De la Flèche.
Quelle est cette frêle jeune fille, au teint pâle, aux longs cheveux
blonds! Assise sur le sommet d’une colline, le front appuyé sur sa main,
elle suit, d’un regard mélancolique, à travers les prairies, le Loir,
dont le cours sinueux semble être l’image des méandres de sa pensée;
puis, détachant ses yeux de ce spectacle magnétique, elle relève la
tête et arrête sa vue sur les tours imposantes du collége militaire,
bâti par le roi populaire, par le bon Henri, et sa pâleur s’efface, sa
tristesse s’envole, car les rêves de son imagination, les pressentiments
de son âme se dissipent au souvenir de cette éclatante mais douce et
pure gloire qui, comme un baume bienfaisant, a rasséréné son cœur
alarmé. Malheureuse jeune fille aux nobles pensées, aux instincts
généreux, orpheline, sans parents, sans appui, tu n’as, pour défier
l’avenir, que ta mère, pauvre veuve, avant le temps, d’un brave
militaire; que ta mère énervée par la douleur.
Mais rien n’est si fécond que les pleurs d’une mère!
L’enfant sentit bientôt, sous leur rosée amère
Sa raison s’épurer, son âme s’agrandir.
Nue et morne à ses yeux apparut l’existence;
Et, pour encourager sa mère à la souffrance,
Elle se hâta de souffrir.
Mais sur cette existence menacée par un sombre avenir luit tout d’un
coup une vive lumière: la Bienveillance, sous les traits d’une femme
poète[Q], éveille de nombreuses sympathies en faveur de la jeune muse
abandonnée, attire sur elle l’attention de personnages puissants.
Bientôt, grâce à cette intervention généreuse, la pauvre Marie, délivrée
de ses noirs pressentiments, rassemble ses poésies, feuilles éparses
qu’elle avait écrites sous de pénibles impressions, et, le cœur gros
d’attendrissement et de reconnaissance, elle peut inscrire sur leur
frontispice cette dédicace expansive:
_Ce livre est la première, la seule richesse que je possède en ce monde;
qu’_ELLE[R] _me laisse le lui offrir_, ELLE _qui a délivré mon âme de
ses douloureuses préoccupations, en répandant la sécurité pour l’avenir
et la douce quiétude du présent sur les vieux jours de ma mère bien
aimée_.
Les préludes sont empreints d’une tristesse maladive, apanage funeste de
ces organisations délicates qui, à leur entrée dans la vie, sont si
brutalement étreintes par la misère et la douleur qu’elles se croient
fatalement appelées à subir ce double joug. On reconnaît la trace du
malheur dans cette pièce touchante: _Si je mourais!_...