RÉPONSE.

Quand Sa Majesté se serait bornée à l'exécution rigoureuse du concordat,

cette transaction mémorable, à laquelle nous devons la liberté et la

publicité du culte _de la religion catholique, apostolique et romaine,

qui est la religion de la grande majorité des citoyens français_, serait

le plus grand bienfait que l'empereur eût pu accorder au clergé et aux

peuples de son empire.

Mais Sa Majesté ne s'en est pas tenue aux obligations qu'elle s'était

imposées par le concordat. Chaque année de son règne a été marquée par

des concessions importantes, qui n'étaient point des conséquences

nécessaires des engagemens qu'elle avait pris avec le souverain pontife,

et qui n'ont pu être suggérées à Sa Majesté que par son respect pour la

religion catholique et son amour pour ses peuples.

Il serait trop long de rapporter toutes ces concessions; nous ne

citerons que les principales.

Dotation des vicaires-généraux et des chapitres; d'abord vingt-quatre

mille, ensuite trente mille succursales pensionnées par l'État; quatre

cents bourses et huit cents demi-bourses fondées dans les divers

diocèses en faveur des études ecclésiastiques; édifices nationaux, ou

sommes considérables accordées à un grand nombre d'évêques pour

l'établissement de leur séminaire; exemption provisoire de la

conscription pour les étudians présentés par l'évêque, comme appelés à

la prêtrise; permission accordée aux ministres de la religion de porter

en public l'habit de leur état; invitation aux conseils-généraux des

départemens de suppléer au traitement des évêques, des vicaires-généraux

et des chapitres, et de pourvoir aux besoins du culte et de ses

ministres; décrets tendans à restituer aux fabriques une partie des

revenus qu'elles avaient perdus; rétablissement des congrégations

religieuses, vouées, par leur institut, à l'enseignement gratuit et au

soulagement de la classe indigente; décret qui donne à ces congrégations

une auguste et puissante protectrice dans la personne de S. A. I. Madame

Mère; secours annuels qu'elles reçoivent du gouvernement, et espérance

d'en recevoir de nouveaux; une retraite honorable ouverte aux évêques

par l'érection du chapitre de Saint-Denis, etc., etc. Tant de faveurs

déjà reçues sont un gage de ce que nous pouvons attendre de

l'attachement de Sa Majesté à la religion catholique, et prouve à toute

l'Europe que, si, par le concordat, elle s'est engagée à rétablir dans

la France la liberté et la publicité du culte de nos pères, elle a saisi

depuis divers moyens et occasions de l'affermir, de le perpétuer, et de

lui rendre de son antique splendeur autant que le permettent les

circonstances.

Nous nous refuserions à l'évidence des faits, si nous ne déclarions pas

que l'état du clergé de France est singulièrement amélioré depuis que le

concordat est en vigueur: mais, après avoir offert à Sa Majesté

l'hommage de notre vive reconnaissance, ne nous serait-il pas permis de

déposer au pied de son trône les voeux qui nous restent à former pour un

plus libre exercice de notre ministère? Si Sa Majesté daignait le

permettre, nous lui adresserions nos humbles remontrances sur divers

objets que nous croyons intéresser la religion et la morale, et par

conséquent le bien général de la société.

Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon, Tome 5 · 第 53 / 71 题