LE SAULT-SAINTE-MARIE

On sait que le lac Supérieur est le plus vaste volume d'eau fraîche

connu sur le globe. En longueur il a 120 milles, 160 milles dans son

extrême largeur, et 1750 de périmètre.[1]

[Note 1: Le mille anglais est environ le tiers de la lieue française.]

L'État du Minnesota borde ses rives ouest et nord-ouest; au sud il

confine au Wisconsin et au Michigan; les autres côtes ont pour limites

les possessions britanniques, auxquelles la moitié du lac divisé par une

ligne imaginaire, appartient.

Les eaux de ce lac sont d'une transparence étonnante[2].

[Note 2: Par un temps calme, j'ai souvent vu les poissons s'ébattre à

plus de dix brasses de profondeur.]

Il les reçoit par plus de deux cents affluents. Elles y descendent d'un

bassin qui embrasse une superficie 100,000 miles carrés.

Les parties nord et sud du Supérieur voient jaillir de leur sein une

foule d'îles.

Le centre en est à peu près dépourvu.

Au nord, plusieurs de ces îles forment d'excellents abris pour les

vaisseaux et offrent aux yeux du voyageur ses perspectives les plus

pittoresques.

La côte elle-même est fortifiée par des rochers escarpés dont

quelques-uns dépassent 300 mètres d'élévation.

Mais, au sud, le rivage se montre généralement bas et sablonneux,

quoique, en certaines places, il soit coupé par des chaînes de calcaire

ou des roches trapéennes et cuprifères énormes, comme le Portail ou les

Rochers Peints, la pointe Kiouinâ, les Douze-Apôtres, etc.

Encore aux trois quarts sauvage aujourd'hui, le littoral du lac

Supérieur ne tardera pas à se peupler, et à se fertiliser au soleil

fécondant de la civilisation, car, malgré la rigueur de l'hiver qui

règne pendant plus de six mois dans cette région, la terre y est bonne,

productive, riche en minéraux, et les eaux du lac abondent poissons

excellents de toute espèce.

Le Supérieur se relie aux lacs Huron et Michigan par une artère longue

de 63 milles, large d'un au plus, à laquelle nos missionnaires français,

qui en furent les premiers explorateurs, donnèrent, en 1642, le nom de

rivière Sainte-Marie, mais appelée par les indigènes Pauoiting,

c'est-à-dire Petite Cataracte.

Le souvenir de ces hardis découvreurs européens mérite d'être conservé.

C'était les pères Charles Rimbault et Isaac Jogues.

A cette époque, ils habitaient la Mission Sainte-Marie, près du lac

Huron.

Sur les bords de la rivière résidait une tribu sauvage qu'ils

convertirent.

La tribu s'appelait _Pauoitigouei uhak_, mot à peu près impossible à

articuler pour une bouche française.

Comme ces Peaux-Rouges témoignaient d'une grande agilité dans tous les

exercices du corps, mais principalement pour franchir les obstacles, nos

missionnaires convinrent de les nommer Sauteux ou Sauteurs, nom qui leur

est resté, comme celui de Sainte-Marie au canal que la nature a creusé

entre le lac Supérieur et les lacs Huron et Michigan.

La rivière Sainte-Marie est interceptée par des rapides dangereux, au

pied desquels s'élève, au sud, sur la rive américaine, un village appelé

Sault-Sainte-Marie, et au nord, sur la rive anglaise, un poste occupé

par la compagnie de la baie d'Hudson.

Le village est donc américain, le poste anglais.

Dans le premier, le gouvernement des États-Unis a installé une petite

garnison pour la protection de ses nationaux, qui se livrent à la traite

des pelleteries ou à l'exploitation des précieuses mines de cuivre dont

est, comme nous l'avons dit, enrichie la rive méridionale du lac

Supérieur, «primitivement appelé lac Tracy, en l'honneur de M. de Tracy,

qui fut nommé vice-roi d'Amérique par le roi de France au mois de juin.

1665» [3]. Dans ses curieuses Lettres sur les États-Unis d'Amérique, où,

à travers quelques appréciations fausses, on trouve des considérations

du premier ordre et des descriptions fort remarquables, le colonel

Pisani, qui visita le Sault Sainte-Marie en 1856, en a fait un tableau

auquel je suis heureux d'emprunter les lignes suivantes:

[Note 3: Mémoires de J. Long.]

