III

Rapport du comte de Nesselrode à l'empereur Alexandre Ier (octobre

1811)[670].

Sire, en résumant d'après les ordres de Votre Majesté les idées que j'ai

eu l'honneur de lui soumettre dimanche, je pense qu'il serait inutile

d'entrer dans une longue énumération des événements qui nous ont

conduits au point où nous nous trouvons actuellement dans nos relations

avec la France. Il suffira de dire qu'elles ne sont plus ce qu'elles

furent après Tilsit et Erfurt, et que même, depuis le commencement de

cette année, les deux puissances se trouvent l'une vis-à-vis de l'autre

dans un véritable état de tension qui a constamment fait présumer que la

guerre éclaterait d'un moment à l'autre. Ce changement a déterminé Votre

Majesté à organiser et à rassembler des moyens de défense considérables.

Ses armées sont plus fortes qu'elles ne furent jamais; elles mettent son

empire à l'abri des suites d'une attaque imprévue, et comme nulle idée

d'agression, même dans un but purement défensif, n'entre dans ses vues,

l'objet de sa politique serait par là même déjà atteint si cette

attitude ne donnait, en appuyant le refus de traiter sur les intérêts de

la maison d'Oldenbourg, une extrême jalousie à l'empereur Napoléon et ne

lui faisait soupçonner des arrière-pensées. Dès lors, elle pourrait

devenir, sinon la cause, du moins le prétexte d'une guerre que Votre

Majesté désirerait éviter tant qu'elle pourra l'être sans que sa dignité

et les intérêts de son empire soient compromis par des sacrifices

incompatibles avec eux. Ce désir se fonde sur des raisons qui sont sans

la moindre réplique, et quand même elles n'existeraient pas, toute

guerre entreprise dans les conjonctures actuelles ne présenterait jamais

les chances d'un succès vu en grand.

[Note 670: Archives de Saint-Pétersbourg.]

Effectivement, il n'est que trop constaté que la destruction de l'ancien

système politique, tous les tristes bouleversements dont nous avons été

témoins, toutes les épouvantables innovations que nous avons vues naître

et se consolider, toutes les vexations que nous éprouvons et tous les

genres de nouveaux orages qui nous font trembler pour l'avenir, sont

l'effet de ces guerres solitaires, précipitées et mal combinées dans

lesquelles, depuis 1792, et surtout depuis 1805, les grandes puissances

se sont jetées, les unes après les autres, par des motifs très justes et

très louables, mais avec des moyens trop peu calculés pour leur assurer

le succès ou pour les garantir au moins contre des revers irréparables.

