La barrière restera par terre jusqu'à ce que le cheval la passe

sans hésitation; on l'élèvera ensuite de quelques centimètres, en

augmentant progressivement la hauteur jusqu'au point que l'animal

pourra franchir sans de trop violents efforts. Dépasser cette juste

limite, serait s'exposer à faire naître chez le cheval un dégoût

que l'on doit éviter avec un grand soin. La barrière ainsi élevée

avec ménagement devra être fixée pour que le cheval, disposé à

l'apathie, ne se fasse pas un jeu d'un obstacle qui ne serait plus

sérieux dès l'instant où le contact de ses extrémités suffirait

pour le renverser. La barrière ne devra être recouverte d'aucune

enveloppe propre à diminuer sa dureté; l'on doit être sévère

lorsqu'on exige des choses possibles, et éviter les abus

qu'entraîne toujours une complaisance irréfléchie.

Avant de se préparer à sauter, le cavalier se soutiendra avec assez

d'énergie pour que son corps ne précède pas le mouvement du cheval.

Ses reins seront souples, ses fesses bien fixées sur la selle, ses

cuisses et ses jambes enveloppant exactement le corps du cheval,

afin qu'il n'éprouve ni choc ni réaction violente. La main, dans sa

position naturelle, tiendra les rênes de manière à sentir la bouche

du cheval pour juger des effets d'impulsion. C'est dans cette

position que le cavalier conduira l'animal sur l'obstacle; si

celui-ci y arrive avec la même franchise d'allure, une légère

opposition des mains et des jambes facilitera l'élévation de

l'avant-main et l'élan de l'extrémité postérieure. Dès que le

cheval est enlevé, la main cesse son effet, pour se soutenir de

nouveau lorsque les jambes de devant arrivent sur le sol, afin de

les empêcher de fléchir sous le poids du corps.

On se contentera d'exécuter quelques sauts en harmonie avec les

ressources du cheval, et on évitera surtout de pousser la bravade

jusqu'à vouloir contraindre l'animal à franchir des obstacles

au-dessus de ses forces. J'ai connu de très-bons sauteurs qu'on est

parvenu à rebuter ainsi pour toujours, et que nuls efforts ne

pouvaient plus décider à franchir des hauteurs ou des distances de

moitié inférieures à celles qu'ils sautaient aisément dans le

principe.

Je viens recommander un procédé plus efficace, plus méthodique pour

apprendre à tous les chevaux à mieux sauter. Je fais tenir par deux

hommes, loin du mur, une barre _nue_, à 6 pouces du sol. Le

cavalier marche au pas vers cette barre, et au moment où le cheval,

aidé par son cavalier, franchit, les deux hommes _élèvent la barre

de 6 pouces_. Je fais recommencer jusqu'à ce que le cheval

franchisse la barre sans la toucher, malgré l'exhaussement répété à

chaque saut. Alors je fais tenir la barre à un pied au-dessus du

sol, et, comme précédemment, elle sera élevée de 6 pouces au moment

du saut. Dès que le cheval sera habitué à franchir cette nouvelle

hauteur, je fais graduellement tenir la barre 6 pouces plus haut,

en la faisant exhausser de 6 pouces à chaque saut, et j'arrive,

après quelques leçons données avec la gradation précitée, à faire

sauter à tous les chevaux, _en hauteur_, des obstacles qu'ils

n'auraient jamais pu franchir. Ce procédé simple et bien appliqué

sera utile même aux chevaux exceptionnels, tels que les chevaux de

steeple-chase, en leur apprenant à mieux revenir sur eux pour

prendre le temps, et il rendra les chutes moins fréquentes et moins

dangereuses.

XXV

DU PIAFFER.

Tous les chevaux peuvent piaffer régulièrement; mais ils ne

peuvent, tous, avoir la même élévation, la même élégance. Je

distingue trois genres de piaffer: le piaffer lent, le piaffer

précipité, le piaffer dépité. Le piaffer est régulier, lorsque

chaque bipède diagonale se lève et retombe sur le sol à des

intervalles égaux. L'animal ne doit pas se porter plus sur la main

que sur les jambes du cavalier, afin de conserver la justesse de la

balance hippique.

