IX

Le bon travail, fenêtre ouverte,

Avec l'ombre des feuilles vertes

Et le voyage du soleil

Sur le papier vermeil,

Maintient la douce violence

De son silence,

En notre bonne et pensive maison.

Et vivement les fleurs se penchent

Et les grands fruits luisent, de branche en branche,

Et les merles et les bouvreuils et les pinsons

Chantent et chantent

Pour que mes vers éclatent

Clairs et frais, purs et vrais,

Ainsi que leurs chansons,

Leur chair dorée et leurs pétales écarlates.

Et je te vois passer dans le jardin, là-bas,

Parfois à l'ombre et au soleil mêlée;

Mais ta tête ne se retourne pas,

Pour que l'heure ne soit troublée

Où je travaille, avec mon cœur jaloux,

A ces poèmes francs et doux.

X

Toute croyance habite au fond de notre amour.

On lie une pensée ardente aux moindres choses:

A l'éveil d'un bourgeon, au déclin d'une rose,

Au vol d'un frêle et bel oiseau qui, tour à tour,

Arrive ou disparaît, dans l'ombre ou la lumière.

Un nid, qui se disjoint au bord moussu d'un toit

Et que le vent saccage, emplit l'esprit d'effroi.

Un insecte qui mord le cœur des fleurs trémières

Epouvante: tout est crainte, tout est espoir.

Que la raison, avec sa neige âpre et calmante,

Refroidisse soudain ces angoisses charmantes,

Qu'importe, acceptons-les sans trop savoir

Le faux, le vrai, le mal, le bien qu'elles présagent;

Soyons heureux de nous sentir, enfants,

Pour croire à leur pouvoir fatal ou triomphant;

Et gardons-nous, volets fermés, des gens trop sages.

Les Heures du Soir - Précédées de les Heures claires, Les Heures d'après-midi · 第 49 / 94 题