LE BLESSÉ

La nuit était noire, profonde; noire comme la tombe, profonde comme

l'immensité. Des sons lamentables emplissaient l'air: c'était

l'aboiement des chiens, auquel répondait le hurlement sinistre des

loups; puis, c'était le meuglement mélancolique des boeufs, auquel se

mêlaient, par brusques, par violentes rafales, les sifflements de la

bise. Et, faisant la basse dans ce sinistre concert, le lac Supérieur

broyait, avec un formidable fracas, ses ondes aux grèves rocheuses de

l'archipel des Douze-Apôtres.

Un grand éclair violacé déchira tout à coup les ténèbres.

A son éclat passager, mais intense, on eût pu voir une Indienne qui,

rapidement, furtivement, traversait la cour du fort _La Pointe_.

Pour n'être point observée, sans doute, elle glissait le long de la

haute palissade dont la factorerie était entourée.

Ainsi, avec légèreté, Meneh-Ouiakon,--vous l'auriez reconnue à

l'élégance de sa démarche,--atteignit une porte basse, garnie de lourds

montants en bois.

Du bout du doigt elle gratta cette porte.

Point de réponse à son signal.

Le vacarme des éléments en furie avait probablement empêché que l'appel

de l'Indienne fût entendu.

Sans hésitation, mais non sans une certaine impatience, elle frappa le

panneau avec son poing.

La porte s'ouvrit.

--Je suis la fille du sachem Nadoessis, dit Meneh-Ouiakon en étendant la

main.

--Que la fille du sachem Nadoessis entre fut-il dit, d'un ton bas, par

une personne qu'il était impossible de distinguer, quoique ses yeux

étincelassent dans la nuit comme des escarboucles.

--Mon frère au visage pâle est-il mieux? demanda Meneh-Ouiakon.

--Ton frère au visage pâle est mieux.

Meneh-Ouiakon, alors franchit le seuil de la porte, qui fut aussitôt

refermée doucement derrière elle.

L'obscurité devint encore plus complète qu'au dehors. Un froid humide,

pénétrant, se faisait sentir.

L'Indienne fit sept ou huit pas droit devant elle, comme si elle

possédait une connaissance exacte des lieux, et elle s'arrêta.

--Tu peux pousser la porte, ma fille, elle n'est pas close, dit la voix

qui déjà avait parlé.

Meneh-Ouiakon se conforma à cet avis. Elle allongea le bras, et fit

rouler sur ses gonds une grosse porte qui grinça aigrement en s'ouvrant.

Aussitôt, un jet de lumière vive, éblouissante, enveloppa la jeune

Indienne.

Elle se trouvait au bout d'une sorte de galerie taillée dans le roc, et,

sous ses yeux, se déployait une chambre ou salle qui semblait également

avoir été creusée au coeur d'un rocher.

Cette chambre était nue. L'eau suintant à sa voûte et à ses parois y

avait formé des stalactites, figures étranges, qui resplendissaient

comme des pierreries aux rayons d'une petite lampe faite avec un crâne

d'animal et pendue par une corne de daim à un angle de la muraille.

Sous cette lampe, et sur un méchant lit de mousse et de sapinette ou

branches de pin, était étendu un homme.

Une peau de bison recouvrait ses membres. Au front, il portait un

grossier bandeau de toile ensanglantée qui lui cachait la moitié du

visage.

Malgré son bandeau, malgré la pâleur et l'altération de ses traits, on

ne pouvait méconnaître cet homme. C'était Adrien Dubreuil.

A la vue de Meneh-Ouiakon, un doux sourire erra sur les lèvres

desséchées du malade.

--Je craignais, dit-il faiblement, que la vieille ne vous entendit pas

frapper; car elle est bien sourde.

--Elle m'a entendue, répondit l'Indienne. Mais, parle, mon frère: le

feu qui brûlait tes veines commence-t-il à s'assoupir?

