HISTORIETTES

Hier, j’ouvris par hasard un tome de la «Chronique scandaleuse» (qui ne

l’est pas plus que les autres mémoires secrets du dix-huitième siècle)

et, en ayant parcouru quelques pages, j’y retrouvai quelques-unes des

histoires gaies qui ont fait la réputation de tels de nos contemporains,

celle-ci, par exemple: «Un officier municipal, chargé de surveiller les

concerts, fait un jour venir un musicien et le reprend sur sa

négligence: «Vous vous reposez trop souvent, pendant que les autres

jouent. Il y a longtemps que je vous observe.--Mais...--Ne faites pas

l’insolent. Je vous ai encore vu hier les bras croisés.--Mais je

comptais mes pauses...--Qu’est-ce que c’est que ça, compter des pauses,

des gaudrioles, peut-être?--Mais enfin...--Ah! taisez-vous et sachez

qu’on ne vous paie pas pour ne rien faire.» Ou encore: «Les capitouls

ont interdit un opéra-comique, comme trop libre. Sur cela, la troupe

affiche _Beverley_, pièce en vers libres, de Saurin.--Comment, encore

des vers libres, vous vous moquez.» Et ils font fermer le théâtre pour

huit jours. Les municipalités de province n’avaient pas une très bonne

réputation d’esprit à Paris. On y trouve aussi l’histoire du médecin qui

compte à un client les visites amicales qu’il lui a faites, les dîners

chez lui, les promenades en sa compagnie, et, ce qu’il y a de curieux,

c’est qu’une aventure pareille a été jugée récemment et qu’on disait à

ce propos: «Voyez à quoi en sont réduits pour vivre les médecins

d’aujourd’hui.» Erreur, c’est une vieille anecdote. Ainsi les hommes

n’inventent rien, non seulement dans leurs propos, mais dans leurs vies.

Ils sont toujours forcés de lire la même chose, de faire les mêmes

choses et il se trouve toujours à point un moraliste pour lever les bras

au ciel et trouver là un signe des temps. La bêtise elle-même est

imitée. Ah! c’est bien humiliant!

La fin de l'art · 第 46 / 71 题