Le travail manuel se fait-il mieux dans la station debout que dans la
position assise? Question aussi intéressante au point de vue individuel
qu'au point de vue social.
On sait que ceux qui pratiquent assis les métiers et les arts les plus
délicats se lèvent souvent pour considérer avec plus de précision leur
travail ou pour en parfaire les détails; et les physiologistes
admettent, d'autre part, que la station debout est l'attitude qui assure
le mieux la fixité contre les forces extérieures, et qui procure aussi
le meilleur point d'appui dans les activités diverses.
Toutefois, il n'était pas inutile de confirmer ces considérations un peu
théoriques par l'expérience. C'est ce qu'a fait M. Ch. Eéré, au moyen de
l'ergographe, instrument qui permet d'enregistrer le nombre de
soulèvements d'un poids donné par le doigt médius, et l'amplitude de
chaque mouvement de ce doigt.
Or il resulte de ces expériences que le travail debout est supérieur
d'environ un dixième au travail assis. Mais, si l'on compare ces travaux
à leur début et à leur terminaison, on remarque que le travail assis est
moins considérable au début et s'abaisse graduellement, tout en restant
assez intense à la fin; tandis que le travail dans la station debout est
plus intense au début, persiste longtemps très élevé, puis tombe
rapidement.
La station debout favorise donc le travail et l'attention pendant une
longue période: mais il est certain que cette exaltation est suivie
d'une fatigue plus rapide.
M. Eéré, par des expériences du même ordre, a constaté en outre qu'une
longue immobilité, précédant le travail, diminue la valeur de celui-ci;
tandis qu'une courte immobilité de cinq à quinze minutes est suivie
d'une exaltation du travail. Après une heure d'immobilité, le travail
est réduit à son minimum. Il semble que le sujet soit engourdi ou
endormi.
Conséquence pratique: les pauses de travail, dans la marche, comme entre
deux classes, ne devraient jamais dépasser quinze minutes.