LETTRE LXXXVI

_La Maréchale de... à la Marquise de MERTEUIL._

(_Billet inclus dans la précédente._)

Mon Dieu! qu'est-ce donc que j'apprends, ma chère madame? Est-il

possible que ce petit Prévan fasse de pareilles abominations, et encore

vis-à-vis de vous! A quoi on est exposé! On ne sera donc plus en sûreté

chez soi! En vérité, ces événements-là consolent d'être vieille. Mais

de quoi je ne me consolerai jamais, c'est d'avoir été en partie cause

de ce que vous avez reçu un pareil monstre chez vous. Je vous promets

bien que si ce qu'on m'en a dit est vrai, il ne remettra plus les pieds

chez moi, c'est le parti que tous les gens honnêtes prendront avec lui

s'ils font ce qu'ils doivent.

On m'a dit que vous vous étiez trouvée bien mal et je suis inquiète

de votre santé. Donnez-moi, je vous prie, de vos chères nouvelles,

ou faites-m'en donner par une de vos femmes si vous ne le pouvez pas

vous-même. Je ne vous demande qu'un mot pour me tranquilliser. Je

serais accourue chez vous ce matin sans mes bains que mon docteur ne

me permet pas d'interrompre, et il faut que j'aille cet après-midi à

Versailles, toujours pour l'affaire de mon neveu.

Adieu, ma chère madame, comptez pour la vie sur ma sincère amitié.

_Paris, ce 25 septembre 17**._

Les liaisons dangereuses Lettres recueillies dans une Société et publiées pour l'instruction de quelques autres · 第 105 / 207 题