C'est dans cette catégorie qu'il faudrait malheureusement ranger toute

guerre que nous entreprendrions actuellement. Mais d'après tout ce qui

s'est passé, d'après les déclarations positives de l'empereur Napoléon

dans la conversation du 15 août, nous ne pourrions nous flatter de

l'éviter qu'en acceptant la négociation qu'on nous offre. Continuer à

nous y refuser serait, en mettant les torts apparents de notre côté,

autoriser, en quelque sorte, ses préparatifs contre nous. Ceux-ci

exigeraient que nous augmentassions les nôtres. La crise prendrait tous

les jours un caractère plus alarmant, et la guerre deviendrait à la fin

le seul moyen d'en sortir. L'objet réel de la négociation doit être de

nous faire connaître si le désir que l'empereur Napoléon témoigne de

s'arranger est sincère, s'il ne le met en avant en toute occasion que

parce qu'il voit que nous y répugnons, ou si, en effet, il ne croit pas

le moment venu d'exécuter contre nous des projets dont malheureusement

l'existence est constatée par de trop irrécusables indices. Dans cette

dernière hypothèse, il serait possible de profiter de l'état actuel des

choses pour parvenir à un arrangement dont le fond et les formes

tendraient également à améliorer notre situation présente et à nous

assurer un intervalle de repos qui, sagement employé, préparerait des

avantages bien plus solides que quelque bataille gagnée aujourd'hui

contre les Français. À cet effet, il faudrait saisir sans hésitation et

de la meilleure grâce le moyen qu'on nous offre de terminer les

différends actuels et envoyer le plus tôt possible à Paris un homme qui

fût capable de conduire une affaire aussi importante, qui jouît de toute

la confiance de Votre Majesté et qui, connaissant à fond ses intentions,

pût être muni du pouvoir de conclure tout ce qui serait d'accord avec

elles, en même temps qu'il entrerait vis-à-vis de l'empereur Napoléon

dans des explications franches et précises, telles qu'elles ne lui ont

guère été données jusqu'ici que par le duc de Vicence, ce qui n'a

produit que peu d'effet parce qu'il ne se voit pas obligé de les

regarder comme officielles. Il est à regretter que cette marche n'ait

point été adoptée dès le printemps où les revers qui épuisèrent les

armées françaises en Espagne auraient rendu l'empereur Napoléon plus

coulant sur les termes d'un semblable arrangement; mais les succès

brillants que le général Kutuzof vient de remporter en Turquie ont

réparé ce mal, et si, comme il est à espérer, une paix honorable et

modérée en devient le résultat, le moment présent sera peut-être plus

propice encore. Toute démarche pacifique faite après cette paix ne peut

manquer de produire un bon effet et de détruire l'appréhension qu'on

paraît nourrir en France que nous n'attendons que ce résultat pour

éclater.

Les principaux objets dont il peut être question dans cette négociation

sont:

1. Les intérêts des ducs d'Oldenbourg;

2. La diminution des forces respectives sur la frontière;

3. La situation présente et future du duché de Varsovie;

4. La situation présente et future de la Prusse;

5. Les relations commerciales de la Russie.

1° Je place en première ligne les affaires d'Oldenbourg, non point que

ce point soit d'une importance supérieure en comparaison des autres,

mais parce que c'est le seul qui jusqu'ici ait été mis en avant comme un

grief contre le gouvernement français, et que la dignité de Votre

Majesté exige qu'on lui donne réparation pour l'injure faite à des

princes alliés de sa maison. Cependant, comme nous n'avons pu ni voulu

protester contre la mesure générale dans laquelle le territoire de ces

princes est compris, et que, sans une guerre heureuse avec la France,

nous ne pourrions nous flatter de l'amener à une restitution pure et

simple du duché d'Oldenbourg, il ne nous reste qu'à accepter le principe

d'un dédommagement. Mais le choix en est difficile. Erfurt ou tout autre

territoire situé au milieu de la Confédération du Rhin serait

insuffisant et continuellement exposé au sort que le duché d'Oldenbourg

vient d'éprouver. Au reste, la France n'a rien de disponible, et Votre

Majesté professe une politique trop libérale pour vouloir que l'on

dépouille qui que ce soit. La seule manière d'arranger cette affaire

serait donc d'échanger nos droits sur l'Oldenbourg, à la cession

desquels l'empereur Napoléon tient infiniment, contre tels sacrifices

qui prouveraient qu'il veut réellement la paix, en un mot contre des

arrangements, tels qu'ils seront exposés plus bas.

2° La diminution des forces respectives sur la frontière.

Loin de moi l'idée d'affaiblir en quoi que ce soit notre position

militaire ou de désirer que l'on cessât les sages travaux ordonnés pour

l'établissement d'un nouveau système de fortifications! Mais tout en

retirant de nos frontières une partie de nos forces, nous conserverions

toujours la faculté de les placer en échelons dans des positions où

elles seraient à portée de se concentrer et d'arriver à temps sur le

point menacé toutes les fois que les dispositions de la France nous

annonceraient une attaque prochaine, un danger réel. En se portant, par

conséquent, à une réciprocité parfaite de mesures, nous accorderions peu

et gagnerions beaucoup, car si l'empereur Napoléon a la volonté sérieuse

de faire cesser la crise actuelle, il ne peut guère se refuser:

1° À une réduction effective de la garnison de Dantzig, accompagnée de

quelque stipulation qui en fixerait le minimum;

2° À l'engagement de ne pas envoyer de troupes françaises dans le duché

de Varsovie.

