Cette dame qui joue rêveusement de la harpe dans une soirée élégante,

les épaules drapées dans une écharpe de gaze rayée, est coiffée d'un

grand béret qui va bien à son profil poétique; en sortant du salon, elle

s'enveloppera dans une rotonde ou dans un de ces vastes manteaux de drap

à palatine découpée, à grand collet et doublure de fourrures, pendant

que Monsieur, le monsieur à toupet frisé, habit bleu à boutons d'or et

pantalon collant, endossera son carrick.

Pour l'été, pour la campagne, pour la promenade, pour aller consulter le

sorcier de Tivoli, canezous d'organdi ruchés de tulle, grands chapeaux

de paille avec d'immenses rubans dressés.

Pour le théâtre, pour les sorties, pour tous les temps frais, on a les

boas, ces boas que nous venons tout récemment de voir revenir et qui

sont l'occasion de si jolis mouvements. Les serpents de fourrure

s'enroulent sur les épaules nues et sertissent chaudement et

voluptueusement les fraîches carnations.

En 1827, pour célébrer l'arrivée de la première girafe au jardin des

Plantes, toute la mode est _à la Girafe_.

Ce qui reste de ces modes à la Girafe, c'est le grand peigne d'écaille

qui se place tout en haut de la tête au sommet de l'édifice. Les

coiffures sont très hautes, les cheveux se relèvent en plusieurs coques

serrées avec un encadrement de boucles tombantes autour du visage,

partagées irrégulièrement, trois d'un côté, quatre de l'autre...

Elle est charmante, l'élégante de 1830 en costume de soirée, avec le

complet épanouissement des manches à gigot, ses épaules émergeant d'une

ligne de fine dentelle, sa nuque bien découverte sous le grand peigne

d'écaille planté triomphalement dans les masses blondes ou brunes,

tordues et réunies au sommet de la tête.

[Illustration: Chapeau 1820.]

Dans la rue ou sur les boulevards, aux promenades, aux Champs-Elysées,

elle est décolletée encore et se drape sans se cacher dans un petit

châle porté coquettement.

[Illustration: UNE ÉLÉGANTE AUX CHAMPS-ÉLYSÉES, RESTAURATION.]

Revenons un peu sur le chapitre des coiffures; ce n'est pas le moins

important, il peut se subdiviser en sous-chapitres: les toques et

bérets chevaleresques et Ossianiques, les bonnets et turbans, et enfin

les chapeaux.

[Illustration: Béret de gaze.]

C'est un poète qu'il faudrait pour célébrer dignement la grandeur et

pleurer la décadence du chapeau féminin. Sous la Restauration, jusqu'en

1835, c'est la gloire et le triomphe du chapeau; il plane superbement

sur la tête des dames, il fait voltiger ses plumes, il balance

gracieusement ses rubans, ses coques et ses immenses nœuds de satin.

Parti des tromblons ou des shakos sans grâce de l'Empire, des tubes

enfermant la figure au fond d'un corridor obscur, il s'est modifié peu à

peu, il s'est élargi, il s'est ouvert. On le campait tout droit sur la

tête; maintenant, il se pose gentiment de côté sur les cheveux roulés en

grosses boucles irrégulières. La nuque bien dégagée apparaît dans toute

sa coquetterie, les épaules se montrent aussi à l'ombre d'un grand

chapeau car les robes sont largement décolletées et les jolies

collerettes tuyautées ne les surmontent pas toujours.

C'est le moment du triomphe pour le chapeau, mais la décadence viendra

vite, les bords roulés en cornet ou en corridor reprendront, on

supprimera rubans et panaches, on enfermera la figure tout au fond du

corridor et le cou sous d'immenses et disgracieux bavolets. Nous irons

ainsi de lamentables inventions en créations baroques et inélégantes

jusqu'au petit chapeau bibi fermé, du second Empire, jusqu'au ridicule

chapeau assiette de 1867.

[Illustration: Les grands Chapeaux Restauration.]

Mais la réaction en sens inverse est commencée, nous avons pu revoir en

ces dernières années de vraiment gracieuses coiffures.