--Oui, grâce à vous, noble fille, ma santé s'améliore. Une lueur de

satisfaction colora le visage de Meneh-Ouiakon.

--Mais, continua Dubreuil, approchez, ma soeur, je vous en prie.

Donnez-moi votre main, que je la serre dans les miennes. Ce m'est,

hélas! le seul moyen de vous témoigner la reconnaissance qui déborde mon

coeur...

--Ne parle pas de reconnaissance, dit l'Indienne d'un ton simple,

charmant, la reconnaissance est une chose ignorée chez nous.

Puisse-t-elle l'être toujours!

En prononçant ces mots, elle s'accroupit près d'Adrien et reprit, après

lui avoir tendu sa main que le jeune homme pressa avec effusion:

--Ta peau brûle encore; tu as soif, mon frère.

--Ah! je vous aime! s'écria-t-il.

--Et moi aussi, je t'aime! dit naïvement la séduisante Nadoessis.

Dubreuil l'embrassa dans un regard si passionné que Meneh-Ouiakon rougit

et détourna la tête.

--Mon frère a soif; je vais lui donner à boire, dit-elle en se

relevant.

Dans un coin de la salle, il y avait une outre en cuir de caribou et une

écuelle de bois. Meneh-Ouiakon prit cette écuelle, y versa de l'eau

contenue dans l'outre, et, tirant de sa poche deux morceaux de sucre

d'érable, jaunes comme l'ambre, elle les frotta l'un contre l'autre

au-dessus de l'écuelle. Il en tomba une poudre abondante qui, remuée et

mélangée avec l'eau, produisit une boisson rafraîchissante et tonique

tout à la fois.

Pendant cette opération, Adrien Dubreuil contemplait l'Indienne avec une

tendresse qui ne pouvait guère laisser de doute sur la nature des

sentiments que la jeune fille lui inspirait.

Elle revint vers lui, son vase à la main, s'agenouilla, passa avec

précaution son bras sous la tête du jeune homme, la souleva tout

doucement et approcha l'écuelle de sa bouche ardente.

Tableau saisissant, unique, que celui-là.

Pour le peindre, il eût fallu la palette d'un Herrera.

Voyez-vous cette grotte, mi-partie plongée dans une ombre rougeâtre,

mi-partie flamboyante de clartés indécises, flottantes, qui font

étinceler les murailles, la voussure et jusqu'au sol; et puis,

voyez-vous, là, dans la zone lumineuse, ces deux bustes gracieux, ces

deux figures souriantes, harmonieuses, mais dont l'ensemble, mais dont

le détail tranchent en un si puissant contraste!

Le visage de l'Indienne est beau, nonobstant le peu de régularité des

lignes; mais comme il est étrange, comme ses teintes chaudes, bistrées,

sont en opposition avec la blancheur marmoréenne, livide du visage de

l'Européen! comme la barbe noire de celui-ci fait encore ressortir la

matité de sa carnation! comme enfin l'attitude, touchante et le costume

pittoresque de l'Américaine donnent de l'éclat, de la vie à cette scène

si grande dans sa simplicité!

--C'est assez, ma soeur, dit Adrien après avoir savouré une gorgée et en

abaissant sur Meneh-Ouiakon un regard humide.

--Mon frère ne veut plus boire?

--Je n'ai plus soif.

La jeune file désirait replacer la tête du malade sur la couche.

--Non, demeurez ainsi, je vous en supplie, je suis si bien, dit-il en la

couvant des yeux.

La belle Indienne palpitait. Son sein soulevait, par bonds inégaux, la

couverte drapée sur ses épaules.

--Mon frère, dit-elle, en retirant son bras, et en arrangeant le lit du

malade avec une sollicitude toute maternelle, mon frère a besoin de

repos.

--Oh non, j'ai dormi assez; laissez-moi causer avec vous. Je veux vous

remercier des bontés que vous avez eues pour un étranger, un inconnu...

