Septembre 20, A midi

"Mon cher frère,

"Enfin le drame est terminé! Il y a une heure, je voyais disparaître

dans un coin reculé du cimetière, les restes mortels du malheureux Paulo

et de son complice. C'est la mort dans l'âme et encore tout rempli

d'horreur de ce que j'ai vu et entendu dans les derniers jours qui ont

précédé l'exécution et au moment où leur âme devait paraître devant

le juge suprême, que je remplis la promesse que je vous ai faite.

Croyez-le, mon frère, il y a de tristes moments dans la vie. Dieu arrose

quelquefois de larmes bien amères la carrière de ses ministres."

"Jamais peut-être dans une vie qui compte aujourd'hui près de quarante

cinq ans d'apostolat, je n'ai eu autant d'angoisses et de découragement

que pendant ces quelques jours. Mon Dieu je ne m'en plains pas puisque

telle a été votre volonté. Non je ne me plains pas des pleurs que j'ai

versés pour les souffrances morales que j'ai endurées, mais ce qui

m'afflige profondément et jetterait peut-être le désespoir dans mon âme,

si ma conscience ne me disait pas que j'ai fait mon devoir, c'est que

tous mes efforts ont été infructueux et inutiles pour faire germer au

coeur des deux grands pécheurs, une pensée ou un sentiment de repentir."

"J'incline mon néant devant les insondables décrets du Très-Haut. Qui

sait peut-être au moment où ils allaient être lancés dans l'éternité, un

_peccavi_ que la corde ne leur a pas permis d'articuler, s'est-il élevé

du fond de leur âme."

"Frère, prions pour eux qu'ils aient trouvé grâce, priez aussi pour

ce pauvre prêtre afin que Dieu rende son travail efficace, lorsqu'il

tentera de ramener à lui des âmes égarées."

"Je suis avec estime, votre bien sincère ami."

Hélika: Memoire d'un vieux maître d'école · 第 27 / 35 题