--Allons, les gars, tout le monde en bas! ordonna-t-il.
Les hommes se pressèrent vers la trappe. Seul, Pierken manifesta quelque
hésitation, mais il s'en alla tout de même.
--Vous pouvez rester, dit le curé à ces messieurs.
--Bah! ... nous n'avons plus rien à faire ici, opina le bourgmestre.
Il tendit la main au prêtre et se dirigea avec précaution, les jambes
raides, vers l'escalier.
--Attention, M. le baron, ne vous faites pas de mal, s'empressa M. de
Beule, plein d'attentions.
--C'est que ... je ne suis pas ... habitué ... à un escalier aussi
raide, haletait le bourgmestre en descendant les degrés avec des
précautions infinies.
--Est-ce que vous n'avez besoin de rien, M. le curé? demanda encore
M. de Beule.
--Merci, j'ai tout ce qu'il me faut.
A leur tour, M. de Beule et M. Triphon quittèrent le grenier et le
prêtre resta seul avec le suicidé.
En bas, les ouvriers se tenaient en un petit groupe compact, pâles, les
yeux anxieux. Les femmes restaient à distance; elles pleuraient,
apeurées.
--Faut-il mettre en marche, m'sieu? vint demander Bruun à voix basse à
M. de Beule.
--Attendez que M. le curé soit parti, répondit du même ton M. de Beule.
Il donna un pas de conduite au bourgmestre à travers le jardin.
--Quelle est la raison de ce suicide? demanda ce dernier.
--Ça, M. le baron, c'est l'esprit du temps, l'infiltration du venin
socialiste, grommela M. de Beule d'une voix qui tremblait d'indignation.
--Il faudra des mesures énergiques, très très énergiques, pour combattre
ce fléau. Le gouvernement se montre bien trop faible envers ces
malfaiteurs, dit le bourgmestre.
Il tendit la main à M. de Beule et s'en fut en tirant la jambe vers son
château.