«La mission Sainte-Marie du Sault fut fondée en 1665 par le père

Allouez.

«A cette époque, les missionnaires, et, par eux, le gouvernement du

Canada, connaissaient déjà parfaitement et la géographie du lac et la

nomenclature des tribus qui habitaient ses rives. Ces tribus étaient

nombreuses, et la liste de leurs noms est aussi longue que baroque; mais

la population de chacune d'elles était bien peu considérable. Trente

mille sauvages, au plus, erraient entre le lac Michigan, le

Haut-Mississipi et la baie d'Hudson, et avaient pour centre social,

géographique et religieux (si ces mots peuvent s'appliquer à des

agglomérations humaines à peine sorties de l'état de nature) la race

sud-est du grand lac. C'était principalement près du rapide ou

Sault-Sainte-Marie qu'ils se réunissaient, à l'époque du printemps, pour

s'y livrer à la pêche du poisson blanc, l'une des plus abondantes qu'il

y ait au monde, et pour vendre leurs pelleteries aux traitants

canadiens. Ces peuples se rattachent à trois langues mères, les langues

siouse, algonquine et huronne. C'est le nom d'Ouattouais [4] qui revient

le plus fréquemment dans les relations des jésuites, comme désignant les

tribus de l'extrême ouest par rapport au Canada. Ainsi les missions des

bords du lac étaient appelées missions chez les Ouattouais.

[Note 4: Ce nom doit s'écrire Outaouais.--H.-E. C.]

«Le christianisme, qui est la religion des races supérieures, eut peu de

prise sur les Ouattouais. Les jésuites furent presque toujours obligés

de tolérer chez les néophytes certains restes de leurs pratiques

idolâtriques, sous lesquels on feignait de trouver un fond de foi

orthodoxe. Mais si les succès des religieux furent contestables, leurs

succès politiques furent éclatants. En moins de dix ans, les missions du

Sault-Sainte-Marie, du Saint-Esprit, de Saint-Francois-Xavier avaient

fait du nom de la France l'objet de respect et de l'affection de toutes

les tribus de l'ouest [5]. En 1670, l'intendant du Canada Talon, l'un

des administrateurs les plus capables qu'ait eus la colonie, résolut de

mettre à profit ces bonnes dispositions, et d'établir d'une manière

solennelle et officielle le protectorat de la France sur ces contrées

dont il devinait l'avenir. L'entreprise n'était pas facile. Il

s'agissait, non pas de l'achat tel ou tel territoire, comme a fait Penn

sur les bonds de la Delaware, comme le font encore aujourd'hui plus ou

moins furtivement les Américains, mais d'une sorte d'annexion politique,

consentie librement par le suffrage universal. Qu'on me passe ces mots

du vocabulaire moderne, assez étranges à l'occasion d'un acte politique

du dix-septième siècle et d'un acte politique du roi Louis XIV; mais

ils sont nécessaires pour caractériser cette conquête de la France,

conquête qui ne ressemble guère à celle de la Franche-Comté, de la

Flandre et de l'Alsace, mais qui contraste avec ces dernières encore

plus par sa nature pacifique et philanthropique que par ses proportions

territoriales.

[Note 5: Exemple frappant: Quoique Québec eût été prise, en 1759, par

les Anglais et que, dès lors, nous eussions perdu toute puissance

politique sur les rives du Saint-Laurent, les Indiens ne voulurent pas

reconnaître l'empire britannique avant 1763 un de leurs chefs les plus

influents, Pontiac, dont nous publierons prochainement. L'histoire,

forma même alors le projet d'expulser, au profit des Français, la race

saxonne du continent américain. Si la France l'eût soutenu, qui sait

s'il n'eût pas réussi? Mais l'éventail de madame de Pompadour faisait

la brise et la tempête.--H.-E. C.]

«Talon choisit pour émissaire un nommé Nicolas Perrot, laïque, mais

employé longtemps au service des missionnaires. Perrot parcourut,

pendant le printemps et l'été de 1670, toutes les contrées de l'ouest.

