Le bon travail, fenêtre ouverte,
Avec l'ombre des feuilles vertes
Et le voyage du soleil
Sur le papier vermeil,
Maintient la douce violence
De son silence,
En notre bonne et pensive maison.
Et vivement les fleurs se penchent
Et les grands fruits luisent, de branche en branche,
Et les merles et les bouvreuils et les pinsons
Chantent et chantent
Pour que mes vers éclatent
Clairs et frais, purs et vrais,
Ainsi que leurs chansons,
Leur chair dorée et leurs pétales écarlates.
Et je te vois passer dans le jardin, là-bas,
Parfois à l'ombre et au soleil mêlée;
Mais ta tête ne se retourne pas,
Pour que l'heure ne soit troublée
Où je travaille, avec mon cœur jaloux,
A ces poèmes francs et doux.
X
Toute croyance habite au fond de notre amour.
On lie une pensée ardente aux moindres choses:
A l'éveil d'un bourgeon, au déclin d'une rose,
Au vol d'un frêle et bel oiseau qui, tour à tour,
Arrive ou disparaît, dans l'ombre ou la lumière.
Un nid, qui se disjoint au bord moussu d'un toit
Et que le vent saccage, emplit l'esprit d'effroi.
Un insecte qui mord le cœur des fleurs trémières
Epouvante: tout est crainte, tout est espoir.
Que la raison, avec sa neige âpre et calmante,
Refroidisse soudain ces angoisses charmantes,
Qu'importe, acceptons-les sans trop savoir
Le faux, le vrai, le mal, le bien qu'elles présagent;
Soyons heureux de nous sentir, enfants,
Pour croire à leur pouvoir fatal ou triomphant;
Et gardons-nous, volets fermés, des gens trop sages.