MONSIEUR,

J'ai l'honneur de vous prévenir que ce matin, au parquet de la Cour,

il a été question, parmi MM. les gens du roi, de l'affaire que vous

avez eue avec M. le vicomte de Valmont, et qu'il est à craindre que le

ministère public n'en rende plainte. J'ai cru que cet avertissement

pourrait vous être utile, soit que vous fassiez agir vos protections

pour arrêter ces suites fâcheuses, soit, au cas que vous n'y puissiez

parvenir, pour vous mettre dans le cas de prendre vos sûretés

personnelles.

Si même vous me permettez un conseil, je crois que vous feriez bien,

pendant quelque temps, de vous montrer moins que vous ne l'avez fait

depuis quelques jours. Quoique ordinairement on ait de l'indulgence

pour ces sortes d'affaires, on doit néanmoins toujours ce respect à la

loi.

Cette précaution devient d'autant plus nécessaire, qu'il m'est revenu

qu'une Mme de Rosemonde, qu'on m'a dit tante de M. de Valmont, voulait

rendre plainte contre vous, et qu'alors la partie publique ne pourrait

pas se refuser à sa réquisition. Il serait peut-être à propos que vous

puissiez faire parler à cette dame.

Des raisons particulières m'empêchent de signer cette lettre. Mais

je compte que, pour ne pas savoir de qui elle vous vient, vous n'en

rendrez pas moins justice au sentiment qui l'a dictée.

J'ai l'honneur d'être, etc.

_Paris, ce 10 décembre 17**._

Les liaisons dangereuses Lettres recueillies dans une Société et publiées pour l'instruction de quelques autres · 第 190 / 207 题