La femme d'alors dans l'intimité ne craint pas les grands bonnets

coquettement chiffonnés, vastes comme les chapeaux, avec un fond relevé

très haut pour contenir le grand peigne avec des ébouriffements de

dentelles et de rubans autour de ses boucles ou de ses anglaises. C'est

le dernier temps d'élégance des bonnets, ensuite, hélas! il n'y aura

plus de beaux bonnets qu'aux champs, tant que dureront les majestueux

hennins des Normandes ou les coiffes voltigeantes si variées des femmes

de Bretagne.

Après ces jolis bonnets de boudoir des lionnes de 1830, la décadence du

bonnet commence. Il est encore joli, le bonnet capricieusement tuyauté

sur la tête des petites modistes ou grisettes au nez fûté de Parisienne,

aux yeux éveillés et railleurs; c'est d'ailleurs la coiffure légère

qu'elles font si légèrement voltiger métaphoriquement par-dessus les

plus hauts moulins, mais ensuite le bonnet des grisettes devient la

coiffure sans grâce de grosses boutiquières, enfin, chute complète, le

bonnet devient portière...

[Illustration: Bonnet d'intérieur.]

Vive, légère, enjouée, dans l'ondulation de ses larges jupes et le flou

de ses monumentales manches à gigot, l'élégante de 1830 s'en va éblouir

les boudoirs de la chaussée d'Antin et les promenades fashionables, les

Champs-Élysées ou Longchamps et faire palpiter le cœur des dandys

engoncés dans leurs hauts collets d'habits. Sous son grand chapeau

hérissé de touffes de plumes et de rubans, elle disparaît quand elle

veut, un simple mouvement du cou et la voilà dissimulée au fond de cette

coiffure de strict incognito.

Elle galope aussi au bois de Boulogne dans son amazone de couleur à

manches à gigot, ornée de torsades ou de brandebourgs, ou bien égayée

par un blanc canezou...

Plus tard par malheur, elle osera porter, à la campagne pour ses

promenades équestres, à la place de son large chapeau à grand voile

voltigeant, la casquette, la hideuse casquette, honte du XIXe siècle.

Il faut voir, aux loges des théâtres à la mode, les rangées de jolies

femmes décolletées, dans les corsages ouverts en pointe jusqu'à la

taille sur une large chemisette brodée, les parements du corsage

revenant sur les épaules et les manches,--les boas enroulés, les

accroche-cœurs et les boucles, les cheveux tordus et dressés de cent

façons différentes et compliquées, avec des fleurs, des peignes, des

pointes de satin...

[Illustration: Amazone 1830.]

Les belles romantiques, dit-on, arborent à l'envi des toilettes plus

moyen âge les unes que les autres. Elles avaient pour nourriture

d'esprit après les troubadours du vicomte d'Arlincourt, après Ossian,

Byron et Walter Scott, les tirades passionnées et farouches des grands

drames d'alors, _Hernani_, la _Tour de Nesle_, _Lucrèce Borgia_, les

vers, les romans, les chroniques de tous les romantiques, de tous les

_jeune France_. Et, sous l'œil fulgurant des barons et des bandits

gothiques, elles s'efforçaient d'être le plus moyen âge possible dans

leurs ajustements.

[Illustration: Coiffure à la Chinoise. 1830.]

Mais, au théâtre même, le moyen âge était très 1830, les héroïnes de ces

drames flamboyants, Isabeau, Marguerite de Bourgogne ou Belle

Ferronnière, malgré les recherches de couleur locale, montrent, tout

comme les spectatrices, les inévitables manches à gigot, et au fond en

voulant se montrer moyen-âgeuses, les belles de 1830 restent surtout

1830.

[Illustration: TOILETTES D'INTÉRIEUR 1830.]

Hélas, hélas, ces modes d'une si jolie désinvolture, ces modes à

panaches, d'une élégance _truculente_, pour employer l'idiome d'alors,

ces modes passent. La réaction bourgeoise anti-pittoresque, qui commence

dans les arts, triomphe bien plus rapidement dans les toilettes. Au bout

de quelques années, les modes se sont assagies, faut-il dire le gros

mot? Dès 1835 ou 36, la mode, l'ex-mode poétique, romantique,

cavalière, se fait juste milieu et épicière, épouse de garde national,

pour tout dire!

[Illustration: Grand Chapeau et Collerette.]

La mode en 1835 a déjà perdu ses grâces et tourné à la gaucherie en

exagérant disgracieusement les caractéristiques de 1830. Ce ne sont plus

les femmes de Devéria et de Gavarni, ce sont celles de Grandville.