Il ne s'arrêta, au midi, que chez les Miamis, c'est-à-dire chez les

peuples qui habitaient le pays où est bâtie, maintenant, la ville de

Chicago. Il décida toutes ces peuplades à envoyer, pour le printemps

suivant, des députés au Sault-Sainte-Marie, afin d'y procéder à la

reconnaissance du protectorat de la France sur les contrées qui forment

les bassins des lacs Supérieur, Huron, Erie, Michigan. Quatorze cents

sauvages furent fidèles au rendez-vous. M. de Saint-Lusson, délégué, par

l'intendant Talon, procéda solennellement à l'acte de reconnaissance.

«Sur la prairie qui domine les Rapides, on avait préparé une Croix et

un poteau en Bois de cèdre surmonté d'un écusson aux armes de France.

Les Indiens, dans leur appareil de guerre, précédés du Délégué,

formaient un vaste cercle autour de ces derniers emblèmes de la foi

religieuse et de la domination politique. Au moment où l'on éleva le

premier, les missionnaires et les Français entonnèrent le _Vexilla_,

puis, quand les armes de France parurent dans les airs, _l'Exaudiat._

«Cela fait, le père Claude Allouez, très-versé dans la connaissance de

la langue algonquine, adressa aux Indiens un long discours pour leur

expliquer le but de la réunion et les avantages qu'ils retireraient du

protectorat de la France. Il termina par un éloge du monarque auquel ils

allaient se donner et par un pompeux tableau de sa puissance. Ce

discours a été conservé, en entier, dans les Relations des Jésuites: il

est fort curieux en ce qu'il montre l'extrême souplesse de l'esprit des

jésuites et leur habileté incomparable à adapter leur éloquence et leurs

moyens d'action au caractère particulier des peuples qu'ils avaient à

soumettre au joug de la civilisation et de la foi.

«Il est probable que les Indiens furent fortement impressionnés de ce

discours, car, lorsque M. de Saint-Lusson, après que le père Allouez eut

fini de parler, leur demanda s'ils consentaient à se ranger, eux, leurs

descendants et leurs pays sous l'autorité du grand Ononthio [6], ce ne

fut qu'un cri d'assentiment. Les Français y répondirent par les

acclamations de Vive le roi! et des décharges de mousqueterie. La

cérémonie se termina par un _Te Deum_.

«Cet acte est célèbre dans l'histoire de l'Amérique sous le nom de

Traité du Sault-Sainte-Marie. Il est peu de titres parmi ceux qui

garantissent les possessions territoriales des nations ou des princes

européens qui aient une origine aussi sérieuse, aussi authentique et

aussi libérale que le traité par lequel la France a possédé, pendant

quatre-vingt-dix ans, tout le nord-ouest des États-Unis [7].

[Note 6: C'est encore ainsi que les Indiens nomment le gouverneur du

Canada.--H.-E. C.]

[Note 7: L'auteur aurait dû dire «de l'Amérique septentrionale,» puisque

le territoire de la baie d'Hudson qui fait partie de cette contrée et qui

est maintenant aux Anglais devint, par ce traité, notre

propriété.--H.-E. C.]

«La guerre de Sept-Ans et le traité qui en a été la suite nous ont

dépouillés de ce magnifique héritage, mais aujourd'hui, quand un

Français y pénètre en étranger, il ne peut oublier que ses ancêtres le

reçurent jadis librement des mains d'une race faible et confiante; que,

fidèles à leurs engagements, ils avaient entrepris de la civiliser, et

que leurs successeurs, héritiers de leurs devoirs comme de leurs

droits, n'ont su que la dégrader, l'anéantir [8].

[Note 8: Civiliser les Indiens utopie, prétexte de l'ambition ou du

fanatisme religieux. Le sauvage est moins fait pour la civilisation que

le civilisé pour la vie sauvage. Les gens désintéressés, qui connaissent

les Peaux-Rouges, loin de songer à les civiliser, protestent contre les

tentatives faites à ce sujet. Écoutez Schoolcraft, un observateur

profond, un savant érudit, un écrivain consciencieux, qui passe la

moitié de sa vie au milieu du désert américain:

«L'Indien est possédé d'un esprit de réminiscence qui se plaît dans des

allusions au passé. Il parle d'une sorte d'âge d'or où tout allait mieux

pour lui que maintenant, alors qu'il avait de meilleures lois, de

meilleurs chefs, que les crimes étaient plus promptement punis, que sa

langue était parlée avec une pureté plus grande, que les moeurs étaient

moins entachées de barbarie. Mais tout cela semble passer à travers le

cerveau indien comme un rêve, et lui fournit plutôt la source d'une

sorte de rétrospection agréable et secrète qu'un stimulant pour

l'exciter à des efforts présents ou futurs. Il languit comme un être

déchu et désespéré de se relever. Il ne paraît, pas ouvrir les yeux à la

perspective de la civilisation et de l'exaltation mentale déroulée

devant lui, comme si cette scène lui était nouvelle ou attrayante.