Si on pouvait y ajouter une troisième stipulation par laquelle l'armée

du duché serait limitée à un nombre plus conforme aux moyens pécuniaires

de cet État, ce serait sans doute un avantage. Il n'y aurait, il me

semble, aucun inconvénient de le tenter.

3° Je n'ai jamais attaché un grand prix à une déclaration formelle ou à

un traité par lequel l'empereur Napoléon s'engagerait à abandonner une

fois pour toutes ce qu'on appelle _le rétablissement de la Pologne_, car

tant que nous serons en paix avec lui, il n'y songera pas, et si la

guerre a lieu, aucune convention ne l'en empêcherait. Cependant, comme

dans plusieurs occasions il s'est prononcé à cet égard d'une manière

très positive, on pourrait toujours en prendre acte pour insérer dans le

traité un article renfermant cette déclaration, bien entendu qu'il ne

nous soit pas mis en ligne de compte pour plus qu'il ne vaut, qu'il ne

serve pas de prétexte pour être moins facile sur d'autres d'un plus

grand intérêt, car le seul avantage réel qui en résulterait serait

peut-être l'effet qu'il pourrait produire sur l'esprit des Polonais.

4° Je regarde comme beaucoup plus important et même comme l'objet le

plus essentiel de l'arrangement un article qui assurerait pour quelque

temps l'existence politique de la Prusse. Votre Majesté ne peut être

indifférente au sort d'une puissance que, malgré l'état

d'affaiblissement où elle se trouve, on doit toujours envisager soit

comme l'avant-garde des forces avec lesquelles Napoléon envahira tôt ou

tard la Russie, soit comme celle que la Russie opposera à ses projets.

Le but véritable de l'arrangement, celui même qu'il faudrait hautement

prononcer vis-à-vis de la France, étant le maintien de la tranquillité

générale, toute stipulation à cet égard serait nécessairement vaine et

sans effet, si le territoire prussien ne devenait pas libre. La France a

déclaré que toute invasion de notre part dans le duché de Varsovie

amènerait la guerre; pourquoi n'y répondrions-nous pas que toute attaque

de la sienne contre la Prusse, tout envoi de troupes dans ce pays au

delà du nombre fixé par les traités pour les garnisons des places de

l'Oder équivaudrait à une déclaration de guerre? D'ailleurs, on ne

demanderait à la France que de remplir scrupuleusement les engagements

qu'elle a contractés en 1808 vis-à-vis de la Prusse et qui sont moins

avantageux que ce que le traité de Tilsit stipule en faveur de ce pays.

Elle ne ferait autre chose que de s'engager également envers nous à

évacuer les places de l'Oder à fur et à mesure que le gouvernement

prussien s'acquitterait de l'arriéré de ses contributions, et, comme

plus de la moitié en est payé, Glogau devrait être immédiatement

restitué. Pour faciliter à la Prusse les moyens de se libérer envers la

France, on pourrait peut-être tirer parti de l'article du traité de

Tilsit qui stipule en sa faveur une cession de trois cent mille âmes

dans le cas où le pays d'Hanovre ne serait pas rendu à l'Angleterre. La

France ayant disposé de ce pays, je ne sais pas pourquoi on lui ferait

grâce de cet article, à elle qui jamais ne fait grâce de rien. Tout ce

qui peut, en général, faire cesser le prétexte sous lequel l'empereur

Napoléon occupe encore les places de l'Oder est bon et ne saurait se

plaider avec trop d'énergie. Ce ne sera que lorsqu'il n'y aura plus de

troupes françaises sur son territoire que la Prusse recouvrera la

possibilité de prendre, dans toutes les circonstances, un parti conforme

à ses vrais intérêts, et, comme c'est à nous qu'elle en sera redevable,

il faut espérer qu'elle ne suivra d'autre direction que celle que les

dispositions de sa nation et surtout de l'armée semblent déjà

actuellement lui indiquer.

5º Les relations commerciales de la Russie.