Les jupes sont larges comme des cloches et sans ornements, en simple

mousseline blanche ou imprimée de petits dessins bébêtes comme ceux des

papiers de tenture de l'époque. Les manches sont d'énormes gigots

boursouflés mais flasques qui pendent très bas, très bas, sur de tout

petits poignets; les corsages sont recouverts d'immenses pèlerines

ornées de broderies et dentelles, tombant plus bas que la taille. Mettez

sur la tête un grand chapeau de paille d'Italie ou de paille de riz,

fermé et bridé sous le menton, et vraiment l'ensemble n'est pas très

séduisant.

[Illustration: Toilette d'intérieur.]

Voyez les héroïnes de 1830, dix ans après, en 1840; considérez

tristement ces jupes sans lignes et sans ornements, ces manches

hésitantes, gardant un peu de l'ampleur des gigots, juste assez pour

être disgracieuses, ces corsages quelconques, ces chapeaux dépourvus

d'allure, simples capotes attachées sous le menton par des brides sans

grâce.

[Illustration: Toilette romantique.]

Les coiffures n'ont plus les belles audaces d'autrefois, ce sont des

coiffures en bandeaux plats, qui encadrent froidement et durement le

visage, ces chastes bandeaux, comme on disait alors, qui tuent presque

toute grâce et toute beauté--ce sont les _anglaises_, les longues

boucles tombant comme un feuillage de saule, qui donnent une mine

pleurnicharde aux figures féminines les plus enjouées. La mode devient

de plus en plus triste et de plus en plus laide à la fin de la monarchie

de juillet. Plus de goût du tout, c'est le comble de la banalité et de

la platitude.

[Illustration: 1830.]

Il y a un mouvement qui porte les modes à toujours aller du plus large

au plus étroit et toujours à revenir du plus étroit au plus large. C'est

une loi. De même pour les coiffures, on va et on ira toujours du plus

petit au plus vaste et du plus vaste au plus petit, avec une régularité

parfaite.

Après les paniers Louis XV et Louis XVI, on est allé aux jupes collantes

du Directoire, la plus simple expression des jupes, après laquelle il

n'y a plus que la suppression. Des robes fourreaux de l'Empire, on est

venu par degrés à l'ampleur et l'on va regagner sous le second Empire le

grand maximum de largeur avec la troisième restauration du vertugadin

sous le nom de crinoline.

[Illustration: 1835.]

[Illustration: 1845.]

XII

ÉPOQUE MODERNE

1848.--Des révolutions partout, excepté dans le royaume de la mode.

--Règne universel de la crinoline.--Les châles cachemire.--Talmas,

burnous, pince-tailles.--Modes de plages.--Robes courtes.

--Saute-en-barque.--Jupes larges et jupes étroites.--Les modes

collantes.--Poufs et tournures.--Modes Valois.--Erudition plus

qu'imagination.--On demande une mode fin de siècle.

La Révolution de 48 n'a aucune action sur les modes, elle ne lance pas,

comme la première, la toilette dans des voies nouvelles. En ce temps de

bouleversement, quand toute l'Europe semble gagnée par l'esprit de

révolution, lorsque tant de rêves plus ou moins beaux, plus ou moins

fous, brûlent le cerveau congestionné des peuples, la mode à qui

pourtant un petit grain de folie serait certainement permis, se conduit

en personne sage et prudente.

Les toilettes continuent à se montrer éminemment bourgeoises; on

croirait que c'est Mme Prudhomme qui donne le ton.

Les tristes et mesquins chapeaux en petit cabriolet, fermés sous le

menton avec de petites brides, règnent sans conteste, il n'y a pour

ainsi dire qu'une forme unique, à bavolet, sans autres ornements que des

rubans sans grâce. La robe n'a pas la moindre ornementation non plus, le

corsage est très long, la jupe droite. Sur ces toilettes plates on porte

au dehors des mantelets et des châles.

[Illustration: PARISIENNE 1835.]

Ce sont ces toilettes, très sobres et très effacées, que le second

Empire va trouver à ses débuts et qu'il transformera peu à peu en un

costume à grand fla-fla très compliqué, très chargé et surchargé, mais

plus que discutable comme goût et même tout à fait dépourvu de style,

sauf dans quelques trouvailles heureuses qui ne durèrent pas, vers 1864.