Depuis plus de deux siècles des instructeurs (teachers) et des

philanthropes lui ont peint ce tableau, mais il n'y a rien vu pour

secouer sa torpeur et s'élancer dans la carrière de la civilisation et

du perfectionnement. Il s'est plutôt éloigné de ce spectacle avec l'air

d'une personne pour qui toutes ces choses «nouvelles» étaient

«vieilles», et il a résolument préféré ses bois, son wigwam, son canot.

--_Algic Researches preliminary observations_, par H.-R. Schoolcraft.

Je le répète, cela n'est que trop vrai pour ceux qui ont sérieusement

étudié les races indiennes de l'Amérique, septentrionale.--H.-E-C.]

Le Sault-Sainte-Marie a donc une importance historique, considérable, et

dont tout Français a le droit d'être fier.

Les Rapides étant un obstacle à la navigation, on a creusé un canal pour

obvier à cet inconvénient.

«Ce canal, poursuit M. Pisani, a 1,600 mètres de long et une largeur

suffisante pour que les plus gros navires y puissent flotter. La

différence de niveau entre ses deux extrémités est de 8 mètres 37; c'est

précisément la hauteur des Rapides, et la moitié de celle des eaux du

lac Supérieur au-dessus des eaux du lac Michigan, le premier étant à 193

mètres et le second à 482 mètres 65 au-dessus du niveau de la mer. Deux

écluses suffisent pour faire franchir aux bâtiments la différence du

niveau.

«Le canal n'est ouvert que depuis six ans. Avant sa construction, un

chemin de fer de 1,600 mètres de parcours longeait les Rapides et

aboutissait à deux quais de débarquement, l'un en amont, l'autre en aval

de l'obstacle à franchir. Les marchandises apportées par les Lacs de

l'Est et du Midi et destinées à passer dans le lac Supérieur étaient

déchargées à l'entrée des Rapides, transbordées sur le chemin de fer,

embarquées de nouveau sur les bâtiments faisant le service spécial des

lacs. Telle a été jusqu'à ces dernières années, l'insuffisance des

ressources de toute espèce dans ces contrées reculées, que les bateaux à

vapeur ou à voiles, naviguant sur le lac Supérieur, n'étaient pas

construits sur ses rives, au-dessus des Rapides [9]. On les apportait,

par pièces, des ateliers de New-York ou de Cleveland; le chemin de fer

leur faisait franchir le saut et on les montait au-delà de Sainte-Marie.

On comprend que, dans de pareilles conditions, la navigation intérieure

du lac ne pouvait pas recevoir un bien grand développement.

[Note 9: Le premier navire de quelque importance construit au

Sault-Sainte-Marie fut le schooner ou goélette John Jacob Astor, lancée,

si je ne me trompe, en 1835.--H.-E. C.]

«Il y a une huitaine d'années, le Congrès, de concert avec la

législature de l'état de Michigan, décida que le chemin de fer serait

remplacé par un canal. Ce qui était difficile, ce n'était pas de

s'entendre avec Washington et Lansing, mais de trouver des entrepreneurs

qui, en échange d'une énorme avance de fonds, consentissent à recevoir

des terrains sans valeur actuelle et susceptibles d'en acquérir

seulement par suite de l'ouverture même du débouché. On ne doit pas

perdre de vue qu'à cette époque, le bassin du lac Supérieur, sans

communication autre que celle de la rivière Sainte-Marie avec le

continent américain, était un vrai pays perdu, tout à fait sauvage, d'un

avenir très-problématique. On y exploitait déjà, des mines de cuivre,

mais il était encore fort douteux que l'industrie métallurgique réussît

jamais à faire entrer cette contrée isolée dans le cercle de l'activité

américaine. Il n'y avait certainement pas six mille habitants

travaillant aux mines ou vivant d'un commerce de pacotilles sur les

rives du lac. Par le fait, il ne s'agissait pas de créer un débouché

pour une population déjà existante, mais de créer une population par

l'ouverture d'un débouché; méthode générale aux États-Unis, et inverse

de celle que nous employons en Europe.

