IV

Le ciel en nuit s'est déplié

Et la lune semble veiller

Sur le silence endormi.

Tout est si pur et clair,

Tout est si pur et si pâle dans l'air

Et sur les lacs du paysage ami,

Qu'elle angoisse, la goutte d'eau

Qui tombe d'un roseau

Et tinte, et puis se tait dans l'eau.

Mais j'ai tes mains entre les miennes

Et tes yeux sûrs, qui me retiennent,

De leurs ferveurs, si doucement;

Et je te sens si bien en paix de toute chose

Que rien, pas même un fugitif soupçon de crainte,

Ne troublera, fût-ce un moment,

La confiance sainte

Qui dort en nous comme un enfant repose.

V

Chaque heure, où je songe à ta bonté

Si simplement profonde,

Je me confonds en prières vers toi.

Je suis venu si tard

Vers la douceur de ton regard,

Et de si loin vers tes deux mains tendues,

Tranquillement, par à travers les étendues!

J'avais en moi tant de rouille tenace

Qui me rongeait, à dents rapaces,

La confiance.

J'étais si lourd, j'étais si las,

j'étais si vieux de méfiance,

J'étais si lourd, j'étais si las

Du vain chemin de tous mes pas.

Je méritais si peu la merveilleuse joie

De voir tes pieds illuminer ma voie,

Que j'en reste tremblant encore et presque en pleurs

Et humble, à tout jamais, en face du bonheur.

Les Heures du Soir - Précédées de les Heures claires, Les Heures d'après-midi · 第 16 / 94 题