ANNE DE LA GRANGE,

Comtesse de Frontenac.

Je renonce à décrire ce que ressentaient en ce moment Aubry et sa soeur.

Ils riaient, pleuraient, se félicitaient, s'embrassaient ou faisaient

des pas mesurés dans les allées en s'accompagnant de la voix. Cette

nouvelle inattendue les avait jetés dans un vrai délire!

--François! cria Henriette, je croyons que môsieu et môdame étiont

mâlades... Allons voêr dans le jardin.

François comprit du premier coup d'oeil la cause de cette exaltation, et

il se mit à applaudir de ses larges mains.

Henriette, elle, que finit par comprendre à son tour, dit, en pleurant

de joie:

--C'étiont le plus biau jour de mâ vie!

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Deux semaines plus tard, après avoir vendu la villa «Vilhelm», accompli

plusieurs actes de charité, et remercié chaleureusement le Révérend Père

Schultz, leur véritable sauveur, le lieutenant Aubry et sa soeur

reprenaient, l'âme en fête, le chemin du pays natal.

Leur première visite, en arrivant à Paris, fut pour Madame la comtesse

de Frontenac, qui résidait à _l'Arsenal_, où le duc Du Lude, grand

maître de l'artillerie, lui avait donné une hospitalité viagère.

La comtesse les accueillit de la manière la plus cordiale et leur remit

les précieux documents qui les réhabilitaient dans tous leurs droits.

Aubry et sa soeur surent trouver les mots justes en exprimant leur

gratitude à cette noble femme qu'il se reprochaient encore d'avoir si

sottement calomniée.

--N'en parlons plus, voulez-vous? fit la comtesse avec son fin sourire.

Comme les visiteurs allaient se retirer, la comtesse demanda à Paul

Aubry s'il avait l'intention de rentrer dans la marine.

--Oh! oui, madame la comtesse! répondit-il. Mon plus grand désir est de

servir la France, et, s'il le faut, de mourir our elle!

--Très bien, très bien! mon cher lieutenant.

Puis, se tournant vers madame DeBoismorel, elle, interrogea:

--Et vous, madame?

--Moi, madame la comtesse, je veux continuer toute ma vie à réparer mes

torts en employant ma fortune au soulagement des pauvres...

La comtesse, très émue, baisa au front la jolie repentante, et elle

serra la main de Paul Aubry, qui était fier et heureux de s'entendre

appeler, pour la première fois depuis six ans _mon cher lieutenant_.

[Illustration: Front.]

Une Intrigante sous le règne de Frontenac · 第 15 / 28 题