LETTRE XLV

_La Présidente de TOURVEL à Madame de VOLANGES._

M. de Valmont est parti ce matin, madame, vous m'avez paru tant désirer

ce départ que j'ai cru devoir vous en instruire. Mme de Rosemonde

regrette beaucoup son neveu, dont il faut convenir qu'en effet la

société est agréable; elle a passé toute la matinée à m'en parler

avec la sensibilité que vous lui connaissez, elle ne tarissait pas

sur son éloge. J'ai cru lui devoir la complaisance de l'écouter sans

la contredire, d'autant qu'il faut avouer qu'elle avait raison sur

beaucoup de points. Je sentais de plus que j'avais à me reprocher

d'être la cause de cette séparation, et je n'espère pas pouvoir

la dédommager du plaisir dont je l'ai privée. Vous savez que j'ai

naturellement peu de gaieté et le genre de vie que nous allons mener

ici n'est pas fait pour l'augmenter.

Si je ne m'étais pas conduite d'après vos avis, je craindrais d'avoir

agi un peu légèrement, car j'ai vraiment été peinée de la douleur de

ma respectable amie, elle m'a touchée au point que j'aurais volontiers

mêlé mes larmes aux siennes.

Nous vivons à présent dans l'espoir que vous accepterez l'invitation

que M. de Valmont doit vous faire, de la part de Mme de Rosemonde, de

venir passer quelque temps chez elle. J'espère que vous ne doutez pas

du plaisir que j'aurai à vous y voir, et en vérité vous nous devez ce

dédommagement. Je serai fort aise de trouver cette occasion de faire

une connaissance plus prompte avec Mlle Volanges, et d'être à la portée

de vous convaincre de plus en plus des sentiments respectueux, etc.

_De..., ce 29 août 17**._

Les liaisons dangereuses Lettres recueillies dans une Société et publiées pour l'instruction de quelques autres · 第 64 / 207 题