"Mon cher frère,
"Enfin le drame est terminé! Il y a une heure, je voyais disparaître
dans un coin reculé du cimetière, les restes mortels du malheureux Paulo
et de son complice. C'est la mort dans l'âme et encore tout rempli
d'horreur de ce que j'ai vu et entendu dans les derniers jours qui ont
précédé l'exécution et au moment où leur âme devait paraître devant
le juge suprême, que je remplis la promesse que je vous ai faite.
Croyez-le, mon frère, il y a de tristes moments dans la vie. Dieu arrose
quelquefois de larmes bien amères la carrière de ses ministres."
"Jamais peut-être dans une vie qui compte aujourd'hui près de quarante
cinq ans d'apostolat, je n'ai eu autant d'angoisses et de découragement
que pendant ces quelques jours. Mon Dieu je ne m'en plains pas puisque
telle a été votre volonté. Non je ne me plains pas des pleurs que j'ai
versés pour les souffrances morales que j'ai endurées, mais ce qui
m'afflige profondément et jetterait peut-être le désespoir dans mon âme,
si ma conscience ne me disait pas que j'ai fait mon devoir, c'est que
tous mes efforts ont été infructueux et inutiles pour faire germer au
coeur des deux grands pécheurs, une pensée ou un sentiment de repentir."
"J'incline mon néant devant les insondables décrets du Très-Haut. Qui
sait peut-être au moment où ils allaient être lancés dans l'éternité, un
_peccavi_ que la corde ne leur a pas permis d'articuler, s'est-il élevé
du fond de leur âme."
"Frère, prions pour eux qu'ils aient trouvé grâce, priez aussi pour
ce pauvre prêtre afin que Dieu rende son travail efficace, lorsqu'il
tentera de ramener à lui des âmes égarées."
"Je suis avec estime, votre bien sincère ami."