Un roman avait paru en 1753 sous le titre _Le Danger des liaisons, ou
Mémoires de la Baronne de Blémon_, par Mme de Saint-Aubin.
Fol. 36.--Texte du contrat que Laclos conclut avec le libraire
Durand pour la publication de son ouvrage.
«Nous soussignés, sommes convenus de ce qui suit.
«Savoir que moi Delaclos, capitaine d'artillerie etc., auteur
du danger des liaisons.
«Donne et cedde la première édition de mon ouvrage à Monsieur
Durand libraire aux conditions ci-après.
«1° Qu'il se chargera d'en payer l'impression tirée à deux
milles.
«2° Que pour se remplir de ses frais avances et déboursés,
généralement quelconques, il gardera pour lui et pour ses mains
le prix de la vente des douze cent premiers exemplaires.
«3° Qu'il me tiendra compte des huit cent exemplaires restans
(non compris les cinquante que je prélève dès à présent sur
l'Edition entière) à raison de trois livres par exemplaire de
bénéfice sur lesquels huit cent exemplaires j'aurai les deux
tiers, ce qui formera seize cent livres et à M. Durand l'autre
tiers faisant huit cent livres.
«Et moi Durand acquiescant aux propositions ci-dessus je
promets décharger M. de la Clos de tous frais relatifs à
l'impression, brochure de son ouvrage, et de lui tenir compte
des deux tiers de son bénéfice dans les huit cent exemplaires
à mesure qu'il en aura été vendu un cent en un billet payable
à l'échéance de six mois et ainsi de suite jusqu'à la fin de
l'Edition fait double sous nos seings. Paris ce seize mars mil
sept cent quatre-vingt-deux.
J'approuve l'écrit cy dessus.
DURAND neveu.
J'approuve l'écrit cy dessus.
DE LACLOS.
Reçu à compte le vingt et un avril douze cent livres, et
consenti à une seconde édition aux mêmes conditions que la
première.
Paris, 21 avril 1782.
DE LACLOS.
Approuvé le contenu cy dessus,
Fait à Paris le 21 avril 1782.
DURAND
neveu.
Reçu quatre cent livres pour fin de compte de la première
édition le 7 mai 1782.
DE LACLOS
Fol. 38.--Note sur les lettres.
Fol. 39.--Avertissement de l'éditeur.
Fol. 40 à 126.--Le texte des _Liaisons dangereuses_, d'une
écriture très serrée et presque sans ratures.
Fol. 128 à 142.--Lettres et documents divers.
Nous remarquons qu'au folio 123 (recto), une lettre portant
primitivement le n° 155 est biffée de deux traits et suivie d'une
nouvelle lettre portant le même numéro. Voici le texte de la lettre
biffée:
_LETTRE CLV_
Le Vicomte de Valmont à Madame de Volanges.
_Je sais, madame, que vous ne m'aimez point, je n'ignore pas
davantage que vous m'avez toujours été contraire auprès de Mme
de Tourvel et je ne doute pas non plus que vous ne soyez plus
que jamais dans les mêmes sentiments, je conviens même que vous
pouvez les croire fondés; cependant c'est à vous que je m'adresse
et je ne crains pas non seulement de vous prier de remettre à Mme
de Tourvel la lettre que je joins ici pour elle, mais encore de
vous demander d'obtenir d'elle qu'elle la lise, de l'y disposer
en l'assurant de mon repentir, de mes regrets et surtout mon
amour. Je sens que ma démarche peut vous paraître étrange. Elle
m'étonne moi-même, mais le désespoir saisit les moyens et ne les
calcule pas. Et d'ailleurs, un intérêt si grand, si cher et qui
nous est commun, doit écarter toute autre considération. Mme de
Tourvel se meurt, Mme de Tourvel est malheureuse, il faut lui
rendre la vie, la santé et le bonheur. Voilà l'objet à remplir;
tous les moyens sont bons qui peuvent en assurer ou en hâter le
succès. Si vous rejetez ceux que je vous offre, vous resterez
responsable de l'événement: sa mort, vos regrets, mon éternel
désespoir, tout sera votre ouvrage._
_Je sais que j'ai outragé indignement une femme digne de toute
mon adoration, je sais que mes torts affreux ont seuls causé tous
les maux qu'elle ressent, je ne prétends dissimuler mes fautes ni
les excuser; mais vous, madame, craignez d'en devenir complice en
m'empêchant de les réparer. J'ai enfoncé le poignard dans le cœur
de votre amie, mais je peux seul retirer le fer de la blessure,
seul je connais les moyens de la guérir. Qu'importe que je sois
coupable, si je puis être utile! Sauvez votre amie! sauvez-la!
Elle a besoin de vos secours et non de votre vengeance._
Paris, ce 5 décembre 17**.
A la suite de la lettre 175, au folio 126 (recto), est écrit le mot
_Fin_. Puis vient la note (1): «Des raisons particulières....», écrite
sur un papier différent, non pas de la même main, et collée sur le
folio du manuscrit.