«Dans cette affaire, comme dans tant d'autres, le génie des entreprises

hasardeuses, qui fait la passion et la force des États-Unis, n'a pas

reculé devant le calcul des mauvaises chances. Une compagnie de Boston a

accepté les termes et s'est engagée à construire le canal. Le marché,

conclu sur ces bases, a été rapidement exécuté. Au mois de juin 1855 la

Compagnie a fait remise du canal à l'État, qui l'exploite à son profit.

«Ce magnifique ouvrage a coûté environ sept millions de francs. En

contemplant les vastes solitudes qui l'entourent, la nature sauvage,

grandiose et glaciale, dont il constate la puissance vaincue, semblable

à un sceau mis par l'industrie humaine sur sa nouvelle conquête, on ne

peut s'empêcher d'admirer l'audace du peuple qui ne craint pas de se

lancer dans de pareilles entreprises aux extrémités perdues de son

immense territoire.

Il faut une heure et demie ou deux heures à un bateau à vapeur pour

traverser les écluses et faire le chargement et le débarquement des

marchandises appartenant au commerce de Sainte-Marie.

«Sainte-Marie est plutôt une bourgade qu'une petite ville. Les maisons,

presque toutes à un seul étage, sont en bois et isolées les unes des

autres, double caractère propre à tous les centres de population des

pays situés vers l'extrême nord, soit dans le nouveau, soit dans

l'ancien monde [10]. Les habitants sont au nombre de deux mille environ.

Le fond de cette population, la partie fixe et attachée au pays de père

en fils, provient d'un croisement d'anciens colons français avec la race

indienne. Ces métis parlent encore presque tous le français et

appartiennent à la religion catholique. Quant leur caractère ethnique,

c'est une moyenne entre le type caucasique et le type de la race rouge:

peau foncée, cheveux noirs, durs et abondants, os de la face

(principalement l'os et le cartilage nasal) très-proéminents. Ils

n'ont pas, il faut le dire, l'ardente activité des Yankees, leur

aptitude à amasser et à risquer les dollars, le génie du commerce, de

l'industrie et de la spéculation. Ils sont sédentaires bornés dans leurs

désirs, timides, mélancoliques, toujours prêts à céder la place aux

autres [11]. C'est bien là la descendance mélangée de deux races

vaincues, isolées et dédaignées au milieu des populations

anglo-saxonnes. Elle a trop de sang français pour devenir américaine.

Elle n'en a pas assez pour conserver et faire respecter sa nationalité!

[Note 10: Cette réflexion manque de justesse. Dans l'Amérique entière, au

sud comme au nord, sur les terrains nouvellement colonisés, les maisons

sont ainsi construites. Rien de plus logique: on a de la place, on les

espace; on est trop pressé de se mettre à l'abri pour songer à élever

un étage sur le rez-de-chaussée.--H.-E. C.].

[Note 11: Faux. Ils ne sont que dissimulés. L'auteur ne les a point

pratiqués. Je renvoie à Poignet-d'Acier.--H.-E. C.]

«Au milieu ou au-dessus de ce petit peuple de fermiers, manoeuvres,

pêcheurs et chasseurs, s'agite la colonie américaine, composée de

marchands de pacotilles, aventuriers, spéculateurs de terrains et de

mines, population d'une âpreté au gain et d'une mobilité extrême, qui

promène sur toute la ligne des bords du lac son existence nomade,

essayant de tout, fondant et abandonnant les villes avec une égale

facilité. Son activité se dépense à escompter, par tous les moyens et

sous toutes les formes possibles, les espérances de richesses que

l'exploitation d'une région presque vierge laisse entrevoir.

Tel se présentait, en 1856, le Sault-Sainte-Marie, tel à peu près il se

montre au moment où nous écrivons; voyons, maintenant, ce qu'il était

une vingtaine d'années auparavant,--à l'époque de notre récit.

Peaux-rouges et Peaux-blanches · 第 9 / 62 题