A JÉROME ET JEAN THARAUD

Mes chers amis,

Avec nos sympathies instinctives et nos répugnances irraisonnées ne

jouons-nous pas un peu comme au boomerang? Je crains qu’elles ne nous

reviennent avant d’avoir touché ceux qu’elles pensent atteindre, et je

ne me flatterai point de forcer votre amitié. Mais depuis le jour où

j’ai lu _La Maîtresse Servante_, l’estime consciente et--si le mot ne

vous offusque pas,--admirative que j’ai pour vous n’a point varié, et il

n’y a que cela qui importe. Je devine dès maintenant que nous ne

suivrons point la même route. Je n’ai réalisé jusqu’à présent, au point

de vue de l’expression de mes sentiments personnels, que la partie

négative de mon œuvre, si ce mot ne vous semble pas trop ambitieux.

Tenterais-je de le faire directement que j’écrirais en polémiste des

romans de revendication sociale de valeur esthétique nulle, ou peu s’en

faudrait. J’attends de me sentir mûr pour les écrire en artiste. Et je

vous sais trop intelligents et trop artistes, vous, pour conclure à

l’identité des sentiments de mes personnages et particulièrement de

Vaneau résigné, et des miens. Mais je souhaiterais que tout le monde

vous ressemblât.

L'héritage · 第 5 / 24 题