Elle soupira:--«Je n'peux pas, not' maître.» Et il tourna les talons.
Elle se crut débarrassée et passa le reste du jour à peu près
tranquille, mais aussi rompue et exténuée que si, à la place du vieux
cheval blanc, on lui eût fait tourner depuis l'aurore la machine à
battre le grain.
Elle se coucha sitôt qu'elle le put et s'endormit tout d'un coup.
Vers le milieu de la nuit, deux mains qui palpaient son lit la
réveillèrent. Elle tressauta de frayeur, mais elle reconnut aussitôt la
voix du fermier qui lui disait:--«N'aie pas peur, Rose, c'est moi qui
viens pour te parler.» Elle fut d'abord étonnée; puis, comme il essayait
de pénétrer sous ses draps, elle comprit ce qu'il cherchait et se mit à
trembler très fort, se sentant seule dans l'obscurité, encore lourde de
sommeil, et toute nue, et dans un lit, auprès de cet homme qui la
voulait. Elle ne consentait pas, pour sûr, mais elle résistait
nonchalamment, luttant elle-même contre l'instinct toujours plus
puissant chez les natures simples, et mal protégée par la volonté
indécise de ces races inertes et molles. Elle tournait sa tête tantôt
vers le mur, tantôt vers la chambre, pour éviter les caresses dont la
bouche du fermier poursuivait la sienne, et son corps se tordait un peu
sous sa couverture, énervé par la fatigue de la lutte. Lui, devenait
brutal, grisé par le désir. Il la découvrit d'un mouvement brusque.
Alors elle sentit bien qu'elle ne pouvait plus résister. Obéissant à une
pudeur d'autruche, elle cacha sa figure dans ses mains et cessa de se
défendre.
Le fermier resta la nuit auprès d'elle. Il y revint le soir suivant,
puis tous les jours.
Ils vécurent ensemble.
Un matin, il lui dit:--«J'ai fait publier les bans, nous nous marierons
le mois prochain.»
Elle ne répondit pas. Que pouvait-elle dire? Elle ne résista point. Que
pouvait-elle faire?