit que l'une des deux avoit

été subrepticement imprimée à Reims, à deux pas du palais

qu'habitoit le prélat vilipendé. M. Brissart-Binet, à qui

nous devons plusieurs des renseignements qui précèdent,

tenoit de M. Hédouin de Pons-Ludon une anecdote qui le

feroit croire. La voici telle que M. Hédouin la racontoit

d'après une tradition de famille: «Lorsque quelques

chanoines de Reims firent contre Maurice Le Tellier un

libelle intitulé: _Le Cochon mitré_, imprimé chez Godard,

que l'archevêque avoit tiré deux fois de la Bastille,

l'imprimeur fut appelé chez Maurice Le Tellier, qui lui

reprocha son ingratitude. «Monseigneur, dit l'ouvrier,

ce qui m'a engagé à l'imprimer, c'est que l'ouvrage est

bien fait.--Eh bien! reprit le prélat, envoyez-m'en un

exemplaire.» Puis, après l'avoir lu: «Je n'ai pas, dit-il,

tous les défauts qu'on m'y suppose, mais qu'on en mette

deux exemplaires dans ma bibliothèque.»--En 1850, M. Chenu

a donné une édition du _Cochon mitré_ à 110 exemplaires.]

_L'abbé Furetière, Scarron._

_L'abbé_ FURETIÈRE.

Ah! je vous trouve enfin, Monsieur Scarron, après vous avoir cherché

inutilement! Je ne sçai pas le temps que j'y ai mis, car, à vous dire

le vrai, je suis fort desorienté depuis que je ne vois plus de Soleil

ni de Lune.

Variétés Historiques et Littéraires (06/10) Recueil de piéces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 26 / 118 题