XIII

Les baisers morts des défuntes années

Ont mis leur sceau sur ton visage,

Et, sous le vent morne et rugueux de l'âge,

Bien des roses, parmi tes traits, se sont fanées.

Je ne vois plus ta bouche et tes grands yeux

Luire, comme un matin de fête,

Ni, lentement, se repeser ta tête,

Dans le jardin massif et noir de tes cheveux,

Tes mains chères qui demeurent si douces

Ne viennent plus comme autrefois,

Avec de la lumière au bout des doigts,

Me caresser le front, comme une aube les mousses.

Ta chair jeune et belle, ta chair

Que je parais de mes pensées,

N'a plus sa fraîcheur pure de rosée,

Et tes bras ne sont plus pareils aux rameaux clairs.

Tout tombe, hélas, et se fane sans cesse;

Tout est changé, même ta voix,

Ton corps s'est affaissé comme un pavois,

Pour laisser choir les victoires de la jeunesse.

Mais néanmoins, mon cœur ferme et fervent te dit:

Que m'importent les ans jour à jour alourdis,

Puisque je sais que rien au monde

Ne troublera jamais notre être exalté

Et que notre âme est trop profonde

Pour que l'amour dépende encor de la beauté.

Les Heures du Soir - Précédées de les Heures claires, Les Heures d'après-midi · 第 52 / 94 题