Au folio 127 (recto) se trouve une lettre de la Présidente T... au
Vicomte de V..., qui ne porte pas de numéro, et ne figure dans aucune
des éditions antérieures à 1900. En voici le texte:
La Présidente de Tourvel au Vicomte de Valmont.
_O! mon ami, quel est donc le trouble que j'éprouve depuis
l'instant où vous vous êtes éloigné de moi; quelque tranquillité
me serait si nécessaire! Comment se fait-il que je sois livrée à
une telle agitation qu'elle va jusqu'à la douleur et me cause
un véritable effroi? Le croiriez-vous? Je sens que même pour
vous écrire j'ai besoin de rassembler mes forces et de rappeler
ma raison. Cependant, je me dis, je me répète que vous êtes
heureux; mais, cette idée si chère à mon cœur et que vous avez
si bien nommée le doux calmant de l'amour en est, au contraire,
devenu le ferment et me fait succomber sous une félicité trop
forte; tandis que, si j'essaye de m'arracher à cette délicieuse
méditation, je retombe aussitôt dans les cruelles angoisses que
je vous ai promis d'éviter et dont, en effet, je dois me garantir
si soigneusement, puisqu'elles altéreraient votre bonheur. Mon
ami, vous m'avez facilement appris à ne vivre que pour vous;
apprenez-moi maintenant à vivre loin de vous... Non, ce n'est pas
là ce que je veux dire, c'est plutôt que loin de vous je voudrais
ne point vivre ou au moins oublier mon existence. Abandonnée à
moi-même, je ne puis supporter ni mon bonheur ni ma peine; je
sens le besoin du repos, et tout repos m'est impossible; j'ai
vainement appelé le sommeil, le sommeil a fui loin de moi; je ne
puis ni m'occuper, ni rester oisive; tour à tour un feu brûlant
me dévore, un frisson mortel m'anéantit; tout mouvement me
fatigue et je ne saurais rester en place. Enfin, que dirai-je?
Je souffrirais moins dans l'ardeur de la plus violente fièvre,
et, sans que je puisse ni l'expliquer ni le concevoir, je sens
très bien pourtant que cet état de souffrance ne vient que de
mon impuissance à contenir ou diriger une foule de sentiments au
charme desquels cependant je me trouverais heureuse de pouvoir
livrer mon âme tout entière._
_Au moment même où vous êtes sorti, j'étais moins tourmentée;
quelque agitation se joignait bien à mes regrets, mais je
l'attribuais à l'impatience que me causait la présence de mes
femmes qui entrèrent à l'instant et dont le service toujours
trop long à mon gré, me paraissait se prolonger encore mille
fois plus que de coutume. Je voulais surtout être seule; je
ne doutais pas alors, qu'environnée de souvenirs si doux, je
ne dusse trouver dans la solitude le seul bonheur dont votre
absence me laissait susceptible. Comment aurais-je pu prévoir
qu'aussi forte auprès de vous pour soutenir le choc de tant de
sentiments divers, si rapidement éprouvés, je ne pourrais seule
en supporter la réminiscence. J'ai été bientôt bien cruellement
détrompée... Ici, mon tendre ami, j'hésite à vous dire tout...
Cependant ne suis-je pas à vous, entièrement à vous, et dois-je
vous cacher une seule de mes pensées? Ah! cela me serait bien
impossible; seulement je réclame votre indulgence pour des fautes
involontaires et que mon cœur ne partage pas: j'avais, suivant
mon habitude, renvoyé mes femmes avant de me mettre au lit..._
_Les Liaisons dangereuses_ ont eu un grand nombre d'éditions, et
ont été traduites en presque toutes les langues. Il n'est guère de
génération qui n'ait voulu avoir son édition de cette œuvre remarquable.
La première date de 1782: elle comprenait quatre parties en quatre
volumes in-12 sans gravures. C'est celle que nous avons suivie.
Celle parue avec la rubrique _Londres 1796_, en deux volumes in-8, est
une des plus rares et des plus superbement illustrées: 2 frontispices
et 11 figures de Monnet, Mlle Gérard et Fragonard fils, que nous avons
reproduits dans notre édition.
A signaler aussi l'édition de 1820, en deux volumes in-8, avec des
figures de Dévéria; et récemment:
L'édition du _Mercure de France_, 1903, in-18, «collationnée sur le
manuscrit original».
L'édition de luxe, Paris Ferroud, 1908, tirée à 300 exemplaires in-8,
avec 22 lithographies en couleurs, dessinées et gravées par Lubin de
Beauvais;
Et l'édition de luxe, Paris, J. Chevrel et l'Édition, 1908, avec une
étude sur Choderlos de Laclos et une bibliographie des «Liaisons
dangereuses» par Ad. Van Bever; 20 eaux-fortes originales par Martin
Van Maële.
LES LIAISONS
DANGEREUSES,