A Madame Adrien de Vivens.
Agen dort, et l’aube va poindre;
Le bateau a sonné,
Partons vite sans bruit sur l’onde qui verdoie;
On m’a tellement instigué
A aller voir Paris que j’en brûle d’envie.
C’est vrai, mes amis ont raison;
Avant que sur ma tête les ans viennent s’entasser,
Il faut voir, au moins une fois, la ville des villes;
Là on ne parle pas gascon,
Mais cela ne m’arrête guère.
Aujourd’hui l’homme part seul, et le poète reste;
Je te quitte, muse; adieu pour tout le mois de mai;
Je t’ai juré amour pour la vie;
Mais l’amour ne perd rien si un moment on se quitte;
Quand on se revoit après on s’aime davantage!
Comme nous descendons lentement!
Le bateau a des ailes, nous volons!
Voici Tourneins! Voici Marmande!
Voici Bordeaux, la ville grande,
Au front doré, aux yeux riants,
A la ceinture de bâtiments!
Oh! mais passons, passons Bordeaux l’ensorceleur;
Grandes villes, grands ponts qui vous dressez partout
Aujourd’hui, sur mon chemin, je passe comme l’éclair;
On ne s’arrête pas quand Paris est au bout.
D’un autre jour voici l’aurore....
Devant moi quelque chose luit!
Que de maisons! que de clochers!
Oh! bon Dieu! quelle ville! oh! bon Dieu! comme elle grandit!
Une foule en sort, l’autre s’y précipite;
Sainte Croix! épargnons la vie!
C’est Paris!... je suis dans Paris.