Lorsque le cheval est préparé par le rassembler, il suffit, pour

amener un commencement de piaffer, de communiquer au cheval, avec

les jambes, une vibration légère d'abord, mais souvent réitérée.

J'entends par vibration une surexcitation de forces, que le

cavalier doit toujours régler.

Une fois la mobilité des jambes obtenue, on pourra commencer à en

régler, à en distancer la cadence. Ici encore, je chercherais

vainement à indiquer avec la plume le degré de délicatesse

nécessaire dans les procédés du cavalier, puisque ses effets

doivent se reproduire avec une grande justesse et un à-propos sans

égal. C'est par l'appui alterné des deux jambes qu'il arrivera à

prolonger les balancements du corps du cheval, de manière à le

maintenir plus longtemps sur l'un ou l'autre bipède. Il saisira le

moment où le cheval se préparera à prendre son appui sur le sol,

pour faire sentir la pression de sa jambe du même côté et augmenter

l'inclinaison de l'animal dans le même sens. Si ce temps est bien

saisi, le cheval se balancera lentement, et la cadence acquerra

cette élévation si propre à faire ressortir toute sa noblesse et

toute sa majesté. Ces temps de jambes sont difficiles et demandent

une grande pratique; mais leurs résultats sont trop brillants pour

que le cavalier ne s'efforce pas d'en saisir les nuances.

Le mouvement précipité des jambes du cavalier accélère aussi le

piaffer. C'est donc lui qui règle à volonté le plus ou moins de

vitesse de la cadence. Le travail du piaffer n'est brillant et

complet que lorsque le cheval l'exécute sans répugnance, ce qui a

toujours lieu quand l'harmonie du poids et des forces, utile à la

cadence, se conserve.

XXVI

DIVISION DU TRAVAIL.

Je viens de développer tous les moyens à employer pour compléter

l'éducation du cheval; il me reste à dire comment l'écuyer devra

diviser son temps pour lier entre eux les divers exercices et pour

passer du simple au composé. 50 jours de travail à 2 leçons par

jour d'une demi-heure, trois quarts d'heure au plus suffiront pour

amener le cheval le plus neuf à exécuter régulièrement tous les

exercices qui précèdent. Je tiens à deux courtes leçons, l'une le

matin, l'autre dans l'après-midi; elles sont nécessaires pour

obtenir d'excellents résultats. On dégoûte un jeune cheval en le

tenant trop longtemps sur des exercices qui le fatiguent d'autant

plus que son intelligence est moins préparée à comprendre ce qu'on

exige de lui.

Je conseille de donner deux courtes leçons par jour, parce que,

selon moi, un intervalle de vingt-quatre heures entre chaque leçon

est trop long pour que l'animal puisse bien se rappeler le

lendemain ce qu'il a appris la veille.

En établissant l'ordre du travail tel qu'il se trouve dans le

tableau annexé ci-après, il est bien entendu que je me base sur les

dispositions des chevaux en général; un écuyer, doué de quelque

tact, comprendra bien vite les modifications qu'il devra apporter

dans la pratique, suivant la nature particulière de son élève. Tel

cheval, par exemple, exigera plus ou moins de persistance dans les

flexions; tel autre dans le reculer; avec le cheval froid et

apathique, il faudra employer l'éperon avant le temps que j'ai

indiqué. Tout ceci est affaire d'intelligence; ce serait offenser

mes lecteurs que de les supposer incapables de suppléer aux détails

qu'il est d'ailleurs impossible de préciser. On comprend facilement

qu'il existe des chevaux irritables et mal conformés dont les

dispositions défectueuses ont été accrues par l'influence d'une

mauvaise éducation première. Avec de tels sujets, on devra

nécessairement mettre plus de persistance dans le travail des

assouplissements et du pas. Dans tous les cas, quelles que puissent

être les modifications légères que nécessitent les différences dans

les dispositions des sujets, je persiste à dire qu'il n'est pas de

chevaux dont l'éducation ne puisse être faite, en un mois et demi,

deux mois. Ce temps suffira toujours pour donner aux forces du

cheval l'aptitude nécessaire à l'exécution de tous les mouvements;

le fini de l'éducation dépendra ensuite de la justesse de tact du

cavalier.

ÉDUCATION DU CHEVAL

GRADATION DU TRAVAIL.

Première Leçon à pied.

TRAVAIL DE LA CRAVACHE.