Votre Majesté s'étant refusée aux dernières instances de Napoléon

relativement aux nouvelles extensions du soi-disant système continental,

à l'adoption du tarif de Trianon[671], à l'exclusion des neutres, elle

ne saurait se relâcher sur aucun de ces points. Ce refus, comme tout ce

qui tend à distinguer la Russie de cette foule de faibles alliés

aveuglément soumis aux volontés arbitraires et capricieuses de la

France, était honorable et bien calculé, et plutôt la rupture de la

négociation et peut-être même la guerre que quelque stipulation qui nous

empêcherait de persévérer dans le système que nous avons suivi cette

année à l'égard du commerce!

[Note 671: Tarif portant un droit de 50 pour 100 sur les

marchandises coloniales.]

Voilà les bases sur lesquelles la négociation doit s'établir et sur

lesquelles doit être fondé l'arrangement qui en serait le résultat. Mais

supposé qu'il réussisse de la manière la plus satisfaisante, il y a

encore un point capital qui est presque à envisager comme la clef de la

voûte: _que l'Autriche soit invitée à le garantir_.

L'empereur Napoléon ayant lui-même offert cette garantie[672], ne

pourrait pas justement la décliner. La cour de Vienne aurait les

meilleures raisons de s'y prêter, et il n'en résulterait que de grands

avantages pour elle comme pour nous.

[Note 672: Allusion sans doute à la garantie réciproque que Napoléon

avait proposée en 1809 entre la France, la Russie et l'Autriche.]

La Russie et l'Autriche, c'est-à-dire les deux seules puissances

continentales dont aujourd'hui la réunion produirait encore un

contre-poids efficace à l'énorme pouvoir de la France, se trouveraient

pour la première fois depuis six ans unies non seulement par un intérêt

commun, car celui-là n'a jamais cessé d'exister, mais par un lien

positif et avoué. Il n'y a pas dans tout le cercle des rapports

politiques un objet sur lequel les intérêts bien entendus des deux

puissances ne soient pas absolument d'accord. Je n'en excepte pas même

les affaires de la Turquie, car, quoique relativement à ce seul article

on puisse concevoir une diversité de vues entre elles, considération qui

ajoute un si puissant motif à tous ceux qui doivent faire désirer un

prompt dénouement de la guerre de Turquie, je n'en suis pas moins

convaincu qu'un véritable homme d'État en Russie sacrifierait dans les

circonstances actuelles un grand avantage local plutôt que de

mécontenter l'Autriche, tout comme un véritable homme d'État en Autriche

consentirait à des résultats généralement contraires à son système

plutôt que de s'aliéner la Russie ou de voir porter atteinte à sa

considération par une paix conclue sur des bases trop différentes de

celles qui jusqu'ici ont été mises en avant. Cette paix aurait l'immense

avantage d'écarter entre la Russie et l'Autriche tous les motifs de

jalousie qui peuvent subsister, tandis que l'acte de garantie du traité

conclu avec la France légaliserait, pour ainsi dire, entre elles des

communications confidentielles et suivies, et habituerait les deux cours

à penser et à agir dans le même sens pour tous les grands intérêts de

l'Europe et deviendrait le germe d'une alliance formelle dont le but

serait de stipuler et les mesures qu'il y aurait à opposer aux atteintes

que la France pourrait porter à l'arrangement garanti, et les secours

qu'il faudrait mutuellement se prêter. Je regarde un concert entre ces

deux puissances comme la seule planche de salut qui soit restée après

tant de naufrages; si d'ici à quelque temps il n'est point solidement

établi et que l'Autriche ne trouve pas moyen de rétablir ses finances et

son armée pour qu'il ne soit pas sans force et par conséquent sans

utilité, c'en est fait de nos dernières espérances, tout périt sans

retour. L'effet le plus funeste d'une explosion prématurée entre la

France et la Russie serait de rendre ce concert impossible; le plus

grand bienfait d'un arrangement pacifique sera de le préparer et de le

favoriser.

Pendant l'époque de paix plus ou moins raffermie qui suivrait un

arrangement pareil, la Russie et l'Autriche auraient, l'une et l'autre,

le temps de s'occuper de leur intérieur, de rétablir leurs finances et

leurs armées. Leur union et leur confiance mutuelle faciliteraient ces

opérations. Dans les conjonctures les plus périlleuses, c'est beaucoup

que de savoir que tous les plans, toutes les démarches, tous les

efforts, n'ont à prendre qu'une seule direction, de pouvoir compter sur

un voisin fidèle, de ne plus craindre de diversion sur nos flancs,

d'être bien convaincu que les progrès que ces deux puissances feraient

pour la restauration de leurs forces ne donneraient de jalousie qu'à

celui qu'au fond de leur pensée elles regardent comme leur seul ennemi.