--Tu ne m'es ni étranger, ni inconnu, fit-elle gravement.

--Ni étranger! ni inconnu! dit Adrien d'un air dubitatif.

--Ni étranger, ni inconnu.

--Je ne vous comprends pas, balbutia Dubreuil.

--Qui t'a donné cela? questionna Meneh-Ouiakon, en montrant à

l'ingénieur le symbole qu'il avait reçu de Shungush-Ouseta.

--Ça?

--Oui, ce totem?

--C'est un Indien.

--Où te l'a-t-il donné, mon frère?

--Au Sault-Sainte-Marie.

--Au Sault-Sainte-Marie?

--Oui.

--Et cet Indien t'a-t-il dit son nom?

--Oui, mais je ne me le rappelle pas.

--Ah! fit-elle avec un soupir.

--Seulement, reprit Dubreuil, je me souviens qu'il était de la tribu des

Nadoessis.

--En es-tu bien sûr, mon frère? prononça-t-elle en plongeant ses yeux

dans ceux de son interlocuteur.

--Parfaitement sûr.

--Mais, dit-elle, après un moment de réflexion, pourquoi l'Indien

t'a-t-il fait ce présent?

--Je lui avais rendu un service.

Meneh-Ouiakon fit un geste d'étonnement.

--Oui, poursuivit Adrien, son canot avait chaviré, et j'ai aidé le

Nadoessis à sortir du gouffre dans lequel son imprudence l'avait

entraîné.

--Tu as sauvé la vie à Shungush-Ouseta.

--Shungush-Ouseta! c'est en effet, je crois, le nom qu'il portait.

--Ah exclama l'Indienne, si tu dis vrai, que le ciel soit toujours sur

ta tête, que ton sentier dans la vie soit droit, sans épines ni

cailloux; que le soleil t'éclaire sans cesse de ses rayons!

--Ces paroles furent proférées avec une exaltation qui surprit

douloureusement Dubreuil.

--Vous connaissez donc cet Indien? dit-il avec vivacité.

--Oui, Meneh-Ouiakon le connaît bien.

--Peut-être l'aimez-vous? hasarda le jeune homme.

--Je l'aime.

A cette déclaration si nette, faite d'un ton ferme, l'ingénieur

frissonna.

Pour dissimuler le trouble qu'il éprouvait, il ramena sur son visage sa

couverture de peau de buffle.

--Ainsi, reprit Meneh-Ouiakon au bout d'un instant, c'est en récompense

de ce que tu as fait pour lui que Shungush-Ouseta t'a fait présent de ce

totem?

--Je vous l'ai dit.

--Mon frère voudrait-il me conter comment la chose arriva?

--Je vous le dirai, dit le malade avec un effort pour surmonter son

émotion.

Et il narra brièvement, sans forfanterie, les circonstances qui avaient

accompagné sa rencontre avec le Bon-Chien au trou de l'Enfer.

Quand il eut terminé, Meneh-Ouiakon, qui l'avait écouté avec un intérêt

marqué, lui dit:

--Toi que j'aimais bien, je t'aime mieux encore. Commande et je

t'obéirai. Meneh-Ouiakon est ton esclave.

--Mais vous aimez aussi ce Shungush-Ouseta.

--Je l'aime dans l'étendue de mon coeur.

Un sourire amer plissa le visage de Dubreuil.

--Comment, dit-il avec ironie, les femmes de votre race ont-elles le

coeur si large qu'il puisse contenir deux amours à la fois?

--Oui.

--Vous vous moquez de moi! s'écria-t-il en haussant les épaules.

--Quoi! les femmes des visages pâles ne peuvent-elles aimer leurs

enfants, leur mari?...

--Mais Shungush-Ouseta n'est pas votre enfant?

--Si tu ne m'avais pas interrompue, j'aurais ajouté: «leurs frères.»

