AFFAIRE DEBOISMOREL-AUBRY

Il dévora cet entrefilet, que nous mettons sous les yeux du lecteur:

«Une intrigue, ou plutôt une machination que le diable seul pouvait

inspirer, et qui avait pris naissance au Canada, contre l'éminent

gouverneur de ce pays et sa distinguée épouse, madame la comtesse de

Frontenac, vient d'avoir son dénouement à Paris.

«Les auteurs de cette infamie sont le frère et la soeur, le lieutenant

Paul Aubry, officier de notre marine, et la jeune veuve du vaillant

DeBoismorel, mort au champ d'honneur, en Acadie, et dont notre armée

pleure encore la perte.

«La malheureuse veuve, pour satisfaire une ambition aussi sotte que

coupable, a eu recours aux moyens les plus vils.

«Le nom glorieux qu'elle portait ne l'a pas retenue au moment de franchir

le gouffre qui sépare l'honneur du déshonneur. Plus que cela, il a été

établi que c'est cette femme qui a entraîné son trop faible frère dans

la vie d'un crime qui ne devait profiter qu'à elle seule. Aubry hésité

longtemps, paraît-il, à suivre sa soeur, à devenir complice, mais il a

finalement succombé!

«Les accusés furent très bien défendus par leur avocat, mais celui-ci ne

put convaincre le tribunal de leur innocence, car plusieurs documents,

surtout ceux qui furent trouvés au domicile d'Aubry, constituèrent une

preuve formidable contre eux.

«Le juge, dans ses remarques, se montra très sévère pour la veuve

DeBoismorel, et, quoiqu'il semblât avoir des sympathies pour le jeune

lieutenant qui jouissait dans la marine d'excellente réputation, il

déclara vouloir faire un exemple, et condamna les deux accusés à la même

peine, c'est-à-dire à un exil de douze ans, en dehors de la France et du

Canada.

«Le jour même de leur condamnation, le frère et la soeur furent conduits

par un agent de police jusqu'au Rhin, car ils avaient décidé d'aller

vivre en Allemagne.»

La lecture de cet article parut causer une grande satisfaction au comte

de Frontenac, car, le front rayonnant de joie, il appela Duchouquet et

lui dit:

--Lisez cette bonne nouvelle!

Duchouquet, après avoir lu attentivement, remit le journal au

gouverneur, en lui disant avec un large sourire:

--Notre ville, Excellence, est débarrassée d'une fameuse fripouille!

--Vous avez le mot juste, souligna Frontenac. Maintenant, ajouta-t-il,

pour récompenser le dévouement que vous avez montré en cette affaire,

comme en toute choses d'ailleurs, je vais donner instruction à mon

Intendant de tripler vos gages. Et, si vous continuez à me bien servir,

je vous promets que je penserai à vous quand je ferai mon testament.

--Merci! mille fois merci, Excellence! Moi, je promets de vous servir

fidèlement jusqu'à la mort!

Le maître et le serviteur ont tenu leurs promesses. Dans le testament

qu'il a dicté lui-même, le 22 novembre 1698, au notaire royal Genaple de

Belfond, l'illustre gouverneur a fait insérer la clause suivante:

«Donnant et léguant icelui Seigr. Testateur à Duchouquet, son vallet de

chambre, toute la garderobe consistant en ses habits, linge et autres

hardes d'icelle avec la petite vaisselle d'argent dépendant de la dite

garderobe; et ce en considération des services que le dit Duchouquet lui

a rendus jusqu'à présent.»

Pour compléter l'entretien que nous avons cité plus haut, nous devons

ajouter que, au moment où Duchouquet allait se retirer, Frontenac lui

dit:

--Et Louis Renaud, l'ex-messager de madame DeBoismorel, que fait-il

maintenant?

Il ne fait rien, Excellence, depuis l'arrestation de sa maîtresse.

--Pauvre petit! Je vais donner ordre à mon Intendant de l'indemniser de

la perte qu'il a faite. De plus, je veux qu'il soit employé au Château

Saint-Louis avec des gages qui lui permettent de vivre et d'aider sa

bonne famille.

--Oh! merci, Excellence! fit Duchouquet, en essuyant une larme de joie

perlant à ses paupières.

Ce geste qui couronne

L'acte d'un gouverneur

Au front du ciel rayonne,

Comme au Temple d'honneur!

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[Illustration: Front.]

Une Intrigante sous le règne de Frontenac · 第 11 / 28 题