LE RAPATRIEMENT DES PRISONNIERS DE GUERRE JAPONAIS

Tandis que les Japonais renvoient aux Russes leurs prisonniers, en

Russie on s'occupe aussi de rendre au Japon les prisonniers qu'on lui

avait faits. La tâche des Russes est infiniment moins compliquée, en ce

cas, que ne l'est celle de leurs anciens adversaires.

D'abord, comme on le sait, les Russes, continuellement malheureux dans

les combats et n'ayant guère remporté que des avantages partiels et

passagers, avaient fait très peu de prisonniers. Tandis qu'ils

confiaient les malades et les blessés aux soins des médecins militaires

des hôpitaux de Moscou, ils avaient interné les captifs valides dans le

village de Medwied, dans le gouvernement de Nijni-Novgorod. Nous avons

publié, le 9 septembre, des vues de ce village, et montré par des

photographies quel était le sort des prisonniers japonais. Toute la

liberté compatible avec les règlements militaires leur avait été

laissée, et ils n'ont pas plus eu à se plaindre du traitement qui leur

était accordé que les prisonniers russes n'ont eu lieu de récriminer

contre le sort qu'on leur faisait au Japon. Ils n'ont eu à souffrir

réellement que du mal du pays, que d'être si éloignés de la terre

natale.

Les Japonais, d'ailleurs, étaient des hôtes autrement dociles que leurs

anciens antagonistes, et c'est ce qui rend, aujourd'hui encore, leur

mise en liberté si peu compliquée.

Point de rébellions, ici, point de révoltes, nulle mutinerie parmi cette

poignée d'excellents soldats, bien disciplinés, tout heureux à la pensée

que leur exil est terminé et qu'ils vont retrouver bientôt leurs foyers,

les êtres chers qu'ils ont laissés en partant pour accomplir le plus

saint des devoirs.

On peut croire qu'ils ont quitté sans regret le petit village perdu, ses

prairies maigres, ses bois de bouleaux défeuillés et de noirs sapins.

Par la route déjà couverte de la couche légère des premières neiges, des

chariots rustiques les ont emmenés, frileux, bien emmitouflés contre la

bise déjà aigre, vers la gare prochaine; leurs bagages suivaient en un

long convoi qui dut rappeler à plus d'un des souvenirs de guerre, et des

défilés tout pareils sur les routes boueuses ou glacées de Mandchourie.

On les a acheminés vers Hambourg, d'où ils se sont embarqués pour

l'empire du Soleil-Levant.

[Illustration: Le rapatriement des prisonniers de guerre japonais

internés en Russie: sur la route de Medwied à Utorgosch.]

[Illustration: LA MUTINERIE DE SÉBASTOPOL.--Pendant la canonnade entre

les navires révoltés et la forteresse: la population à genoux chantant

des hymnes et priant.]

Les photographies que nous reproduisons ici complètent les documents que

nous avons donnés, dans notre numéro du 16 décembre, sur les troubles

qui se sont produits, à la fin de novembre, à Sébastopol. Ces troubles,

on se le rappelle, eurent pour point de départ la mutinerie d'un certain

nombre de marins de la flotte de la mer Noire, auxquels s'étaient joints

les soldats du régiment de Brest.

Dans le port, le croiseur _Otchakof_, quatre torpilleurs et même, un

moment, le _Panteleimon_ (ancien _Potemkine_) étaient aux mains des

insurgés. On n'hésita pas, pour réduire ceux-ci, à canonner

l'_Otchakof_, qui, de son côté, répondit, visant de préférence les

bâtiments de la marine. La lutte fut courte: en quelques instants,

l'_Otchakof_, ayant le feu à bord, son pont dévasté, hissait le pavillon

blanc. On voit que les artilleurs des batteries de terre n'y étaient pas

allés de main morte. Les projectiles de l'_Otchakof_ semblent avoir

causé moins de dégâts.

Dans la ville, cependant, les marins des dépôts, soutenus par les

fantassins du régiment de Brest, secondaient de leur mieux leurs

complices des bâtiments. Une partie de la population faisait cause

commune avec les factieux. L'autre se trouvait sans défense entre deux

menaces, redoutant l'émeute de terre et surtout la révolte en mer qui

pouvait devenir terrible si l'escadre entière s'y associait. Alors, ce

qui montre combien sont différentes, contradictoires, les émotions des

foules en pareil cas, on vit une masse de gens se porter sur le rivage,

au bord de la rade où étaient mouillés ces navires desquels on pouvait

tout craindre, et se mettre à prier, chantant à haute voix l'hymne de la

messe: _Gospodi posidoni_ (Seigneur, aie pitié de nous), et demandant au

ciel de retenir les marins dans le devoir, de leur inspirer la

résolution de demeurer fermes dans leurs sentiments de fidélité à

l'empereur.

[Illustration: La mutinerie de l'escadre à Sébastopol: vue du pont de

l'_Otchakof_ après la canonnade.]

[Illustration: Les bâtiments de la marine atteints par les obus de

l'_Otchakof_.]

L'Illustration, No. 3279, 30 Décembre 1905 · 第 11 / 41 题