Flexion de la mâchoire: 1º avec les rênes de la bride et du bridon

d'un seul côté, le bridon en avant; 2º avec les deux rênes de la

bride et du bridon; 3º avec les rênes du filet croisées sous le

menton.

Flexion d'encolure: 1º avec le mors; 2º avec le bridon; 3º avec la

bride; 4º flexion directe avec le bridon et avec la bride.

Mobilisation de la croupe à l'aide de la cravache.

Reculer.

Monter à cheval et en descendre; répéter cet exercice jusqu'à ce

que le cheval soit sage au montoir.

2 jours, 2 leçons par jour, de 3/4 d'heure.

Deuxième Leçon.

Répétition du travail précédent. Pas de côté avec la cravache.

LEÇON DU MONTOIR.

Flexion directe de la tête, ou ramener avec le filet d'abord, puis

avec la bride, sans jambes, puis avec les jambes. Flexion de

l'encolure avec le filet et avec la bride. Flexions latérales de la

croupe. Reculer un pas d'abord. Marcher au pas sur des lignes

droites, à main droite et à main gauche avec le filet.

3 jours, 2 leçons par jour, de 3/4 d'heure.

Troisième Leçon.

Répétition du travail précédent en restant moins de temps sur

chaque exercice. Epaule en dedans, à pied avec la cravache.

En place: ramener avec l'aide des jambes. Au pas, mise en main.

Changements de main. Doublers et demi-voltes ordinaires. Terminer

les doublers et les changements de main par deux pas de côté.

Demi-pirouette renversée, en deux temps.

Au trot: ramener. Doubler et changer de main. Reculer plusieurs

pas.

6 jours, 2 leçons par jour, de 3/4 d'heure.

Quatrième Leçon.

Répétition des exercices précédents.

Ramener en place avec l'appui de l'éperon rond ou effets

d'ensemble.

Voltes et demi-voltes au pas et au trot. Serpentine.

Contre-changements de main.

Terminer les changements de direction par 4, 5 et 6 pas de côté.

Commencement de pirouette ordinaire.

Descente de main et de jambes.

Travail individuel.

1/4 de flexion d'encolure en marchant.

6 jours, 2 leçons par jour, de 3/4 d'heure.

Cinquième Leçon.

Répétition du travail précédent.

Ramener complet sur les attaques[10].

Changement de main sur deux pistes.

Demi-voltes sur deux pistes.

Contre-changement de main sur deux pistes.

Changement de main renversé.

Pirouettes renversées et ordinaires entières.

Tête au mur, épaule en dedans, 5 ou 6 pas.

Commencement de piaffer ou rassembler, avec la cravache, ou la

chambrière, à pied, puis à cheval.

Départs au galop à main droite et à main gauche, les deux derniers

jours.

6 jours, 2 leçons par jour, de 3/4 d'heure.

[10] L'appui de l'éperon et les attaques comme moyen de

concentration ne doivent se pratiquer qu'avec des molettes rondes

ou peu piquantes; il serait dangereux de les employer dans le

dressage du cheval de troupe. Le soldat ne doit se servir de

l'éperon que pour porter son cheval en avant, lorsqu'il résiste à

la pression des jambes.

Sixième Leçon.

Répétition des leçons précédentes en exigeant plus de précision et

de régularité.

Pas de côté au trot, trois pas d'abord.

Reculer dans toute la longueur du manége.

Changement de direction au galop.

Galop à droite et à gauche à la même main, les deux derniers jours.

5 jours, 2 leçons par jour, de 3/4 d'heure.

Septième Leçon.

Répétition des précédents exercices.

Passer du trot au galop _et vice versâ_

Marcher au trot et arrêter.

Temps d'arrêt au galop.

Changement de pied.

8 jours, 2 leçons par jour, de 3/4 d'heure.

Huitième Leçon.

Pas de côté au trot et au galop.

Changement de pied à la même main.

Passer du galop ordinaire au galop allongé _et vice versâ_.

Galop allongé et arrêter. Pirouette ordinaire après l'arrêt et

repartir au galop.

Saut du fossé et de la barrière.

6 jours, 2 leçons par jour, de 3/4 d'heure.

Pour la cavalerie.

Travail en reprise sur des indications.

Habituer les chevaux au sabre et aux bruits de guerre.