--Shungush-Ouseta serait votre frère?

--C'est mon _osyaiman_.

--Je ne comprends pas, dit Adrien en secouant la tête.

--J'ai voulu dire qu'il est le fils de mon père, et de ma mère.

--Vrai! s'écria le malade avec joie, vrai! c'est votre frère?

--Mon frère aîné, celui qui doit remplacer mon père au conseil des

chefs.

--Oh! alors, je suis doublement heureux d'avoir pu lui être de quelque

utilité.

--Tu l'as arraché à la mort. Mais, sois assuré que, si elle le peut, la

soeur paiera la dette de son frère.

--N'est-ce point moi qui suis votre obligé? Sans vous, le pauvre

Français aurait cessé de vivre.

--Ne parlons point de moi.

--Mais j'en veux parler! Que serais-je devenu, blessé à la tête, la

jambe cassée à la suite de ma chute, en proie à une fièvre cérébrale, si

vous n'eussiez pris soin de moi, en exposant votre propre sécurité; car,

j'en ai la conviction, c'est au péril de vos jours que vous venez me

visiter ainsi chaque nuit...

--Mon frère se trompe, dit froidement l'Indienne.

--Je me trompe! mais la vieille Maggy me l'a dit!

--Maggy déraisonne.

--Vainement, ô Meneh-Ouiakon! vous tenteriez de me dérober la vérité.

Votre dévouement pour le malheureux prisonnier m'est connu. Et quand

même Maggy, ma gardienne, n'aurait pas trahi votre secret, je l'ai

découvert. Plus d'une fois, quand vous me croyiez endormi, j'étais

éveillé. Je vous ai entendu causer avec ma geôlière. Je sais que vous

l'avez gagnée, qu'elle vous ouvre toutes les nuits la porte de cette

caverne...

--Mon frère en est-il mécontent? demanda la jeune fille d'un air triste.

--Mécontent! Le pouvez-vous penser?... Je vous aime...

L'Indienne, qui se trouvait près du lit, tressaillit. Une brûlante

rougeur monta à ses joues, elle dégagea doucement sa main dont Dubreuil

s'était emparé, et qu'il pressait chaleureusement sur sa poitrine.

--Ainaway-min (ami), dit-elle, nous devons, ce soir, causer

sérieusement.

--Avant tout, dites-moi que vous m'aimez.

--Je vous aime, répondit-elle d'un accent sincère, mais sans animation.

--Dites-moi aussi, continua le Français, quel intérêt vous a poussée à

me servir?

--Quand mon frère est tombé, frappé par son ennemi, je me suis baissée

pour aider à le relever. Mais mon frère n'avait plus le sentiment de

l'existence; on l'a emporté hors de la salle du banquet. Mais, à la

place qu'il occupait, j'ai trouvé ce totem. Il m'indiquait mon devoir,

j'y ai été fidèle.

--Sans cela, sans ce carré de bois, vous m'eussiez laissé périr, dit

Dubreuil d'un ton sombre.

L'Indienne ne répondit pas.

Il y eut un moment de pénible silence, à peine troublé par les sourds

rugissements de la tempête qui déferlait au dehors.

--Ah! soupira le malade, je comprends. Mais ce n'est pas ainsi que je

voudrais être aimé, pas ainsi que les femmes aiment dans mon pays...

Vous auriez mieux fait de m'abandonner à mon sort.

--Je croyais que mon frère était un homme fort. Nos jeunes guerriers ne

savent pas pleurer. On les habillerait en femmes ceux-là qui verseraient

des larmes.

--Mais que deviendrai-je? Je n'avais ici qu'un ami; il est perdu.

Maintenant, me voici captif, grelottant la fièvre, estropié et condamné

à ne plus voir la lumière du jour; car, dans ce cachot règne une nuit

éternelle, et l'air respirable n'arrive que difficilement par quelques

fissures imperceptibles.