[Illustration: Chapeau 1848.]

La grande _pensée_ du règne,--côté modes,--la grande innovation qui va

donner le _la_ aux toilettes, c'est la crinoline,--honnie, attaquée,

vilipendée par vaudevillistes, journalistes, caricaturistes, par les

maris, par tout le monde, c'est la crinoline triomphante de toutes les

clameurs, de toutes les moqueries, comme de tous les justes reproches.

On peut bien dire que sous l'Empire la femme a tenu trois ou quatre fois

plus de place dans le monde--au moins en circonférence--qu'aux époques

précédentes, plus même que sous Louis XV de peu vertueuse mémoire, la

crinoline ayant régné bien plus despotiquement que les paniers, puisque

les femmes de toutes classes durent l'adopter et que les filles des

champs ne se crurent pas habillées le dimanche à moins de ballonner

comme les dames de la ville avec la cage en cercles d'acier.

Les tournures et les jupons bouillonnés en étoffe de crin ont habitué

peu à peu les yeux à l'élargissement des jupes, et lorsque la crinoline

sans armature est délaissée pour les cerceaux en ressorts d'acier et

pour la crinoline cage, à cercles et à montants d'acier, les dames

trouvent ce ballonnement charmant et la crinoline fait le tour du monde.

Il est bien inutile d'insister sur ses nombreux inconvénients qu'on a

encore dans la mémoire, sur la gêne qu'elle imposait, mais au point de

vue esthétique, la crinoline doit être solennellement anathématisée,

excommuniée, ridiculisée à jamais... c'est-à-dire jusqu'au jour où elle

reviendra sous un autre nom.

[Illustration: La Crinoline.]

Il est vrai que les jupes s'arrondissant en coupoles flottantes sur ces

crinolines si décriées, et que tout l'ensemble de la toilette étaient

ornés d'une façon lourde et gauche de petits détails mesquins appliqués

sur de tristes étoffes, tandis que les paniers du XVIIIe siècle ont eu

pour eux une ornementation plus artiste des jupes et des toilettes

taillées dans les belles étoffes à ramages. Leurs exagérations et leurs

ridicules avaient de la grâce, tandis que les jupes à crinoline ne

rachetaient par rien leur gauche ballonnement. Un peu surfaites, les

suprêmes élégances de l'Empire!

Avec ces crinolines boursouflées et envahissantes, que portent toutes

les femmes du second Empire, on peut rappeler le talma, le burnous,

manteau algérien assez coquet, les _pince-taille_ en soie gros grain à

manches pagodes,--oh! les manches pagodes! entonnoir disgracieux et

incommode compliqué de dentelles ou d'effilés!

Il faut noter surtout les châles, le fameux cachemire de l'Inde et le

grand châle tapis.

Le châle, dont on a si longtemps célébré l'élégance(?), n'a vraiment

quelque grâce que lorsqu'il est petit, étroit presque comme une écharpe,

et lorsqu'il est porté avec irrégularité et désinvolture. Que dire du

grand châle posé sur les épaules comme sur un portemanteau et tombant

droit en dissimulant la taille et la toilette de la femme, sinon qu'en

réalité ce châle-manteau est un vilain vêtement et qu'il ne va tout au

plus qu'aux fruitières endimanchées.

[Illustration: Chapeau second Empire.]

On peut encore signaler les capelines parmi les inventions commodes, et

les vestes zouaves, les rouges garibaldis et les figaros, parmi les

nouveautés gracieuses de l'époque.

Le chapitre des chapeaux n'est pas bien brillant. Jusque vers 1863, ce

sont toujours les grandes capotes de cabriolets, avec bavolets, avec

fleurs dans l'intérieur de la passe et au-dessus; cette coiffure, c'est

en somme le grand chapeau de la Restauration, abîmé, ridiculement

arrangé, finissant tristement ses derniers jours.

Voilà donc le luxe effréné tant reproché aux femmes par le président

Dupin, dans la fameuse brochure qui fit sensation en 1865,--le luxe

débordant les jours de Grand Prix dans la grande Ville, roulant de

l'hippodrome de Longchamps tout le long des boulevards, le luxe qui,

paraît-il, faisait de Paris une Byzance décadente, scandalisait

l'honnête bourgeoise en petit châle, et faisait monter le rouge aux

joues du reste de la vertueuse Europe, vouée encore à la simplicité

naïve et pratiquant le culte de sainte mousseline à dix sous le mètre.

