UNE ACADÉMIE PROVINCIALE

L'Académie de Mâcon vient de célébrer solennellement son centenaire.

L'événement n'est pas négligeable; sous son apparence de fait

exclusivement local, il se rattache, en effet, à des intérêts d'ordre

général. Il y a en France nombre de ces sociétés de province, véritables

conservatoires des arts, des sciences et des lettres, qui sont comme les

ramifications naturelles de notre Institut national et constituent une

des meilleures formes de la décentralisation: réunissant l'élite d'une

région ou d'un département, apportant au fonds commun l'utile

contribution de leurs travaux, elles narguent, par des preuves

constantes de leur vitalité, les dédains préconçus, les épigrammes

faciles des gens enclins à s'imaginer que toute l'activité

intellectuelle de notre pays se borne à l'enceinte de Paris.

Or, parmi les plus florissantes de ces compagnies provinciales,

l'Académie de Mâcon se distingue au premier rang; on se fera une idée de

son importance en constatant qu'elle compte actuellement 7 membres

d'honneur, 30 membres titulaires, 34 membres associés, 15 membres

correspondants et qu'en outre elle correspond avec 241 autres sociétés,

dont 21 étrangères. Elle a pour siège le magnifique hôtel Senecé, un

bijou architectural du dix-septième siècle, et certes nul autre ne

pouvait mieux lui convenir que l'ancienne demeure du gentilhomme de

lettres mâconnais, auteur d'oeuvres aimables jugées dignes de figurer

dans la Collection des «petits classiques français».

[Illustration: M. Pellorce.--_Phot. G. Bouillaud._]

C'est là que, le 9 septembre, date du centième anniversaire de sa

fondation, elle recevait les délégués des nombreuses sociétés savantes

invitées aux fêtes dont son diligent secrétaire perpétuel, M. Armand

Duréault, fut le principal organisateur. Une séance publique les

inaugura, où prirent la parole le vénérable président, M. Pellorce,

aujourd'hui octogénaire et appartenant à la compagnie depuis

cinquante-trois ans; M. Travers, directeur adjoint de la Société

française d'archéologie, et M. Duréault, qui retraça l'histoire de la

compagnie durant le siècle écoulé et donna, lecture de son rapport sur

les divers concours. Le soir, au banquet de cent couverts, des orateurs

qualifiés, entre autres Me Jacquier, l'éminent avocat lyonnais, ne

portèrent pas moins de quinze toasts chaleureux, et chaque convive reçut

une médaille commémorative, laquelle va devenir le jeton de présence

pendant le nouveau siècle d'exercice.

Le deuxième jour, hommage aux académiciens défunts: service funèbre;

éloquente allocution de l'évêque d'Autun, le; cardinal Perrault, de

l'Académie française, membre d'honneur de l'Académie de Mâcon; puis, le

profane succédant au sacré, soirée de gala au théâtre municipal, avec le

concours de deux excellents musiciens du cru, MM. Lenormand père et

fils; d'artistes réputés du Théâtre-Français et de l'Opéra, membres

associés de l'Institut bourguignon. Entre temps, à l'hôtel Senecé, sous

la présidence du cardinal, distribution des prix d'encouragement au bien

(12 médailles et 3.800 francs). La veille, à la séance d'ouverture, 24

médailles et 3.350 francs avaient été décernés pour récompenser la

littérature,--prose et poésie--la peinture, la sculpture, la musique,

l'archéologie et l'agriculture.

[Illustration: L'hôtel Senecé, à Mâcon.--_Phot. G. Bouillaud._]

Enfin, une troisième journée fut consacrée à une excursion tout

indiquée. Sous la conduite de l'infatigable secrétaire général, une

caravane de 75 invités accomplit un pèlerinage au château de

Saint-Point, dans le parc duquel repose le plus illustre des enfants de

Saône-et-Loire, Lamartine, et qui est aujourd'hui la propriété de M. de

Montherot, petit-neveu du poète. De là, elle monta jusqu'à Tramayes et,

par une route merveilleuse, se rendit à la célèbre station préhistorique

de Solutré, dont la roche légendaire, témoin de l'âge de pierre, est

également prisée des savants archéologues et des touristes amateurs de

pittoresque original.

[Illustration: M. Armand Duréault.--_Phot. G. Bouillaud._]

En résumé, le caractère de ces fêtes mémorables, leur programme où la

part des pauvres ne fut point oubliée, leur complète réussite, font le

plus grand honneur à leurs organisateurs ainsi qu'à la très ancienne,

très glorieuse et très prospère Académie de Mâcon.

[Illustration: A Saint-Point, l'ancien château de Lamartine: les

visiteurs signent au registre. _Phot. instantanés de M. de La

Chesnais._]

L'Illustration, No. 3265, 23 Septembre 1905 · 第 27 / 39 题