III

La glycine est fanée et morte est l'aubépine;

Mais voici la saison de la bruyère en fleur

Et par ce soir si calme et doux, le vent frôleur

T'apporte les parfums de la pauvre Campine.

Aime et respire-les, en songeante son sort:

Sa terre est nue et rêche et le vent y guerroie;

La mare y fait ses trous, le sable en fait sa proie

Et le peu qu'on lui laisse, elle le donné encor.

En automne, jadis, nous avons vécu d'elle,

De sa plaine et ses bois, de sa pluie et son ciel,

Jusqu'en décembre où les anges de la Noël

Traversaient sa légende avec leurs grands coups d'aile.

Ton cœur s'y fit plus sûr, plus simple et plus humain;

Nous y avons aimé les gens des vieux villages,

Et les femmes qui nous parlaient de leur grand âge

Et de rouets déchus qu'avaient usés leurs mains.

Notre calme maison dans la lande brumeuse

Était claire aux regards et facile à l'accueil,

Son toit nous était cher et sa porte et son seuil

Et son âtre noirci parla tourbe fumeuse.

Quand la nuit étalait sa totale splendeur

Sur l'innombrable et pâle et vaste somnolence,

Nous y avons reçu des leçons du silence

Dont notre âme jamais n'a oublié l'ardeur.

A nous sentir plus seuls dans la plaine profonde

Les aubes et les soirs pénétraient plus en nous;

Nos yeux étaient plus francs, nos cœurs étaient plus doux

Et remplis jusqu'aux bords de la ferveur du monde.

Nous trouvions le bonheur en ne l'exigeant pas,

La tristesse des jours même nous était bonne

Et le peu de soleil de cette fin d'automne

Nous charmait d'autant plus qu'il semblait faible et las.

La glycine est fanée, et morte est l'aubépine;

Mais voici la saison de la bruyère en fleur.

Ressouviens-toi, ce soir, et laisse au vent frôleur

T'apporter les parfums de la pauvre Campine.

Les Heures du Soir - Précédées de les Heures claires, Les Heures d'après-midi · 第 72 / 94 题