Effréné peut-être, ce luxe corrupteur et effrayant, mais peu artistique,

d'un goût médiocre et donnant à très grands frais l'impression du

clinquant.

Bien que le recul ne soit pas encore suffisant pour le juger, pour

apprécier les modes de ce temps dans leur ensemble, sans se laisser

influencer par la pointe de ridicule qui s'attache au démodé, il semble

cependant qu'au siècle prochain les femmes et les artistes le jugeront à

peu près ainsi. Nous ne voyons pas les peintres élégants d'alors

ressuscitant dans leurs tableaux les modes de 1860, pour la joie des

mondaines et des américains vingtième siècle.

[Illustration: Pince-taille.]

Cependant la vogue des bains de mer qui se dessine de plus en plus et

qui deviendra bientôt une migration annuelle et régulière de toute la

bourgeoisie vers les plages normandes ou bretonnes, cette habitude des

excursions estivales amène quelques gracieux changements dans la mode.

Un instant vers 1864, triomphe la mode des robes courtes née sur les

plages élégantes. Plus de jupes traînantes, ou de robes longues à larges

volants. On conserve la crinoline, un peu modérée dans son envergure,

mais on drape et on arrange les jupes, avec des relevés, des plissés,

avec une grande variété d'ornements appliqués, ornements très larges

d'un bon effet.

La fantaisie, étouffée depuis 1830, reparaît. Ces très cavalières jupes

courtes laissent voir les bottines très luxueuses et très ornées, les

fines petites bottes très montantes dont on fait sonner les hauts

talons.--Un instant même quelques élégantes des plages à la mode

prennent la grande canne Louis XIII.

On voit aussi de jolis vêtements très amples, à larges manches, et des

pardessus dits _Saute-en-barque_. Les chapeaux bien différents du

cérémonieux chapeau fermé et très crânement portés un peu sur le côté,

sont des espèces de coiffures de Toreros, ornés de gros pompons ou de

plumes. La coiffure de l'époque est basse, avec un crêpé sur le front,

les cheveux tombant dans le dos massés dans un filet.

[Illustration: MODES DE PLAGE 1864.]

Les jupes courtes, si gracieuses avec la crinoline, avec les hautes

ceintures à boucles, et tous les ornements, ganses et soutaches dont

on couvre alors le costume, sont bientôt vaincues par un retour offensif

des robes longues, et la mode perd tout de suite ses allures cavalières.

[Illustration: Grand manteau Empire.]

La crinoline elle-même tombe un instant en 1867, au moment des jupes

plates et traînantes, des corsages peplums, nés d'un retour de goût pour

la tragédie, dont on déclame des fragments au Café-Concert, au moment

des petits chapeaux assiettes, posés sur le front devant le gros chignon

relevé en boule, coiffures que viennent compléter les rubans flottant

dans le dos et appelés du nom expressif de: «Suivez-moi jeune homme.»

... Et la bataille continue entre les jupes larges et les jupes

étroites, la crinoline a battu de l'aile pendant quelques années et

finalement elle est morte. La crinoline à grands cerceaux est maintenant

du domaine de l'archéologie; c'est une antiquité, comme le panier, comme

le vertugadin.

Comme on voulait encore de l'ampleur, on l'a remplacée par des poufs, de

très volumineux paquets d'étoffes, relevés par derrière sur les jupes.

Puis sur le chemin de la réaction anti-crinolinienne, on a été en

diminuant peu à peu la largeur des jupes jusqu'aux robes moulées sur le

corps, au collant qui a duré deux ou trois ans, vers 1880. Les modes

étaient alors fort jolies, très _esthétiques_. Puis un petit soupçon de

gonflement s'est produit, on s'est élargi un peu, on a bien vite adopté

les _tournures_....

Mais cette mode des robes collantes nous a laissé les corsages en jersey

qui moulent très gracieusement le corsage et les hanches. Le jersey vite

adopté convient admirablement aux toilettes de promenade et de campagne.