Travail avec le sabre.

Répéter les exercices, les chevaux chargés et paquetés.

7 jours, 2 leçons par jour, de 3/4 d'heure.

XXVII

MA MÉTHODE HORS DU MANÉGE.

Quelques amateurs qui n'ont pratiqué ma méthode que

superficiellement, bien que satisfaits des résultats obtenus au

manége, sont surpris de ne plus trouver la première fois au dehors

la même légèreté et le même calme. Aussitôt ils s'écrient: «La

méthode bonne pour le manége est inefficace quand le cheval est en

plein air. Des résistances inattendues surgissent, l'animal a peur,

il s'éloigne des objets qu'il rencontre, son action est plus

considérable et sa gaieté devient inquiétante pour le cavalier.» De

conséquence en conséquence, ils trouvent dans la méthode une lacune

à l'abri de laquelle ils masquent leur peu d'habileté ou de

sang-froid équestre.

Il est évident qu'au milieu de bruits et d'objets nouveaux, avec de

l'espace devant eux, tous les chevaux, quel que soit d'ailleurs le

fini de leur éducation de manége, seront surpris les premières fois

qu'on les montera en plein air. Leurs sens, leur instinct,

surexcités par des sensations inconnues, seront en outre soumis à

l'action enivrante de l'air libre. Les résistances instinctives,

manifestées au commencement de l'éducation, surgiront en partie de

nouveau, effrayeront le cavalier pusillanime qui, dans le cheval

qu'il croyait soumis, ne trouve plus qu'un animal fantasque et sans

légèreté. «Méthode impuissante!» s'écrie-t-il.

Voyons donc si le reproche est fondé; le raisonnement l'aura

bientôt réduit à sa juste valeur.

Disons d'abord que nous avons vu des chevaux, très-francs d'allure

dans les rues et sur les routes, devenir très-inquiets en entrant

dans un manége et perdre subitement la grâce et la facilité de

leurs mouvements. A plus forte raison, un cheval, dressé entre les

quatre murs d'un manége, doit-il être plus ou moins impressionné

quand on le conduit, sans transition, au milieu de mille objets

inconnus. Mais, qu'est-ce à dire?

Croyez-vous qu'il soit plus facile de porter un cheval sur un objet

quelconque, de modérer sa frayeur ou sa fougue, quand il dispose

librement de ses forces instinctives, que lorsque par une éducation

bien dirigée le cavalier s'en est rendu maître?

Dominerez-vous plus facilement le cheval qui n'a jamais été dompté

que celui que l'exercice a déjà rendu souple et obéissant au

manége? Cette hypothèse est inadmissible.

L'influence de l'éducation peut bien faiblir dans ce premier

moment, mais elle reprendra bien vite son empire et fera

disparaître ces résistances d'un jour pour les remplacer désormais

par la légèreté constante.

Car, excepté quelques rares chevaux qui nécessitent une attention

continuelle de la part du cavalier pour réprimer leur impressionnabilité

excessive, tous reviennent à leur degré d'éducation méthodique. Si

quelques chevaux sortent de la règle générale, il faut reconnaître

que, sans les effets de l'éducation, ils seraient demeurés tout à

fait impossibles à monter.

On le voit donc, le cheval dressé ne demande qu'une attention

soutenue du cavalier pour retrouver dehors son calme et sa

soumission, tandis que, dans le cas contraire, il deviendrait

non-seulement inutile, mais encore dangereux pour son maître.

Rassurons donc les cavaliers timides, en leur certifiant qu'une

éducation supplémentaire, mais très-courte, et fondée toujours sur

les principes de la méthode, rendra au cheval monté soit dans les

rues, soit dans les promenades, les qualités brillantes que l'on

admirait au manége. A l'appui de mon assertion, je citerai pour

exemple les chevaux d'artillerie qui, bien qu'impassibles au bruit

du canon, s'effrayent de la crépitation du feu de l'infanterie et

du bruit des tambours la première fois qu'ils les entendent, et

reprennent leur calme au bout de quelques instants. Je crois avoir

détruit les objections que l'on m'avait opposées: me sera-t-il

permis de donner quelques conseils à tous les amateurs de chevaux?

