VIII. Conclusion sur la manière d'arracher ou de rendre le démenti; ou
la contradiction querelleuse.
Dans le chapitre du démenti conditionnel, l'auteur dit, en parlant de
la particule _si_: «Les démentis conditionnels sont ceux qui sont donnés
conditionnellement de cette manière: Si vous avez dit cela ou cela,
alors vous mentez.» De ces sortes de démentis, donnés dans cette forme,
naissent souvent de grandes disputes, qui ne peuvent aboutir à une issue
décidée. L'auteur entend par là que les deux parties ne peuvent procéder
à se couper la gorge, tant qu'il y a un _si_ entre deux. Voilà pourquoi
Shakspeare fait dire à son paysan: «J'ai vu des cas où sept juges
ensemble ne pouvaient parvenir à pacifier une querelle: mais lorsque
deux adversaires venaient à se joindre, l'un des deux ne faisait que
s'aviser d'un _si_, comme, _si vous avez dit cela, alors moi j'ai dit
cela_; et ils finissaient par se serrer la main et à être amis comme
frères. Votre si est le seul juge de paix: il y a beaucoup de vertu dans
le _si_.» Caranza était encore un auteur qui a écrit dans ce goût-là sur
le duel, et dont on consultait l'autorité.]
JACQUES, _au duc_.--N'est-ce pas là, seigneur, un rare original? Il est
bon à tout, et cependant c'est un fou.
LE VIEUX DUC.--Sa folie lui sert comme un cheval de chasse à la
tonnelle; et sous son abri, il lance ses traits d'esprit.
(Entrent l'Hymen conduisant Rosalinde en habits de femme, et Célie. Une
musique douce.)
L'HYMEN _chante_.
Il y a joie dans le ciel
Quand les mortels sont d'accord,
Et s'unissent entre eux.
Bon duc, reçois ta fille;
L'hymen te l'amène du ciel,
Oui, l'hymen te l'amène ici,
Afin que tu unisses sa main
A celle de l'homme dont elle porte le coeur dans son sein.
ROSALINDE, _au duc_.--Je me donne à vous, car je suis à vous. (_A
Orlando._) Je me donne à vous, car je suis à vous.
LE VIEUX DUC, à _Rosalinde_.--S'il y a quelque vérité dans la vue, vous
êtes ma fille.
ORLANDO.--S'il y a quelque vérité dans la vue, vous êtes ma Rosalinde.
PHÉBÉ.--Si la vue et la forme sont fidèles..., adieu mon amour.
ROSALINDE, _au duc_.--Je n'aurai plus de père, si vous n'êtes le mien.
(_A Orlando._) Je n'aurai point d'époux, si vous n'êtes le mien. (_A
Phébé._) Je n'épouserai pas d'autre femme que vous.