IX

Et maintenant que sont tombés les hauts feuillages

Qui tenaient le jardin sous leur ombre abrité,

On voit, à travers le branchage à nu, monter

Là-bas, vers l'horizon, les toits des vieux villages.

Tant que l'été darda sa joie, aucun de nous

Ne les a vus groupés non loin de notre porte

Mais aujourd'hui que fleurs et que feuilles sont mortes

Nous y songeons souvent avec des pensers doux.

D'autres gens vivent là, entre des murs de pierre,

Derrière un seuil usé que protège un auvent,

N'ayant pour seuls amis que la pluie et le vent

Et la lampe dont luit l'amicale lumière.

Dans l'ombre, au soir tombant, quand s'éveille le feu

Et que se tait l'horloge où le temps se balance,

Autant que nous, sans doute, ils aiment le silence

Pour se sentir penser au travers de leurs jeux.

Rien ne trouble ni pour eux ni pour nous ces heures

De profonde et tranquille et tendre intimité

Où l'on bénit l'instant qui fut d'avoir été

Et dont celle qui vient est toujours la meilleure.

Dites, comme eux aussi serrent l'ancien bonheur

Fait de peine et de joie entre leurs mains qui tremblent;

Ils connaissent leurs corps qui ont vieilli ensemble

Et leurs regards usés par les mêmes douleurs.

Les roses de leur vie, ils les aiment fanées

Avec leur gloire morte et leur dernier parfum

Et le lourd souvenir de leur éclat défunt

Se frippant feuille à feuille, au jardin des années.

Contre le noir hiver ainsi que des reclus

Ils se tiennent blottis dans leur ferveur humaine

Et rien ne les abat et rien ne les amène

A se plaindre des jours qu'ils ne possèdent plus.

Oh! les tranquilles gens au fond des vieux villages!

Dites, les sentons-nous voisins de notre cœur!

Et combien, dans leurs yeux, retrouvons-nous nos pleurs

Et notre force et notre ardeur dans leur courage!

Ils sont là, sous leur toit, assis autour des feux

Ou s'attardant parfois au bord de leur fenêtre,

Et, par ce soir de vent ample et flottant, peut-être

Ont-ils pensé de nous ce que nous pensons d'eux.

X

Quand le ciel étoile couvre notre demeure

Nous nous taisons durant des heures

Devant son feu intense et doux

Pour nous sentir, plus fervemment, émus de nous.

Les grands astres d'argent tracent là-haut leur roule;

Sous les flammes et les lueurs

La nuit étend ses profondeurs

Et le calme est si grand que l'océan l'écoute!

Mais qu'importe que se taise même la mer,

Si dans l'espace immense et clair

Plein d'invisible violence

Nos cœurs battent si fort qu'ils font tout le silence!

Les Heures du Soir - Précédées de les Heures claires, Les Heures d'après-midi · 第 77 / 94 题