Je signalerai à MM. les sportsmen, dont je respecte infiniment les

goûts, le danger d'une tendance malheureusement générale. On ne

demande au cheval que d'avoir du _sang_. Toutes les qualités

chevalines se résument dans ce mot: Vitesse. Sous prétexte

d'obtenir cet idéal du beau, le physique du cheval est tout à fait

sacrifié. On veut l'amener à la rapidité de la vapeur. Mais on ne

remarque pas que la vapeur réclame une machine solide, et que la

machine elle-même veut des freins. A votre cheval vapeur, donnez

donc une machine solide en le douant d'un corps robuste, donnez des

freins à votre machine en instruisant votre monture.

Que les personnes qui se trouvent si souvent exposées aux dangers

de l'emportement des chevaux attelés évitent ces malheurs

journaliers, en dressant ou faisant dresser à la selle leurs

chevaux avant de les soumettre inconsidérément au harnais de la

voiture. Par cette éducation préalable, non-seulement les chevaux

deviendraient plus faciles à conduire, mais ils auraient sous le

harnais la position et les allures brillantes qui conviennent à des

chevaux de luxe.

XXVIII

APPLICATION DE LA MÉTHODE AU TRAVAIL DES CHEVAUX.

PARTISAN, CAPITAINE, NEPTUNE, BURIDAN.

J'ai monté en public 26 chevaux, et si, dans le principe, quelques

personnes, étonnées de ce travail nouveau pour elles, en

attribuèrent le mérite, les unes à la musique, les autres à des

procédés puérils et en dehors du domaine de l'équitation, elles

revinrent bientôt de leur erreur, et reconnurent que l'artiste

n'avait fait qu'appliquer les principes de la méthode.

Voici la nomenclature de ces mouvements nouveaux, avec quelques

mots sur les moyens qui permettront aux cavaliers habiles de les

exécuter.

1º _Flexion instantanée et maintien en l'air de l'une ou l'autre

extrémité antérieure, tandis que les trois autres restent fixées

sur le sol._

Le moyen de faire lever au cheval une des jambes de devant est bien

simple, dès que l'animal est équilibré: il suffit, pour faire

lever, par exemple, la jambe droite, d'incliner légèrement la tête

à droite, tout en faisant refluer le poids du corps sur la partie

gauche. Les deux jambes du cavalier seront soutenues avec énergie

(la gauche un peu plus que la droite), afin que l'effet de la main

qui amène la tête à droite ne réagisse pas sur le poids, et que la

force qui sert à fixer la partie surchargée donne à la jambe droite

du cheval assez d'action pour la faire soulever de terre. En

répétant quelquefois cet exercice, on arrivera à maintenir cette

jambe en l'air aussi longtemps qu'on le voudra.

2º _Mobilité des hanches, le cheval s'appuyant sur les jambes de

devant, pendant que celles de derrière se balancent alternativement

l'une sur l'autre, la jambe postérieure qui est en l'air exécutant

son mouvement de gauche à droite sans toucher la terre pour devenir

point d'appui à son tour, afin que l'autre se soulève et exécute

ensuite le même mouvement._

La mobilité simple des hanches est un des exercices que j'ai

indiqués pour l'éducation élémentaire du cheval. On complétera ce

travail en multipliant le contact alternatif des jambes, jusqu'à ce

qu'on arrive à porter facilement la croupe du cheval d'une jambe

sur l'autre, de manière que le mouvement de droite à gauche et de

gauche à droite ne puisse excéder un pas. Ce travail est propre à

donner au cavalier une grande finesse de tact, et prépare le cheval

à répondre aux plus légères pressions de jambes. Il est bien

entendu que tous ces airs de manége ne seront réguliers qu'autant

qu'ils seront accompagnés de la légèreté.

3º _Passage instantané du piaffer lent au piaffer précipité, et

vice versâ._

Après avoir amené un cheval à déployer une grande mobilité des

quatre jambes, on doit en régler le mouvement. C'est par la

pression lente et alternée de ses jambes que le cavalier obtiendra

le piaffer lent; il l'accélérera en multipliant les pressions de

jambes. On peut obtenir ces deux piaffers sur tous les chevaux.

