_M. le ministre de l'instruction publique_.--Comme j'avais l'honneur de
le dire à la Chambre, la première partie du discours du préopinant
n'était que le renouvellement du débat que nous agitons depuis deux ans
et demi, débat sans intérêt aujourd'hui, puisque, comme en convient
l'honorable préopinant, nous avons lieu maintenant de croire à la paix;
puisque le débat est sans intérêt, je demanderai la permission de n'y
pas rentrer. (_Oui! oui!_)
Quant à la seconde partie du débat de l'honorable orateur, qui se
compose de considérations générales sur l'état actuel de l'Europe et sur
les diverses combinaisons qui peuvent en sortir, j'avoue que j'éprouve
encore un extrême embarras pour la saisir... (_Exclamations aux
extrémités_) pour la ramener à des termes précis, discuter de vraies
questions, et en tirer des résultats utiles pour la Chambre et pour le
pays.
L'honorable orateur nous à représenté la Sainte-Alliance comme toujours
également menaçante, comme embrassant l'Europe continentale tout
entière, sauf la France; comme étant à nos portes du côté de l'Italie, à
nos portés du côté du Rhin.
C'est l'état de l'Europe tel qu'il il été fait en 1815. Si on appelle
Sainte-Alliance toutes les puissances européennes, sauf la France et
l'Angleterre, c'est encore une question que nous avons débattue depuis
deux ans et demi, et sur laquelle il faut recommencer.
Je ferai seulement observer à la Chambre qu'il n'est survenu dans l'état
de l'Europe, depuis quinze ans, qu'un seul grand changement matériel: ce
changement, c'est l'abolition du royaume des Pays-Bas.
_Voix à droite et à gauche_.--Et l'abolition du royaume de Pologne.
_M. le ministre de l'instruction publique_.--Je répète que le seul grand
changement qui soit survenu dans l'état matériel de l'Europe depuis
quinze ans, c'est l'abolition du royaume des Pays-Bas, et ce changement
à été fait évidemment par l'influence de la France et l'avantage de la
France; non pas dans l'intérêt de la Sainte-Alliance, mais dans
l'intérêt de la politique française, de l'indépendance et de la force de
nos frontières.
Il n'est donc pas exact de dire que nous n'avons rien gagné depuis 1815,
et que la Sainte-Alliance est également à nos portes.
Quant à la Pologne, puisque le nom en a encore été prononcé, et j'avoue
que c'est à mon extrême regret que je l'entends prononcer à la tribune,
je dirai que la Pologne, lorsqu'elle s'est soulevée, n'existait pas.
(_Rumeurs négatives aux extrémités._) Elle s'est soulevée pour tâcher
d'exister; mais auparavant la Pologne n'existait pas comme nation
s'appartenant à elle-même. (_Bruit._)
Si la Pologne eût eu sont existence indépendante, si elle eût formé un
État séparé, se serait-elle soulevée? Évidemment, c'est pour arriver à
un état tout autre que celui où elle était qu'elle s'est soulevée. Il
est vrai qu'elle n'a pas réussi; il est vrai qu'avec un grand surcroît
de douleur et d'infortune, elle est retombée dans une situation à peu
près semblable à celle dans laquelle elle se trouvait. (_Exclamations et
murmures aux extrémités._)
Je répète qu'avec un grand surcroît de malheur et de douleur, la Pologne
est retombée politiquement dans un état à peu près semblable...
(_Interruption des côtés extrêmes._)
Je voudrais autre chose que des interruptions. Je voudrais qu'on citât
des faits, qu'on vint expliquer exactement, à cette tribune, quel était
l'état de la Pologne avant la dernière insurrection.
_Un membre à gauche_.--M. Mauguin l'a expliqué.
_M. le ministre de l'instruction publique_.--Quant à moi, je n'ai
entendu dans le discours que vient de prononcer M. Mauguin rien qui
montrât que la Pologne était, il y a deux ans et demi, dans un état
infiniment meilleur que celui dans lequel elle se trouve aujourd'hui.