LETTRE XXX

_CÉCILE VOLANGES au Chevalier DANCENY._

Enfin, monsieur, je consens à vous écrire, à vous assurer de mon

amitié, de mon _amour_, puisque sans cela vous seriez malheureux. Vous

dites que je n'ai pas bon cœur; je vous assure bien que vous vous

trompez et j'espère qu'à présent vous n'en doutez plus. Si vous avez

eu du chagrin de ce que je ne vous écrivais pas, croyez-vous que ça

ne me faisait pas de la peine aussi? Mais c'est que, pour toute chose

au monde, je ne voudrais pas faire quelque chose qui fût mal, et même

je ne serais sûrement pas convenue de mon amour si j'avais pu m'en

empêcher; mais votre tristesse me faisait trop de peine. J'espère qu'à

présent vous n'en aurez plus et que nous allons être bien heureux.

Je compte avoir le plaisir de vous ce soir, et que vous viendrez de

bonne heure; ce ne sera jamais aussi tôt que je le désire. Maman soupe

chez elle et je crois qu'elle vous proposera d'y rester; j'espère que

vous ne serez pas engagé comme avant-hier. C'était donc bien agréable

le souper où vous alliez? car vous y avez été de bien bonne heure. Mais

enfin ne parlons pas de ça, à présent que vous savez que je vous aime,

j'espère que vous resterez avec moi le plus que vous pourrez; car je ne

suis contente que lorsque je suis avec vous, et je voudrais bien que

vous fussiez tout de même.

Je suis bien fâchée que vous êtes encore triste à présent, mais ce

n'est pas ma faute. Je demanderai à jouer de la harpe aussitôt que

vous serez arrivé, afin que vous ayez ma lettre tout de suite. Je ne

peux mieux faire.

Adieu, monsieur. Je vous aime bien, de tout mon cœur; plus je vous le

dis, plus je suis contente; j'espère que vous le serez aussi.

_De..., ce 24 août 17**._

Les liaisons dangereuses Lettres recueillies dans une Société et publiées pour l'instruction de quelques autres · 第 48 / 207 题