--L'impatience, mon frère, est l'arme des faibles. Prends courage, et tu

sortiras d'ici.

--J'aimerais mieux n'en sortir jamais que de vous laissez au milieu de

ces brigands.

--De qui mon frère veut-il parler?

--Eh! de celui que vous appelez le Mangeux-d'Hommes et de ses complices

répliqua-t-il avec irritation.

Le front de l'Indienne se couvrit d'un nuage que Dubreuil remarqua

aussitôt.

--Ah! dit-il, avec une inflexion sarcastique, j'oubliais que vous

l'aimiez aussi, lui!

--Jésus! murmura-t-elle d'une voix rêveuse, oui, je l'ai aimé, bien

aimé!

--Et vous l'aimez encore siffla l'ingénieur entre ses dents serrées, en

croisant convulsivement les mains au-dessus de sa tête.

--Mon frère, dit avec une exaspérante tranquillité Meneh-Ouiakon,

l'esprit de feu court toujours dans ton sang. Il faut l'arrêter, sans

quoi Kitchi-Manitou s'emparerait encore de toi, et je ne pourrais

remplir la promesse que j'ai faite au totem de mon frère.

--Expliquez-vous, fut-il répondu sèchement.

--J'ai rêvé, dit-elle, la nuit dernière, que je te rendais la liberté.

Il faut que mon rêve s'accomplisse [36].

[Note 36: Dans la première série des Drames de l'Amérique du Nord, j'ai

déjà eu occasion de montrer combien les sauvages sont superstitieux,

surtout à l'endroit de leurs songes. La plupart des voyageurs ont été,

comme moi, frappés de cette aberration qui ne compte encore, quoi que

nous en ayons, que trop de fidèles dans les sociétés civilisées. Mais si

la plupart des Indiens apportent souvent une grande bonne foi dans

l'explication des rêves, il en est qui savent très-bien les utiliser au

profit de leurs passions. En voici un exemple citée par un missionnaire.

Un sauvage ayant rêvé que le bonheur de sa vie était attaché à la

possession d'une femme mariée à l'un des plus considérables du village

où il demeurait, il lui fit faire la même proposition que Hortensius eut

la hardiesse de faire autrefois à Caton d'Utique. Le mari et la femme

vivaient dans une grande union et s'entr'aimaient beaucoup. La

séparation fut rude à l'un et à l'autre; cependant ils n'osèrent

refuser. Ils se séparèrent donc. La femme prit un nouvel engagement, et

le mari abandonné ayant été prié de se pourvoir ailleurs, il le fit par

complaisance, et pour ôter tout soupçon qu'il pensait encore à sa

première épouse. Il la reprit néanmoins après la mort de celui qui les

avait désunis, laquelle arrive quelque temps après. Dans ses Aventures

en Amérique, Le Beau raconte l'anecdote suivante «Un sauvage, de ce

qu'on avait donné la vie à un esclave dans sa cabane contre son

inclination, en conserva une haine mortelle pour lui, qu'il couva

pendant plusieurs années. Enfin pouvant plus dissimuler, il dit qu'il

avait rêvé de la chair humaine, et peu après, il déclara que c'était la

chair de l'esclave en question. On chercha vainement à éluder ce songe

barbare; on fit plusieurs figures d'hommes de pâte qu'on fit cuire sous

les cendres; il les rejeta. On n'omit rien pour lui faire changer de

pensée; il ne se rendit point, et il fallut faire casser la tête à

l'esclave.]

Dubreuil fit un mouvement d'incrédulité et de dédain.

A cet instant, un coup de tonnerre effroyable ébranla la caverne jusque

dans ses fondements, et une vieille squaw se précipita dans la salle par

le couloir qui avait donné accès à Meneh-Ouiakon, en s'écriant:

--La fille des sachems et le visage pâle sont perdus!

Peaux-rouges et Peaux-blanches · 第 30 / 62 题