Pendant quelques étés d'un bout de l'Europe à l'autre, sur toutes les

plages d'Angleterre, de France et d'ailleurs, le Jersey fut l'uniforme

obligatoire; femmes, jeunes filles, enfants, garçons ou fillettes, tous

furent en jerseys bleu foncé, agrémentés d'ancres d'or, tous en

matelots. Les enfants gardent encore ce vêtement gracieux et commode et

voici que les hommes,--touristes et vélocipédistes--l'adoptent.

Le temps est passé des édits somptuaires et des gouvernants légiférant

sur le luxe pour enrayer ses débordements. On a vu, de Philippe le Bel à

Richelieu, la longue série de ces édits; avant de tomber à l'oubli, ils

furent pourtant presque toujours appliqués rigoureusement d'abord, même

par des rois qui mettaient le Trésor à sec pour les somptuosités de leur

cour, comme Henri III par exemple, le mignon fanfreluché, qui lors d'un

de ses accès de répression du luxe des autres, fit jeter en prison au

fort l'Évêque en un seul jour une trentaine de femmes et non des

moindres de Paris, coupables d'avoir bravé les prohibitions du brocart

et de la soie.

Ce temps des prohibitions somptuaires, des ordonnances royales sur les

modes n'est plus. Dans l'intérêt général de l'industrie et du commerce,

tout ce qui peut développer le grand luxe doit être aujourd'hui

recherché et favorisé.

C'est le petit luxe qui devrait être au contraire réprimé s'il était

possible, ou plutôt qui aurait dû être réprimé, car aujourd'hui le mal

est fait et parfait.

[Illustration: Robe collante 1880.]

Ah! si la mode plus puissante que les rois et les ministres, que les

arrêts, les lois et les édits, si la mode dont les ordonnances sont sans

appel, avait pu décréter la conservation des anciens costumes féminins

de nos provinces, des modes locales souvent si gracieuses, des

élégances campagnardes, auxquelles la ville a si souvent fait des

emprunts, des façons de robes, des mantes, et aussi des coiffures si

variées, coiffes bressannes, casques de dentelles du pays de Caux,

grandes coiffes bretonnes, bonnets d'arlésiennes, etc... Quel

sauvetage!

Mais non, tout cela est parti, toutes ces jolies choses ont disparu

devant l'envahissement d'un faux luxe mesquin, caricature sans goût des

élégances parisiennes, devant les confections uniformes et informes,

fabriquées à la centaine et portées jusque dans les plus lointains

cantons!...

Partout, hélas, les jolies modes locales, les élégances particulières et

régionales, ont cédé pour jamais la place à des attifements souvent

prétentieux et ridicules...

Le «_costume_» des campagnes en toute province est évanoui, envolé,

perdu, c'est à la «_mode_» des villes, de nous indemniser en élégance

vraie et en grâce.

La mode est aujourd'hui dans une période de transition et de

tâtonnements, elle cherche, elle essaie, à défaut de nouveautés

nouvelles, des imitations des nouveautés d'autrefois,--ayant

suffisamment vieilli, comme disait la couturière de l'impératrice

Joséphine.

On va des imitations des coupes Louis XVI ou Empire à des ajustements

Valois, aux corsages Louis XIII, aux manches moyen âge ou bien aux

manches à gigot 1830... Nous verrons ce qui sortira de ces tentatives et

de ces essais et si comme il arrive dans tous les arts, il en sera de

l'art de la toilette comme des autres, si le neuf naîtra de l'étude de

l'ancien.

Souhaitons qu'une mode originale, _fin de siècle_ suivant l'expression à

la mode, se dégage enfin, pour qu'un jour les petites filles des

élégantes de ces dernières années du XIXe siècle, puissent se figurer

leurs aïeules sous des ajustements bien à elles, bien personnels,

autrement enfin qu'en toilettes empruntées à tous les âges.

[Illustration]

[Illustration]

TABLE DES CHAPITRES

I.--BALLADE DES MODES DU TEMPS JADIS 1

II--LES CARTONS DU PASSÉ 5

Le vieux neuf.--L'horloge de la mode.--Fouilles dans les

cartons du passé.--Quelle est la plus jolie mode?--Mode et

architecture.--Vêtements de pierres et vêtements

d'étoffes.--La poupée costumée, journal des modes du moyen

âge.

III.--MOYEN AGE 23

Mesdames Nos Aïeules: dix siècles d'élégances · 第 7 / 8 段