Si dans cet intervalle de paix l'empereur Napoléon se portait à quelque

nouvel envahissement, la Russie et l'Autriche trouveraient dans l'acte

de garantie un prétexte légal de s'y opposer, et le jour où ces deux

puissances oseront pour la première fois avouer les mêmes principes et

faire entendre le même langage au gouvernement français, sera celui où

la liberté de l'Europe renaîtra de ses cendres. Ce sera l'avant-coureur

de la résurrection d'un équilibre politique sans lequel, quoi qu'on

fasse, la dignité des souverains, l'indépendance des États et la

prospérité des peuples ne seront que de tristes souvenirs.

C'est ainsi que, d'une mesure bien calculée, résulterait une foule

d'avantages, et que Votre Majesté, en conjurant l'orage, verrait sortir

des fruits de sa sagesse les germes d'un véritable état de paix qui,

s'il est compatible avec l'existence de l'empereur Napoléon, ne

pourrait, dans l'état déplorable où se trouvent toutes les puissances,

tant sous le rapport moral que sous celui de leurs moyens physiques,

être obtenu que de cette manière.

On objectera peut-être que tous ces beaux rêves, n'étant bâtis que sur

la bonne foi du gouvernement français, s'évanouiront du moment où l'on

s'apercevrait qu'en offrant de négocier il n'a voulu que cacher son jeu,

gagner du temps ou nous tendre un piège. Mais même si tel était le cas,

nous n'aurions encore rien perdu, en nous prêtant à ces démonstrations

pacifiques. La guerre n'ayant point été déclarée au printemps, tout

délai doit tourner en notre faveur. Le moment actuel, malgré tout ce

qu'on peut dire sur la guerre d'Espagne, serait un des plus funestes que

nous pourrions choisir. L'ancienne règle qui veut que telle chose que

notre adversaire paraît éviter doit par cela même nous convenir, n'est

pas admissible sans restriction. Mon adversaire peut avoir de très

bonnes raisons pour ne pas vouloir aujourd'hui ce qui n'en sera pas

moins en dernier résultat entièrement à son avantage. Je crois n'avoir

besoin de donner aucun développement à ce raisonnement, les idées de

Votre Majesté sur l'utilité d'éviter la guerre m'ayant paru entièrement

fixées, comme en général sur les moyens d'y parvenir. À ceux que j'ai

osé lui soumettre, elle a objecté qu'en vidant les différends actuels

par un arrangement, le grief que la France nous a donné par la réunion

d'Oldenbourg disparaîtrait, et qu'elle voudrait s'en réserver un afin

d'en profiter pour rouvrir ses ports dans telle circonstance où

l'empereur Napoléon se trouverait hors d'état de lui faire la guerre

pour cette seule raison. Je pense qu'à cet égard Votre Majesté Impériale

pourrait s'en remettre au caractère connu de ce souverain, qui

certainement ne tarderait pas à lui fournir de nouveaux sujets de

plainte et de récrimination. D'ailleurs, ses engagements avec lui ne

sont pas éternels, et si d'ici à quelque temps ils ne produisent pas sur

l'Angleterre l'effet qu'il se flatte vainement d'en obtenir, Votre

Majesté aurait toujours le droit de déclarer à la France qu'elle ne

saurait sacrifier davantage les intérêts de son empire à une idée qu'une

expérience de six ans a prouvé n'être qu'une chimère. Personne ne

saurait voir dans cette déclaration une violation des traités, et si

d'ici à cette époque nous sommes parvenus à consolider nos mesures de

défense et à leur donner l'étendue et la perfection qu'elles doivent

avoir tant que vivra Napoléon, je doute même qu'elle puisse amener la

guerre.

Napoléon et Alexandre Ier (3/3) L'alliance russe sous le premier Empire · 第 70 / 102 题