4º _Reculer avec une élévation égale des jambes transversales qui

s'éloignent et se posent en même temps sur le sol, le cheval

exécutant le mouvement avec autant de franchise et de facilité que

s'il avançait et sans concours apparent du cavalier._

Le reculer n'est pas nouveau, mais il l'est certainement dans les

conditions que je viens de poser. Ce n'est qu'à l'aide d'un

équilibre exact que la répartition du poids est parfaitement

régulière. Ce mouvement devient alors aussi facile et aussi

gracieux qu'il est pénible et dépourvu d'élégance lorsqu'on le

transforme en _acculement_.

5º _Mobilité simultanée et en place des deux jambes par la

diagonale; le cheval, après avoir levé les deux jambes opposées,

les porte en arrière pour les ramener ensuite à la place qu'elles

occupaient, et recommencer le même mouvement avec l'autre

diagonale._

Lorsque le cheval ne présente plus aucune résistance, il apprécie

les plus légères actions du cavalier, destinées dans ce cas à ne

déplacer que le moins possible de poids et de forces pour arriver à

mobiliser les deux extrémités opposées. En réitérant cet exercice,

on le rendra en peu de temps familier au cheval. L'habileté du

mécanisme favorisera le développement de l'intelligence.

6º _Trot à extension soutenue; le cheval, après avoir levé les

jambes, les porte en avant en les soutenant un instant en l'air

avant de les poser sur le sol._

Les procédés qui font la base de ma méthode se reproduisent dans

chaque mouvement simple, et à plus forte raison dans les mouvements

les plus compliqués. Si l'équilibre ne s'obtient que par la

légèreté, en revanche il n'est pas de légèreté sans équilibre;

c'est par la réunion de ces deux conditions que le cheval acquerra

la facilité d'étendre son trot jusqu'aux dernières limites

possibles, et changera complétement son allure primitive.

7º _Trot serpentin, le cheval tournant à droite et à gauche pour

revenir à peu près sur son point de départ, après avoir fait cinq

ou six pas dans chaque direction._

Ce mouvement ne présentera aucune difficulté, si l'on conserve le

cheval dans la main en exécutant au pas et au trot des flexions

d'encolure. On conçoit qu'un semblable travail est impossible sans

cette condition.

8º _Arrêt sur place à l'aide des éperons, le cheval étant an

galop._

Lorsque le cheval, parfaitement assoupli, supportera convenablement

les attaques et le rassembler, il sera disposé pour exécuter le

temps d'arrêt dans les conditions ci-dessus. On débutera dans

l'application par le petit galop, pour arriver successivement à la

plus grande vitesse. Les jambes, précédant la main, ramèneront les

extrémités postérieures du cheval sous le milieu du corps, puis un

prompt effet de main, en les fixant dans cette position, arrêtera

immédiatement l'élan. Par ce moyen, l'on ménage l'organisation du

cheval, que l'on peut conserver ainsi toujours exempt de tares.

9º _Mobilité continue en place de l'une des extrémités antérieures,

le cheval exécutant par la volonté du cavalier le mouvement par

lequel il manifeste souvent de lui-même son impatience._

On obtiendra ce mouvement par le même procédé qui sert à maintenir

en l'air la jambe du cheval. A cet effet, les jambes du cavalier

doivent exercer un appui continu pour que la force qui tient la

jambe du cheval levée conserve bien son effet, tandis que, pour le

mouvement dont il s'agit, il faut renouveler l'action par une

multitude de petites pressions, afin de déterminer la mobilité de

la jambe qui est tenue en l'air. Cette extrémité du cheval

exécutera bientôt un mouvement subordonné à celui des jambes du

cavalier, et si les temps sont bien saisis, il semblera, pour ainsi

dire, qu'on fait mouvoir l'animal à l'aide d'un moyen mécanique.

10º _Reculer au passage en arrière, le cheval conservant la même

cadence et les mêmes battues que dans le passage en avant._

La condition première pour obtenir le passage en arrière est de

maintenir le cheval dans une cadence parfaite et aussi rassemblé

que possible; la seconde est toute dans l'habileté du cavalier.

Celui-ci doit chercher insensiblement par des effets d'ensemble à

faire primer les forces du devant sur celles de derrière, sans

nuire à l'harmonie du mouvement. On le voit donc: par le

rassembler, on obtiendra successivement le piaffer, le passage en

arrière, même sans le secours des rênes.

Méthode d'équitation basée sur de nouveaux principes · 第 6 / 10 段