Le procès des antimilitaristes s'est ouvert, mardi 26 décembre, devant
la Cour d'assises de la Seine. Il met en cause les signataires de
l'affiche rouge placardée, au commencement d'octobre dernier, la veille
du départ des conscrits de la classe 1904 pour le régiment, appel
séditieux destiné à détourner les jeunes soldats de leurs devoirs
militaires et même les provoquant au meurtre. Vingt-huit accusés,
défendus par dix-huit avocats, sont impliqués dans cette grave affaire
où ont été cités une soixantaine de témoins. Parmi les propagandistes
qu'il est convenu de qualifier d' «intellectuels», on remarque le
professeur Gustave Hervé et M. Urbain Gohier; à noter encore le vieil
agitateur italien Amilcare Cipriani. Dès la première audience, tous ces
contempteurs du patriotisme ont affecté de se féliciter de leur présence
dans le prétoire pour la nouvelle occasion que les débats publics leur
offraient de proclamer hautement leurs odieuses théories et de
développer leurs détestables sophismes; mais, sans attendre les
sanctions judiciaires, la saine opinion en avait déjà fait justice.